Tailleur et veston ou tenue décontractée ?
Tailleur et veston ou tenue décontractée ?
Le 5 mars dernier, la grande banque Goldman Sachs autorisait ses employés à faire tomber le costume ou le tailleur en assouplissant son code vestimentaire.

En effet, comme dans les cabinets d’avocats, costume, cravate, tailleur et souliers cirés étaient de rigueurs chez Goldman Sachs.

Si la liste des vêtements n’a pas été révélée, la note interne divulguée par Reuters explique que tous les salariés pourront « adapter un code vestimentaire flexible ».

La note fait appel au bon jugement de ses employés. « Nous savons tous ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas sur le lieu de travail. Bien sûr, une tenue décontractée ne convient ni pour tous les jours, ni pour tous les types d’interactions », peut-on lire.

Chez les avocats d’ici

Chez Langlois, les tenues appropriées figurent dans le guide des conditions de travail, mais Michel Farrah, chef de la stratégie et du développement organisationnel, explique que le cabinet veut laisser aux avocats le soin de « refléter leurs goûts et leur personnalité ».

Ainsi, « on n’exige pas le port du veston ou de la cravate sur une base quotidienne. Mais si on termine une transaction et que le client est sur son 36, les avocats vont s’habiller en conséquence », dit M. Farrah.

« Le code vestimentaire chez Blakes prévoit le business formal ou casual selon les circonstances. Les vendredis, les employés ont le droit de porter une paire de jeans propre », dit Mathieu Rompré, directeur, développement des affaires et relations publiques du cabinet.

Chez Woods, la politique semble un peu plus décontractée. « Nos avocats peuvent venir en tenue décontractée d'affaires tous les jours, mais pas en jeans… On tolère des jeans noirs, mais juste les vendredis », explique Helen Truit, responsable des ressources humaines.

L'idée pour elle, c'est que les avocats doivent se poser la question le matin : « est-ce que cette tenue est appropriée pour le bureau? »

Globalement, on verrait mal un avocat rencontrer le patron d’une grande entreprise en bermuda et sandales.

M. Farrah confirme : « Hors des limites, on a les shorts, les bermudas, les survêtements de sport, les sandales, les T-shirts avec des inscriptions ou des motifs agressifs, les chandails transparents… ».

Pas de code couleur en revanche. Lorsqu’on demande à M. Farrah si une avocate pourrait venir en tailleur rose flashy, il répond en riant : « rose oui… aucun problème… flashy par contre… ».

Le cabinet a par ailleurs instauré les vendredis en jeans depuis plusieurs années. En échange d’un petit don en argent qui sera reversé à des organismes communautaires, les avocats s’offrent le droit de venir en jean.

Suivre la mode du client

Le cabinet Dechert installé de l’autre côté de la frontière, à Philadelphie, a décidé d’élargir sa définition de « tenue acceptable au travail ». Les avocats peuvent ainsi porter des jeans tous les jours de la semaine, rapporte un article publié sur Law.com.

« Nous essayons simplement de faciliter la vie des gens, les mettre plus à l’aise », a expliqué Alison Bernard, la directrice des ressources humaines du cabinet. Évidemment, le tailleur et le complet seront toujours de mise lors des représentations.

Mme Bernard ajoute qu’un « certain nombre de sociétés ont assoupli leur code vestimentaire parce que leur clientèle se sentait trop mal à l’aise ».

Il faut dire qu’en face, les entreprises qui sont les clients des cabinets d’avocats ont elles-mêmes assoupli leurs règles. Si les avocats ne s’y adaptent pas, on risque donc de créer un décalage.

« Nos clients, surtout dans le domaine des nouvelles technologies et même de la banque, ne portent pas de cravate, ils sont souvent plus casual, donc c’est sûr qu’on veut éviter qu’il y ait un clash entre eux et nos avocats », dit aussi M. Farrah.

Pour Mme Bernard, le mouvement vers un code vestimentaire plus détendu a commencé il y a deux décennies dans les entreprises de technologies. Les avocats ont donc doucement imité les entrepreneurs qu’ils servaient et de nombreux cabinets ont ainsi décidé d’autoriser les tenues plus décontractées les vendredis.

L’article publié sur Law.com explique que ce code vestimentaire pèse sur les plus jeunes avocats. « Les jeunes ont tendance à favoriser les échanges moins formels sur le lieu de travail en général, y compris leurs vêtements, mais cela ne pourrait pas convenir à un cabinet dont les clients ont plus la tradition à cœur », explique Mme Bernard.

Tout comme la meilleure conciliation travail-famille et d’autres moyens de facturation que les heures facturables, les jeunes avocats semblent chercher un environnement de travail moins guindé.

Michel Farrah trouve pourtant que les jeunes l’ont bien intégré. « C’est sûr que les seniors portent plus souvent le complet, mais presque plus la cravate. Quant aux jeunes, ils viennent souvent avec un chandail en laine au lieu du traditionnel veston ».