Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Isabelle Lamarre.
Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Isabelle Lamarre.
1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier, ou encore une autre profession?

J’ai débuté par un baccalauréat en économie politique, qui m’a ouverte non seulement sur la politique, mais aussi sur le monde des affaires. C’est lors d’un stage en analyse financière que j’ai réalisé que ce que j’aimais le plus était de lire et analyser les textes, en faisant preuve de créativité pour trouver des solutions pratiques aux problèmes, encore davantage que d’analyser les chiffres. Je suis donc entrée en droit et me suis rapidement orientée vers le transactionnel, comme j’aime l’action!

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi professionnel, je l’ai vécu lorsque, la même année, j’ai été nommée associée chez Lavery et ai eu mon premier enfant. De grandes responsabilités venaient avec cela, et en même temps! D’une part, j’avais la responsabilité, à titre d’associée, de générer du travail pour non seulement moi-même, mais aussi de jeunes avocats et, d’autre part, j’avais désormais comme mère la responsabilité d’un « petit être ». Le congé de maternité a donc été plutôt court!

J’ai réussi à jongler avec les priorités sans « échapper de balles », j’ai clôturé des transactions et me suis engagée dans de nouvelles expertises telles que les crédits de GES et les produits dérivés dans le but de les utiliser pour mon développement de clientèle, tout en adoptant mon rôle de mère avec plaisir. J’ai pu faire tout cela parce que j’avais le soutien, à la maison, de mon mari et de mes parents, et aussi le support d’un mentor extraordinaire chez Lavery à l’époque, André Laurin : je n’aurais pas réussi sans tous ces gens!

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je décloisonnerais le droit. Pour beaucoup de gens, le droit semble être une discipline distincte : quand existe un problème, on a souvent tendance à « l’envoyer au légal », en oubliant parfois qu’à la base, ce sont des interactions humaines que l’on cherche à régir par le droit.

S’il est certainement vrai que de favoriser l’accessibilité à la justice est important, je suggérerais aussi de soigner le problème à sa base: avant même que les gens ne s’engagent, assurons-nous qu’ils sachent dans quoi ils s’investissent et, pour cela, assurons-nous aussi que le langage utilisé leur soit accessible et compréhensible. À mon avis, beaucoup de disputes pourraient être évitées si les gens prenaient le temps de lire et de bien comprendre ce dans quoi ils s’investissent et les règles qui les gouvernent, ce qui implique évidemment d’aligner préalablement le langage utilisé avec ce que les gens peuvent comprendre.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je crois que la perception est meilleure dans l’ensemble.

Quand on travaille dans un endroit comme Transcontinental, où les avocats sont impliqués en amont des transactions et des problèmes, il est beaucoup plus facile pour l’avocat de bien comprendre la stratégie d’affaires et d’aider à faire avancer les choses dans une direction qui soit favorable à tous. Dans un tel contexte, l’avocat n’est pas perçu comme celui qui « met des bâtons dans les roues » et devient plutôt un centre névralgique de l’information.

A l’inverse, la perception est moins bonne lorsque l’avocat est impliqué seulement au moment où le problème survient ou encore sans connaître tout le contexte : l’avocat peut alors parfois être considéré comme un mal nécessaire et perd, en ce cas, une partie de sa valeur ajoutée. Pour éviter cela, il est, à mon avis, essentiel pour les avocats d’oser poser toutes les questions nécessaires sur le contexte entourant l’enjeu, de ne pas se limiter et d’ainsi évaluer toute la situation.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière? Quelle est la recette du succès?

Le plus important est, en début de carrière, de ne pas hésiter à s’impliquer à 100%, voire même à 120%! Plus un avocat en début de carrière a accès à des situations complexes et plus il travaille fort, plus il sera en mesure d’éventuellement apporter une réelle valeur ajoutée à ses clients. Plus on en fait, plus on peut en faire et…plus ça devient intéressant!

Les dossiers intéressants arrivent souvent, il est vrai - et parfois malheureusement -, le soir et la fin de semaine. C’est, en effet, souvent en dehors des heures normales d’affaires que les dossiers sont très stimulants et qu’on peut parler directement avec un président d’entreprise ou chef de la direction financière, quand ce dernier a terminé sa journée et qu’il peut alors tourner son attention vers un dossier juridique.

Enfin, il est important de se trouver un mentor. Quand on a quelqu’un pour nous aider et qu’on se sent soutenu, rien n’est à notre épreuve!

  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : Humble leadership (auteurs : Edgard H. Schein et Peter A. Schein).
  • Le dernier bon film qu’elle a vu : Vice, film biographique sur Dick Cheney (réalisateur : Adam McKay)
  • Sa chanson fétiche : Changes (artiste : David Bowie)
  • Son expression préférée : Mind Over Matter (ou le contrôle de l’esprit sur la matière).
  • Son péché mignon : Les voyages à vélo en Europe et lire des romans de « chick lit »!
  • Son restaurant préféré : Le Club Chasse et Pêche (Vieux-Montréal), pour la nourriture, l’ambiance et le service.
  • Le pays qu’elle aimerait visiter : Monter à vélo le Mont Ventoux, en France, ou se rendre dans un ashram en Inde.
  • Le personnage historique qu’elle admire le plus : Mikhaïl Gorbatchev et tous ceux ayant travaillé à faire tomber le mur de Berlin.
  • Si elle n’était pas avocate, elle travaillerait… en neurosciences ou en neurologie, étant très intriguée par le fonctionnement du cerveau!

Me Isabelle Lamarre est une avocate expérimentée et partenaire d’affaires orientée tant vers la stratégie que vers l’atteinte des résultats opérationnels. Elle est présentement Chef adjointe des affaires juridiques et secrétaire adjointe de la Société chez Transcontinental Inc., où elle travaille depuis les 11 dernières années.

Elle a été, et est toujours, membre de plusieurs conseils d’administration dont celui du journal Le Devoir. Auparavant, elle a travaillé pendant 15 ans en pratique privée, dont 5 comme associée au sein du cabinet d’avocats Lavery.

Elle a développé des expertises dans plusieurs domaines. Notamment, elle a mené la négociation et la clôture d’importantes transactions entre sociétés publiques, plusieurs émissions de titres sur les marchés publics et diverses ententes commerciales et d’acquisitions de sociétés privées ainsi que la mise en place d’outils de bonne gouvernance.

Elle détient des habiletés analytiques bien ancrées, une pensée stratégique légale et d’affaires et une agilité qui lui permettent de cerner rapidement les risques et bénéfices découlant d’une situation, d’en évaluer les options et de s’assurer que les bonnes décisions soient prises rapidement. Me Lamarre est membre du Barreau du Québec depuis 1993.