L’honorable Paul Vézina.
L’honorable Paul Vézina.
Ne vous méprenez pas : ce n’est pas l’honorable Paul Vézina qui a décidé de quitter son poste de juge à la Cour d’appel du Québec.

« C’est la faute de la constitution canadienne! lance-t-il à Droit-Inc en riant. J’ai eu 75 ans, donc j’ai dû laisser mes fonctions. J’aurais bien aimé les conserver … »

Selon l’ancien juge, les cabinets ne se ruent pas vers les juristes de son âge lors de leurs processus d’embauche. En fait, il n’y a que deux cabinets qui l’ont approché.

Finalement, son choix s’est arrêté sur Bouchard + avocats, une firme qui lui rappelle ses débuts dans le milieu.

« Il y a la même camaraderie, la même collégialité qu’à mon bureau de l’époque, se remémore-t-il. Il y a également un autre petit détail qui justifie mon choix : j’habite à 10 minutes du cabinet! »

Un coup de main

Compte tenu de son âge, Me Vézina explique qu’il ne suivra pas un horaire traditionnel à temps plein. En tant qu’avocat-réviseur, il donnera « un coup de main au cabinet, sans contraintes », afin de se « garder dans le milieu. »

Son mandat sera de préparer des requêtes et des mémoires de cour, ainsi que de réviser des procédures. Il traitera surtout des dossiers reliés aux faillites et à l’assurance.

Puisqu’une règle non écrite stipule que les ex-juges ayant siégé à la Cour supérieure et à la Cour d’appel n’ont pas l’autorisation d’y plaider, l’avocat-réviseur se contentera d'entraîner ses avocats avant leurs séances aux tribunaux.

Renouer avec cette facette du métier d’avocat l’emballe particulièrement.

« J’aimais vraiment plaider, tenter de convaincre les juges, rassurer mes clients. Quand on est juge, notre travail est d’écouter, même si le juge n’est plus un sphinx comme auparavant. Ce n’est pas comme plaider! »

Informera-t-il les avocats du cabinet des forces et faiblesses de ses anciens collègues?

« Je les connais de moins en moins! Plusieurs, comme moi, se sont dirigés vers la retraite. Je verrai surtout à conseiller les plaideurs sur ce qui est bon, ou moins solide dans leurs arguments. »

Toujours impliqué dans la magistrature

L’honorable Paul Vézina a commencé son parcours au sein de la magistrature en 1994, à la Cour supérieure du Québec. Onze ans plus tard, il passait à la Cour d’appel.

« Ce fut un travail absolument extraordinaire. En Cour d’appel, tu as toujours le dernier mot, ou presque, étant donné qu’il n’y a qu’une dizaine de cas provenant du Québec traités par la Cour suprême par année. C’est un sentiment spécial, que je n’avais pas à la Cour supérieure, où ton jugement peut toujours être recorrigé en appel. Tu n’as pas le droit de te tromper, sinon, c’est foutu pour le justifiable », analyse l’ancien juge, d’un ton empreint de passion.

Ceci dit, Me Vézina s’implique toujours dans la magistrature, puisque la Cour Supérieure a fait appel à ses services « à une quarantaine de reprises » lors de la dernière année dans le cadre de conférences de règlement à l'amiable (CRA).

De plus, il garde toujours un oeil sur les activités de la magistrature, en y allant même d’un souhait concernant le successeur de l’honorable Clément Gascon, à la Cour Suprême…

« J’aimerais qu’une femme soit nommée, puisque c’était trois hommes auparavant. Il y en a plusieurs qui seraient capables de faire le travail parmi mes ex-collègues. »

Des objectifs modestes

Au cours de sa carrière, le Barreau 1966 a été professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval, où il a précédemment complété ses études.

Il a également été bâtonnier du Barreau du Québec en 1979, puis s’est présenté comme candidat au Parti libéral lors des élections fédérales de 1993.

Alors, un retour en politique serait-il possible?

« Je ne pense pas que les partis recherchent des candidats de 76 ans! s’amuse l’ancien juge. La politique demande de l’énergie, et à mon âge, les capacités s’envolent tranquillement. Si on m’offrait un rôle politique sur un plateau d’argent, ça me ferait sourire plus que ça m’intéresserait! »

C’est en évoquant ses objectifs futurs qu’on comprend mieux ses priorités.

« Aller à la pêche! Passer du temps avec mes trois petits-enfants, aller voir ma fille en Éthiopie, m’occuper de la succession de ma famille et de mes amis », conclut-il, d’un ton enthousiaste.