Eva Murith. Photo  : Sylviane Robini
Eva Murith. Photo : Sylviane Robini
« J'ai toujours eu une forme d'engagement, je voulais aider », répond Eva Murith quand on lui demande pourquoi elle a choisi de faire du droit.

Pourtant, alors qu'elle obtient une maîtrise en droit international à l'Université de Montréal, elle comprend que ce n'est pas comme ça qu'elle « fera la différence ».

À la même période, elle découvre le dumpster diving, pratique qui consiste à récupérer dans les poubelles des magasins des aliments toujours consommables. C'est dans celles du marché Jean Talon qu'elle prend conscience de l'ampleur du gaspillage alimentaire et décide de s'engager.

Eva Murith lance alors un projet de récupération alimentaire pour faire des produits de longue conservation, des soupes, des confitures. Mais le concept a une limite de taille : il reproduit ce qu'elle entend justement combattre.

La juriste a lancé Preseve, un projet de récupération alimentaire. Photo : Camille Balzinger
La juriste a lancé Preseve, un projet de récupération alimentaire. Photo : Camille Balzinger
Trouver des solutions en interne

« On utilise beaucoup de ressources pour produire, on rejette beaucoup de CO2 dans les transports et la conservation. J'ai donc plutôt essayé de voir comment on pouvait améliorer les choses de l'intérieur », explique celle qui travaille en parallèle comme assistante de recherche à l'Université de Montréal.

C'est ainsi qu'est née Preseve, « une organisation d'optimisation du système alimentaire et de réduction des surplus ».

L'objectif est double. D'une part, mettre les restaurateurs en contact avec des organisations intéressées par la récupération de leurs invendus. D'autre part, aider localement les restaurants et entreprises alimentaires à trouver des solutions en interne pour réduire leur gaspillage.

Eva Murith n’hésite pas à mettre la main à la pâte pour faire la différence.
Eva Murith n’hésite pas à mettre la main à la pâte pour faire la différence.
Le milieu de la restauration, la jeune femme le connaît bien puisqu'elle y a souvent travaillé, tout comme les membres de sa famille.

« L'idée est de développer des outils personnalisés en fonction des besoins des restaurants pour qu'ils réduisent le gaspillage. On peut par exemple servir aux clients des demi-portions tout en leur expliquant qu'ils peuvent en prendre une deuxième, les encourager à venir avec des contenants pour emporter ce qu'ils n'ont pas mangé, ou à partager avec les autres clients », explique-t-elle.

« Une honte par rapport à ça »

Preseve, « une organisation d'optimisation du système alimentaire et de réduction des surplus ». Photo : Camille Balzinger
Preseve, « une organisation d'optimisation du système alimentaire et de réduction des surplus ». Photo : Camille Balzinger
Le concept séduit. En novembre dernier, Preserve a rejoint l'incubateur de HEC Montréal aux côtés de 24 autres entreprises et organisations porteuses de projets engagés.

Pourtant les résistances sont bien présentes. « Il y a une peur ou une honte par rapport au gaspillage. C'est la même chose dans les restaurants, on ne veut pas en parler car c'est pas bien mais tant qu'on ne met pas de mots dessus, on ne peut pas trouver les outils qui vont fonctionner », déplore la jeune femme.

En juin prochain, au terme de l'incubateur HEC, Eva Murith présentera son projet qu'elle entend continuer à développer.

Quant au droit, elle ne le laisse pas définitivement de côté. « J'y reviendrais car il y a beaucoup de choses à faire en droit de l'alimentation qui est trop anthropocentré. Mais avant de réformer le droit, il faut réformer la culture, il faut que les gens aient envie de s'engager ».