Me Véronique Lamontagne.
Me Véronique Lamontagne.
Me Véronique Lamontagne, conseillère en relations internationales au Bureau des relations internationales de la Ville de Montréal, a reçu le Prix national Métropolis, dans la catégorie « décideurs ».

Le prix souligne son travail dans la mobilisation des villes en faveur des migrants et des réfugiés, notamment dans l’écriture du mémoire métropolis, un pacte signé par 136 villes ayant été présenté aux Nations unies.

Barreau 1991, l’avocate a commencé sa carrière au Conseil du Trésor du Québec, puis en tenant sa pratique privée. Au cours des vingt années suivantes, elle a agi en tant qu’experte-conseil en développement international, droits humains et diversité, notamment au sein d’Affaires mondiales Canada, du Programme des Nations unies pour le développement.

Son parcours lui a permis de visiter plusieurs pays en voie de développement aux quatre coins du globe…

Droit-Inc a discuté avec cette juriste passionnée par les relations internationales.

Droit-Inc : Comment avez-vous réagi lorsque vous avez obtenu le Prix national Métropolis?

Me Véronique Lamontagne : C’était vraiment un honneur, un gros boost d’énergie!

On ne fait pas ce travail pour être reconnu, mais quand on l’est, c’est un plaisir, puisque ça permet d’attirer l’attention sur les enjeux migratoires de la ville. C’est un prix que j’ai gagné seule, mais pour un travail d’équipe, qui met vraiment en lumière le travail de la ville.

Quelles sont vos tâches au quotidien?

Me Véronique Lamontagne a reçu le Prix national Métropolis pour son travail en faveur des migrants et des réfugiés.
Me Véronique Lamontagne a reçu le Prix national Métropolis pour son travail en faveur des migrants et des réfugiés.
Je travaille au Bureau des relations internationales de la Ville de Montréal, donc mon rôle est d’assurer le positionnement de Montréal, puis des autres villes en matière d’enjeux migratoires.

Dans la dernière année et demie, on a constaté que les villes étaient complètement absentes des débats sur les réfugiés. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, alors on a initié le mémoire Métropolis, qui a été signé par 136 villes. Le pacte a été rédigé à Montréal.

Il fallait préparer tout le nécessaire pour la mairesse afin qu’elle dépose le pacte aux Nations unies. Elle l’a fait avec brio, même si ce n’était que quelques semaines après son arrivée en poste.

J’ai également été directrice par intérim du Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal pendant six mois.

J’imagine que vous avez une position bien établie sur les enjeux actuels de la laïcité, n’est-ce pas?

Oui, mais je ne peux pas prendre position publiquement. J’ai une vision très personnelle de l’enjeu, mais je dois laisser les élus prendre la parole.

Une chose que je peux dire à l’extérieur du débat, c’est qu’il est important de parler d’immigration, d’intégration à la force du travail. C’est une force qu’il ne faut pas négliger. Il faut inclure, et bien accueillir nos immigrants.

Qu’est-ce qu’on peut faire en tant que société pour mieux accueillir les migrants?

D’une part, mieux les écouter, entendre leur besoin, leurs connaissances, leur situation. Trouver un espace où on peut les entendre et les écouter. Comme le dit la stratégie de la ville de Montréal, l’immigration, c’est l’affaire de tous.

Il faut apprendre à faciliter leur intégration au travail, que l’on fait moins bien à Montréal qu’à Toronto ou Vancouver. Il y a un travail à faire, et on peut tous s’impliquer pour faciliter leur arrivée.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre parcours international?

Ça été tellement fascinant… j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus appris que donné dans tout ça.

En voyageant dans les pays en voie de développement, on voit la débrouillardise, la résilience des gens. Les enjeux de réforme de la justice ne sont pas faciles à traiter à l’étranger. Arriver avec des rapports, des résultats, c’est très complexe, mais extrêmement fascinant.

Ce qui m’a marquée, ce sont les rencontres, l’aspect interculturel au quotidien. Je pense que c’est le fil conducteur qui m’a guidée dans tout ça, c’est l’intérêt pour l’humain. En voyant la résilience et la créativité des gens en pays en voie de développement, on réalise qu’on en a beaucoup à apprendre.

Me Véronique Lamontagne est véritablement passionnée par les relations internationales.
Me Véronique Lamontagne est véritablement passionnée par les relations internationales.
Avez-vous vécu des moments difficiles au cours de vos expériences internationales?

On voit de la misère atroce, de la pauvreté, mais c’est le contact avec les gens qui nous reste… surtout leur sourire.

Ma mission la plus difficile était au Togo, pour les Nations unies concernant le droit des prisonniers. En Haïti aussi, c’était hors de l'imaginaire de voir ce que les prisonniers vivent. Ils n’ont jamais vu un juge, et n’auront jamais l’espoir d’en voir un.

Ils purgent leurs peines dans des conditions très difficiles, et ne savent pas quand ils sortiront. C’est horrible. J’espère que les choses ont changé.

Vous semblez avoir encore beaucoup de passion pour cet emploi de consultante, donc pourquoi l’avoir quitté?

Après avoir travaillé toutes ces années à l’international, j’avais envie de voir ce que je pouvais faire ici, de me rapprocher de ce qui se faisait chez moi.

Lorsque je suis revenue, puisque je n’avais pas beaucoup d’expérience ici, je me sentais comme une immigrante. Ce n’est pas toujours facile de démontrer la valeur de ses expériences internationales pour un poste local. Encore aujourd’hui, je trouve fascinant l’effort des relations internationales, en voyant ce qui se fait dans les villes. J’ai toujours cette même passion, mais il faut savoir se renouveler.

Pourquoi avoir choisi le droit à la base?

Pour la discipline intellectuelle, l’analyse et la réflexion que le droit requiert. Après coup, je peux le dire, je suis vraiment contente d’avoir étudié en droit. C’est un bon cadre d’analyse qui permet d’aller vers plein de choses. Appartenir au Barreau ouvre aussi beaucoup de portes. C’est une formation qui peut mener à beaucoup de choses!

Vous avez pratiqué deux ans en pratique privée. Pourquoi avoir arrêté?

Ce n’est pas que l'expérience ne m’a pas plus, bien au contraire, j’ai adoré travailler en droit de l’immigration. Je ne sentais simplement pas que c’était le chemin à suivre. Honnêtement, il faut aussi savoir qu’à l’époque, en sortant de l’université, il fallait être créatif pour se trouver un travail.

J’ai un peu eu à créer mon emploi de consultante, comme c’est souvent le cas dans la pratique non traditionnelle. Même si les mandats sont courts, il faut savoir se renouveler. Ce n’est pas un parcours simple!

Pourquoi vous dites que vous n’avez pas connu un parcours simple?

C’était toujours une question de chercher le prochain contrat, et ça implique de très bien réussir celui qu’on a en cours. C’est un petit univers dans lequel les gens savent tout, alors il faut constamment être performant.

Il faut aussi prendre des risques. Dans ce milieu, on n’a pas nécessairement des paies aux deux semaines. C’est un parcours qui demande de l’effort, du renouvellement des compétences. Être consultant, c’est exigeant, mais ça offre tellement de liberté, de possibilités. Je n’ai pas de regrets.