Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me André Ryan, Associé et Chef du groupe litige chez BCF.
Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me André Ryan, Associé et Chef du groupe litige chez BCF.
1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Était-ce une évidence pour vous ou encore le fruit de longues réflexions?

Je ne peux pas dire que j’ai, comme d’autres, rêvé du droit toute ma vie. J’étais, en fait, inscrit à la maîtrise en sciences politiques quand j’ai réorienté les choses. Je n’étais pas convaincu du domaine ni du directeur de thèse que j’avais choisi, j’avais certaines préoccupations quant aux débouchés possibles (autres que l’enseignement) et j’avais, par ailleurs, hâte de gagner ma vie et de « commencer ma vie d’adulte ».

C’est ma sœur qui m’avait convaincu de m’inscrire en droit « au cas où », et, en septembre, je suis finalement entré, en droit plutôt que de commencer ma scolarité de maîtrise. Le droit est un métier formidable pour quiconque est intéressé par la nature humaine sous toutes ses facettes, belles comme moins belles, et c’est un travail qui favorise aussi l’autonomie et l’indépendance de la pensée. Je n’en suis donc jamais ressorti!

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi professionnel, je l’ai vécu dans le cadre du travail que j’ai fait dans différentes commissions d’enquête et, plus particulièrement, lors de la commission Bastarache.

Nous représentions le premier ministre du Québec de l’époque, monsieur Jean Charest, dans un contexte où il était directement mis en accusation par un ancien ministre. Si nous étions convaincus que nous avions un excellent dossier sur le plan juridique, nous devions aussi composer avec les médias, qui étaient extrêmement critiques et avides de controverse. Le défi résidait donc, pour moi, dans cette interaction quotidienne avec les médias, aussi bien écrits que télévisuels. Il fallait gagner le dossier, mais aussi l’opinion publique. Pour un avocat, il est plus inhabituel de se retrouver devant un auditoire qui ne juge pas le dossier sur les faits mais aussi sur la base d’impressions créées à partir d’une masse d’informations qu’on ne contrôle pas!

3-Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, j’éliminerais probablement les courriels. La pression qu’ils ajoutent sur tous les aspects de la profession est immense : nous avons donné un caractère immédiat à tous les besoins, peu importe où l’on se trouve et à quel moment de la journée. Tout cela affecte, ultimement, presque immanquablement la qualité de la prestation puisqu’on manque parfois de temps pour approfondir la réflexion. Si je ne suis certainement pas nostalgique du Télex, je dois avouer que je le suis un peu du téléphone, parce que les courriels ont aussi enlevé, du même coup, un peu de la dimension humaine de notre profession.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

La perception, à mon avis, demeure stable en raison de plusieurs facteurs. D’abord, le niveau de connaissances générales par rapport au juridique est plus élevé qu’avant. À titre de président du conseil d’administration du quotidien Le Devoir, je constate à quel point le droit est une source intarissable d’informations : il y a toujours quelque chose à dire qui s’y rapporte dans l’actualité, ce qui est notamment attribuable au fait que le droit judiciaire continue de fasciner la population.

Le fait qu’il y ait des composantes juridiques dans presque tous les éléments du commerce moderne contribue aussi à maintenir une saine opinion de la profession. Il y a certainement des cas où la profession ou les avocats paraissent mal, mais les choses se passent plutôt bien de façon générale.

5- Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant gravir les échelons dans l’univers de la pratique privée d’aujourd’hui, comme vous l’avez fait?

Il n’y a évidemment pas de formule préétablie ou de recette magique.

Cela dit, et considérant que le droit est la rencontre de toutes les sciences humaines, je crois qu’une des clés du succès est de s’intéresser aux humains derrière toutes les situations.

Outre le fait de s’intéresser aux personnes, il faut aussi s’intéresser à tout ce qu’il y a autour de nous. Pratiquement tous les sujets ont une ramification vers le droit et, quand on s’intéresse à divers sujets, on identifie des opportunités.

Enfin, et ce n’est rien de nouveau : relevez vos manches, et travaillez fort!

  • Le dernier bon livre qu’il a lu : The Reluctant Fundamentalist (auteur : Mohsin Hamid)

  • Les derniers bons films qu’il a vus? Étant fan de Lady Gaga, A Star Is Born (réalisateur : Bradley Cooper)! Il a aussi bien aimé Green Book (réalisateur : Peter Farrelly)

  • Sa chanson fétiche : What Is Love (interprète : Haddaway)

  • Sa citation préférée? Undersell and overdeliver!

  • Il craque pour… le vin rouge (et le Bourgogne surtout!)

  • Ses restaurants préférés : Le Monarque (rue St-Jacques) et le Foxy (rue Notre-Dame Ouest dans Griffintown).

  • Il aimerait visiter… l’Afrique du Sud

  • Le personnage historique qu’il admire le plus et pourquoi : Barack Obama, pas tant pour ce qu’il a fait que pour avoir réussi à faire rêver autant de monde en même temps!

  • S’il n’était pas avocat, il serait probablement…(et sans grande surprise)… journaliste!

Éminent avocat dont la renommée dépasse les frontières du Québec et du Canada, Me André Ryan est chef du groupe Litige de BCF. Au fil de sa carrière, il a considérablement élargi sa pratique en droit commercial et dispense aujourd’hui des conseils stratégiques en matière de gouvernance d’entreprises, de relations avec les médias, de gestion de crise et de négociations de contrats et de partenariats à l’échelle nationale et internationale. Il conseille régulièrement des conseils d’administration d’entreprises privées et gouvernementales.

D’abord avocat de litige, Me Ryan a développé une expertise unique en représentation de parties devant les commissions d’enquête et en défense d’actions collectives. Il coordonne ou participe à des enquêtes internes. Il est aussi médiateur accrédité en matières commerciales et en droit de l’emploi. Grâce à son expérience et ses nombreux contacts à l’international, il conseille plusieurs entreprises étrangères désirant s’installer au Québec, de même que des entreprises d’ici souhaitant prendre de l’expansion à travers le monde.

De 2013 à 2015, Me Ryan a assumé la présidence mondiale du réseau Meritas, un regroupement de plus de 7 500 avocats répartis dans 95 pays, ce qui l’a amené à faire plusieurs présentations sur la pratique du droit à l’ère de la mondialisation en Asie, en Europe, en Amérique latine et en Amérique du Nord. En 2017, il a été nommé Fellow de l’American College of Trial Lawyers, un prestigieux titre réservé à moins de 1 % des avocats. Membre du conseil d’administration du cabinet, il préside également le conseil d’administration du quotidien Le Devoir depuis 2017.