Me Sébastien Lapointe.
Me Sébastien Lapointe.
Je tombais récemment sur un article intéressant sur Evolve the Law (sur le blogue Above the Law), au sujet de ce que les juristes peuvent faire afin de gagner plus, en moins de temps.

L’article fait réfléchir sur la façon dont nous (les avocats) nous laissons gruger une part substantielle de chaque journée, peut-être parce que la profession n’a jamais collectivement appris à mettre l’emphase sur l’efficacité, reposant traditionnellement sur le modèle de la facturation du plus grand nombre d’heures possibles, au taux horaire le plus élevé possible. Comme en 1959, disons.

L’article en question cite une étude annuelle (américaine) intitulée le Clio Legal Trends Report concluant qu’en 2018, un avocat typique (en petit ou moyenne firme) réussissait à mettre seulement 2,4 heures de temps facturable dans sa feuille de temps quotidienne, en moyenne.

Pire encore, selon cette étude, seules 1,9 de ces heures auraient été facturées, et 1,6 payées. Ouch.

Pas très surprenant dans ce contexte que la plupart (75 %) des juristes affirment devoir régulièrement travailler en dehors des heures normales d’affaires.

Se concentrer sur la croissance

Une des conclusions du rapport de Clio c’est que les avocats ne se concentrent généralement pas sur la croissance ou l’efficacité, mais qu’ils le devraient. Bon, vous me direz que l’auteur de cet article travaille pour Priori (qui vend du temps d’avocats contractuels) et que Clio (qui vend l’accès à sa plateforme aux avocats qui veulent se montrer plus efficace) ne sont pas les sources les plus objectives par rapport à cette question.

Peut-être, mais en discutant avec des juristes au Québec, je vous dirais que la problématique s’avère bien réelle ici, comme ailleurs en Amérique du nord.

La première chose est de voir à se concentrer sur la pratique du droit elle-même. Eh oui, vous êtes avocats, veuillez à ce qu’un max de vos journées au boulot soit passé à faire du droit. Évident? Pas tant que cela je vous dirais, dans la réalité des choses de la pratique privée.

L’idée, c’est de parvenir à se concentrer en particulier sur les types de tâches qui génèrent effectivement des honoraires.

Déléguez!

La pratique du droit étant ce qu’elle est désormais, une partie du travail à effectuer sera souvent effectuée et basée sur une formule forfaitaire. Quand c’est le cas, l’avocat a tout avantage à déléguer ou à trouver des façons d’atteindre le résultat escompté, en minimisant le temps qu’il passe personnellement à effectuer des tâches.

Le fait est que nous (juristes) sommes sujets à toutes sortes de dépenses de temps comme la gestion, l’organisation, la facturation, la collection, etc. Au final, ce sont souvent toutes ces tâches autres qui finissent par bouffer notre temps d’une journée de travail et qui aurait pu être traité (et travaillé) comme du temps générateur de revenus.

À ne pas explorer ces alternatives existantes, on demeure perpétuellement en mode rattrapage : après tout, qui a le temps de réfléchir à de meilleures façons de faire les choses quand on a autant à faire? Vous voyez le cercle vicieux.

En fait, comme juriste, dès qu’on est confronté à un type de tâche qui entre dans quelque chose qui s’effectue à forfait ou qui s’avère non-facturable (i.e. qui ne pourra être facturé à l’équivalent de notre plein taux horaire), tout avocat devrait premièrement se demander s’il n’a pas une façon de déléguer, d’automatiser ou d’autrement obtenir le même résultat, sans saboter la ressource la plus précieuse dont il dispose : son temps qui pourrait éventuellement facturer à un client.

Par exemple, vous écrivez fréquemment un certain type de courriel? À ne pas vouloir prendre le temps d’en faire un gabarit, vous perdez 10 ou 15 minutes à répétition… c’est un exemple typique.

Même idée pour les types de documents que vous générez souvent, sans pour autant prendre la peine de vous faire un modèle neutre convenable, parce que cela représente une « perte de temps » à court terme. En pratique, on se vole ainsi du temps au quotidien, qui à la fin du compte (d’une année, par exemple), finit par donner des chiffres horribles du genre 2,4 cité ci-haut.

En somme, si vous voulez faire plus d’argent comme avocat, en maintenant la qualité du service offert : travailler moins fort mais arrangez-vous pour facturer une plus grande portion du temps que vous passez effectivement à travailler.

Faites du droit, certes, mais d’une façon qui maximise ce que rapportera chaque heure travaillée. C’est ce qui s’avère la clé!