Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Julie Blouin. crédit photo: Michel Bouthillier, photographe
Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Julie Blouin. crédit photo: Michel Bouthillier, photographe
1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Était-ce une évidence, un hasard ou encore « de famille » dans votre cas?

Je ne m’orientais pas à l’origine vers le droit, mais plutôt vers les sciences. Il a fallu deux ans en bio-agronomie à l’Université et, surtout, un stage pour m’apercevoir que ce n’était pas pour moi. Le stage en question se terminait par la présentation d’un rapport de stage devant un assez important auditoire…et j’ai eu 100 % !

Les commentaires des professeurs et autres élèves m’ont fait comprendre que j’avais visiblement de la facilité à communiquer mon message et…le déclic s’est fait! Le droit rejoignait aussi mon désir d’aider les gens et de défendre la veuve et l’orphelin, ainsi que ma préoccupation du sort des autres, ce qui explique probablement mes débuts en carrière à l’aide juridique!

J’ai donc choisi un cours de droit tout en complétant ma session en agronomie, ai conclu que j’aimais cela puis ai réorienté le tir en septembre suivant.

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi professionnel, je l’ai vécu dans le cadre d’un dossier sur lequel j’ai travaillé à la Fédération des infirmières du Québec de 2009 jusqu’à mon départ, à savoir ce que nous appelions le « dossier des agences de placement ».

En effet, ces dernières fournissaient du personnel infirmier dans les hôpitaux, et les infirmières employées par leur intermédiaire bénéficiaient de conditions de travail différentes et plus avantageuses que celles qui travaillaient pour le réseau de la santé. Résultat : un régime à deux vitesses et inéquitable pour le personnel employé du réseau.

À l’époque, on nous imposait de faire une preuve pour chaque individu dans ces dossiers, ce qui rendait le tout très lourd et fastidieux, sachant qu’on apprenait parfois 3 ou 4 jours avant la fin que la requête était sans objet au motif que la personne en question ne travaillait plus là, ayant été redéployée ailleurs par l’agence. Dans certains dossiers, 20 parties représentant plusieurs agences de placement étaient impliquées. C’était, cela dit, une bonne école!

Notre dossier était basé sur la nécessité de laisser de côté les faits applicables à chacun des dossiers et de plutôt prendre en considération la loi applicable à l’établissement, que l’on disait être le seul employeur (plutôt que l’agence). Nous avons dû être très stratégiques, un peu comme dans une partie d’échecs qui se joue sur des années, en voyant venir les coups et en prenant en considération le fait qu’il s’agissait de plus d’un dossier.

Mon grand défi a donc été de travailler dans le dossier qui a amené ce qui s’appelait à l’époque la CRT à revoir la façon d’analyser les relations tripartites et à lui faire conclure que le test appliqué depuis environ cinq ans n’était possiblement pas le bon pour le domaine de la santé : une autre recette devait s’appliquer.

Le tribunal administratif a alors revu l’arrêt Pointe-Claire pour accepter que le cadre institutionnel devait être le déterminant pour établir qui était l’employeur (plutôt que les conclusions basées sur la preuve individualisée). Tout cela a pris beaucoup de temps, et si la question est encore devant la Cour d’appel, le tribunal administratif « nous suit » depuis 2015!

3- Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je réduirais les délais judiciaires. En effet, nous accusons continuellement un retard accumulé… La perspective d’avoir des « tribunaux sans papier » serait certainement partie à la solution, mais nous n’en sommes pas encore là. Le résultat de ce retard est que les choses sont rendues plus difficiles, et qu’il est même parfois difficile pour les avocats de s’y retrouver!

Il faudrait presque – puisque je parle de baguette magique! – embaucher des gens dont le temps serait uniquement consacré à éliminer les retards dans les dossiers, alors que d’autres traiteraient les « nouveaux ». Tout le monde est certainement plein de bonnes intentions, mais la réalité est que les choses ne fonctionnent pas comme on veut.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je crois que la perception envers la profession s’est un peu améliorée, et que les campagnes de rapprochement avec la population, les services de référencement à moindre coût et les initiatives telles Juripop et Éducaloi ont notamment porté fruit. Cela dit, il faut continuer en ce sens!

5- Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant faire sa place dans la profession?

Je suis d’avis qu’il ne faut pas avoir peur d’essayer divers domaines de droit : il est avant cela difficile de vraiment savoir si le domaine nous intéresse ou non.

Il ne faut pas avoir peur d’accepter des dossiers qui ne nous semblent pas, à première vue, « naturels ».

Il faut aussi faire confiance à ceux qui nous entourent et oser aller chercher le support nécessaire pour éviter certains pièges. En effet, on n’arrive pas devant un tribunal sans être préparé…ça laisse autrement des traces!

Il faut aussi, dans la préparation d’un dossier, ne jamais rien prendre pour acquis, anticiper les arguments de l’autre partie et ne jamais sous-estimer l’adversaire!

  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : Une histoire des abeilles (auteure : Maja Lunde)

  • Le dernier bon film qu’elle a vu : My Beautiful Boy (réalisateur : Felix Van Groeningen)

  • Elle aime écouter : Patrick Watson et Angus & Julia Stone.

  • Elle dit souvent qu’il…. « faut savoir choisir ses batailles »!

  • Elle craque pour : le gâteau au citron de Ricardo et… le vin rouge!

  • Son restaurant préféré : La Cochonne Rit (à Chambly)

  • Elle aimerait visiter… l’Islande

  • Si elle n’était pas avocate, elle rêverait d’être…comédienne!

Me Julie Blouin, diplômée de l'UQAM depuis 2002 et membre du Barreau du Québec depuis 2003, est Directrice des affaires contentieuses à l'Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec-OACIQ depuis mai 2018. L’équipe du contentieux est spécialisée en droit disciplinaire. Les avocats agissent également comme poursuivants dans le cadre de recours en exercice illégal devant la Cour du Québec. Le contentieux assure la représentation de l’organisme dans des causes civiles, d’accès à l’information, de subrogation et d’homologation.

De 2006 à 2018, elle a pratiqué à la FIQ comme coordonnatrice de l’équipe juridique, de l’équipe santé et sécurité et de l’équipe recherche, comme avocate à l’équipe juridique et aussi comme porte-parole à la négociation nationale.

De 2005 à 2006, elle a pratiqué au contentieux de l’APCHQ au secteur relations du travail et, de 2004 à 2005, comme avocate au Centre communautaire juridique de Montréal en droit criminel. Me Blouin a débuté sa carrière dans un cabinet privé spécialisé en droit des assurances, Pasquin Viens avocats, où elle a pratiqué de 2002 à 2004.