Me Chanelle Charron-Watson, conseillère juridique chez Bombardier.
Me Chanelle Charron-Watson, conseillère juridique chez Bombardier.
À 34 ans, la mission de Me Chanelle Charron-Watson est simple : protéger les intérêts de Bombardier. Si elle est entrée dans le monde de l’aéronautique par hasard, aujourd’hui celui-ci la fascine et lui offre des dossiers passionnants.

Pendant plusieurs années, la juriste exerce en pratique privée, chez Woods. Quand elle fait le saut en entreprise, c’est après une longue réflexion sur elle-même et ce qu’elle désire pour son futur.

Aujourd’hui, elle ne regrette rien!

Droit-inc lui a parlé alors qu’elle venait tout juste de quitter pour un congé de maternité.

Droit-inc : Ça ressemble à quoi la journée d'une conseillère juridique chez Bombardier?

Me Chanelle Charron-Watson : Mon objectif est de protéger les intérêts de Bombardier, qui est ma cliente. Je conseille et j’assiste les différents départements à l’interne en faisant de la prévention en matière de lois. J’évalue également les risques pour l’entreprise dans les dossiers possiblement litigieux et je gère les réclamations potentiellement litigieuses.

S’il y a litige, je gère les dossiers avec les cabinets externes. Je m’occupe de la documentation, de la collecte de faits, de l’analyse légale. Je bâtis le dossier pour avoir la preuve en main afin de bien assister les avocats externes. Je participe également aux décisions stratégiques de l’entreprise, et j’analyse les conséquences que peuvent avoir les dossiers sur les aspects commerciaux.

Est-ce justement pour être plus impliquée dans les décisions stratégiques que vous avez fait le saut de Woods à Bombardier?

Oui, cet élément a fait partie de ma réflexion. Je pense que j’ai le privilège d’avoir un rôle qui me permette d’explorer plus de facettes du rôle de conseiller juridique à l’interne. J’aime aller au-delà de l’aspect purement académique du droit, c’est ça qui est stimulant. Le milieu des affaires est plein de subtilités. Je n’ai pas de background en affaires mais l’idée d’aller au-delà de la théorie du droit m’intéressait beaucoup.

Quoi d’autre vous a poussée à quitter la pratique privée?

Quitter la pratique privée après sept, huit ans a été une grande décision. Si je devais tout recommencer, je referais la même chose. Pour moi, ça a été la suite logique d’une longue période de réflexion et d’introspection. Je me suis demandée : quelles sont mes forces? Mes faiblesses? Mes intérêts? Qu’est-ce qui me stimule dans mon quotidien de la pratique du droit?

Après, on ne va pas se le cacher mais j’ai une meilleure qualité de vie en entreprise. Ce n’est un secret pour personne. Du jour au lendemain, il n’y a plus d’heures facturables, on a qu’un seul client, et pas de développement d’affaires à faire pour obtenir des clients.

Est-ce que c’est une réflexion qui a directement découlé de la naissance de votre premier enfant il y a quatre ans?

C’est sûr qu’avoir un enfant change une vie. Mais quand je suis revenue de mon congé de maternité, j’étais tout aussi motivée, j’avais hâte d’y retourner. Ma réflexion est venue par la suite mais ce n’est pas la naissance en tant que telle qui l’a provoquée.

Ce n’était pas qu’une volonté d’un meilleur équilibre de vie, car il y a des femmes dans les cabinets privés qui arrivent très bien à le trouver. J’avais aussi envie d’autre chose, dans ma façon de pratiquer le droit. J’aimais beaucoup Woods alors c’était un départ fort en émotions. Mais la décision était réfléchie, je savais quels étaient les avantages et les désavantages d’une pratique en entreprise.

Justement, quels sont les défis propres à l’entreprise?

La rapidité! C’est vraiment le premier mot qui me vient à l’esprit! En entreprise, ça va vite, notre rigueur et esprit de synthèse sont encore plus mis à l’épreuve. Il faut être capable de conseiller rapidement, efficacement et professionnellement les gens de la business, et donc de prendre des décisions rapides et concrètes.

Dans le monde de l’aéronautique, toute décision peut avoir un effet sur la production. On fait face à des gens pour qui le droit n’est qu’un frein à leurs projets commerciaux. Et quand on se frappe à des décisions d’affaires, cela demande une gymnastique particulière.

Rejoindre Bombardier, c’était une volonté claire ou plutôt un hasard?

C’est un hasard, je ne connaissais à peu près rien du domaine de l’aéronautique! C’est un milieu complexe, stimulant. La première fois que j’ai visité une des usines de production de Bombardier, j’ai eu des frissons. Il y a de quoi être fière de pouvoir travailler pour une telle entreprise. C’est passionnant! On fait voler des avions! Ça donne des dossiers passionnants et novateurs, en matière de droit, de faits.

Est-ce que le salaire est plus élevé en entreprise ou non? Est-ce que cet aspect faisait partie de votre réflexion aussi?

C’est sûr que si le choix d’aller en entreprise implique une meilleure qualité de vie, les conditions purement salariales sont quant à elles plus élevées en grand cabinet. De façon générale, la différence de salaire peut atteindre 25 %. Oui, cet aspect faisait partie de ma réflexion mais pour moi le salaire n’est que l’une des facettes des conditions de travail. Celles-ci sont meilleures, voire supérieures, en entreprise.

Quelles-sont les qualités d'une bonne conseillère juridique selon vous?

En plus de la rigueur et de la capacité d’analyse, je dirais la communication. Il faut bâtir et préserver une confiance avec tous les intervenants dans l’entreprise, ça demande leur collaboration. On ne veut pas être des « road block ». Ce qu’on doit communiquer, c’est que le département légal est là pour conseiller et soutenir.

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre travail?

J’aime appliquer le droit à des problèmes concrets pour des individus qui entrent dans mon bureau et sentir que j’ai un impact immédiat. Ça c’est très valorisant. En pratique privée, les dossiers durent plusieurs mois, voire des années. On fait beaucoup de recherches, de rédaction. En cabinet, le résultat de ton travail peut prendre des mois et des mois. Le mien je le vois au quotidien.

Avez-vous des conseils à donner aux étudiants qui voudraient devenir conseillers juridiques?

Personnellement, à ceux qui sortent de l’Université, je recommande d’exercer en pratique privée avant de faire le saut en entreprise, d’aller y chercher de l’expérience. Il faut aussi prendre le temps de se questionner sur son caractère, sa personnalité, car en entreprise ça va vite, si ce que l’on aime c’est approfondir des questions de droit sans interruption dans son bureau, l’entreprise n’est pas la bonne option!

Envisagez-vous de retourner à la pratique privée un jour?

Pas du tout! Je suis très comblée de mon poste actuel, ma décision n’était pas un coup de tête. Je suis en paix avec elle.

Quelle est la suite pour vous?

Je vais avoir un deuxième enfant, c’est une autre étape dans ma vie. Je retombe dans un autre monde. Le départ est particulier pour les femmes. Il n’y a qu’elles qui peuvent vivre toutes ces émotions. Vous portez un enfant, vous voyez votre corps se transformer, vous mettez votre profession de côté pour un certain temps… C’est un mélange d’émotions… Il y a une dichotomie entre le désir de réussir, le côté carriériste et l’instinct maternel… Je suis là-dedans en ce moment, mais je vais avoir hâte de revenir! Je me vois encore très longtemps chez Bombardier!