Le conseiller juridique de l'IBA, Kieran Pender, qui a dirigé le projet.
Le conseiller juridique de l'IBA, Kieran Pender, qui a dirigé le projet.
Une étude menée auprès de 7000 avocats démontre qu’une professionnelle sur deux a déjà été victime d’intimidation et une sur trois de harcèlement sexuel.

L’étude a été menée en six langues différentes, par l’International Bar Association (IBA) et l’entreprise Acritas auprès de 7000 personnes de 135 pays, tant au sein des cabinets d’avocats, que des tribunaux et des ministères de la Justice.

Il s’agit de la plus grande enquête menée au niveau international sur l’intimidation et le harcèlement sexuel dans le milieu juridique.

Ainsi, parmi les près de 7000 répondants, une femme sur deux estime avoir déjà été victime d’intimidation et un homme sur trois.

Un tiers des avocates disent également avoir été victime de harcèlement sexuel dans un contexte professionnel, ainsi qu’un avocat sur 14.

Parmi les sondés, on compte 67 % de femmes et 32 % d’hommes. Une infime partie s’est qualifiée de « non binaire ».

Peur des représailles

La plupart du temps, les incidents ne sont pas rapportés à la hiérarchie (57 % des cas d’intimidation, 75 % des cas d’agression sexuelle).

Pour quelles raisons? Généralement, car les victimes ont peur des répercussions et craignent que l’incident devienne endémique sur le lieu de travail.

« Nos recherches ont révélé que les personnes victimes d'intimidation et de harcèlement sexuel signalent très rarement l'inconduite à leurs lieux de travail ou aux autorités de réglementation. Ces problèmes touchent tous les secteurs de la profession, des stagiaires débutants aux procureurs généraux », a déclaré le conseiller juridique de l'IBA, Kieran Pender, qui a dirigé le projet.

Pour beaucoup, la solution la plus adaptée reste donc de démissionner. Le sondage révèle que 65 % des juristes interrogés qui ont été victimes d’intimidation ont quitté ou pensent quitter leur lieu de travail, 37 % des victimes de harcèlement sexuel ont également eu cette réflexion.

Malgré ces chiffres élevés, encore trop peu de cabinets ont vraiment mis en place de politiques visant à lutter contre l’intimidation et le harcèlement sexuel. Ainsi, 53 % des cabinets auraient mis en place des politiques spécifiques et 22 % avaient mis en place des formations.

« Il est profondément honteux que notre profession, fondée sur les normes éthiques les plus strictes, soit soumise à de tels comportements négatifs sur le lieu de travail, a déclaré le président de l'IBA, Horacio Bernardes Neto, associé chez Motta Fernandes Advogados à São Paulo, au Brésil. Les barreaux et les cabinets d'avocats doivent donner l'exemple et dénoncer les comportements inacceptables. »

Contribuer au changement

Le rapport publié suggère également une série de recommandations pour répondre à ces enjeux. Il préconise par exemple de sensibiliser tous les acteurs du milieu juridique. « La profession a un problème, il faut passer le mot pour contribuer au changement », lit-on.

Il faudrait aussi réviser et mettre en œuvre des politiques de ressources humaines, introduire des formations personnalisées et régulières ou s’engager clairement auprès des jeunes membres de la profession, car l’intimidation et le harcèlement touchent particulièrement les jeunes.

Le rapport préconise également de faire en sorte que les jeunes diplômés autant que les hauts responsables assument la responsabilité de ce qui peut se passer sur le lieu de travail.

Notant que l’intimidation et le harcèlement sexuel ne sont pas propres au secteur juridique. Mark Ellis, directeur exécutif de l’IBA, a ainsi déclaré que la profession juridique est régulièrement sollicitée pour conseiller d'autres industries sur le harcèlement moral et sexuel.

« Cependant, notre capacité à conduire un changement plus large est compromise si notre propre maison n'est pas en règle », ajoute-t-il.