Me Marie-Claude André-Grégoire.
Me Marie-Claude André-Grégoire.
Me Marie-Claude André-Grégoire était sûre d’une chose : elle voulait faire une différence pour les communautés autochtones. D’une manière ou d’une autre.

« Au début, je pensais devenir médecin, puis j’ai finalement choisi le droit. Je me suis dit que c’était une bonne idée », explique la jeune juriste de 29 ans qui vient tout juste d’avoir son premier enfant.

Quand elle quitte Montréal, sa ville natale, pour suivre ses études de droit à l’Université d’Ottawa, Me André-Grégoire est peut-être inconsciemment inspirée par son père avocat. « J’ai adoré Ottawa, notamment parce que beaucoup de gens viennent d’ailleurs », explique-t-elle en insistant sur une expérience à l’étranger à Montpellier, en France.

Aujourd’hui, elle a atteint son objectif : devenir avocate et défendre les droits des peuples autochtones, et notamment le sien, les Innus.

Bien vite, elle se lance aux côtés de Me James O’Reilley, du cabinet du même nom, spécialisé en droit autochtone. La jeune avocate le décrit comme « un mentor » et « un pionnier dans le domaine ».

L'église de la vieille réserve de Uashat Photo: Radio-Canada / Émile Duchesne.
L'église de la vieille réserve de Uashat Photo: Radio-Canada / Émile Duchesne.
C’est chez lui qu’elle a fait son stage du Barreau après l’avoir rencontré alors qu’elle était en emploi d’été au Conseil de bande d’Uashat Mak Mani-Utenam, près de Sept-Îles.

« Il a été super patient avec moi, il a pris le temps de m’apprendre des choses. Il veut me voir évoluer. C’est un joueur clé dans ma carrière », explique Me André-Grégoire.

Me O’Reilley l’a d’ailleurs poussée à remettre le pied à l’étrier et repasser l’examen du Barreau lorsqu’elle a raté une première fois.

« Ce n’était pas rien d’avoir quelqu’un de cette expérience qui croyait en moi », dit-elle.

Naviguer entre deux cultures

Son intérêt pour les droits autochtones ne lui vient pas de nulle part. Née d’un père non autochtone et d’une mère membre de la communauté innue, Me André-Grégoire navigue entre deux cultures qui pendant longtemps se sont tournées le dos.

Elle raconte avec une pointe de fierté que sa mère est née dans le bois et a grandi dans une famille de 13 enfants dans la communauté de Matimekush-Lac John. La jeune avocate s’est construite avec les histoires de son grand-père qui lui racontait comment, il y a encore peu de temps, sa communauté remontait la rivière de Sept-Îles pour Schefferville et même plus loin. C’est d’ailleurs dans cette ville que ses parents se sont rencontrés.

« Je sens que j’appartiens vraiment à cette communauté. C’est le fondement de mon identité, de mes valeurs », dit l’avocate.

D’ailleurs, elle a déménagé, pour son congé maternité, à Mani-Utenam, pour permettre à sa fille de grandir au sein de sa communauté et pour qu’elle puisse entendre la langue innue. « Moi je n’ai pas eu cette chance. Et même si je comprends beaucoup la langue, je suis des cours pour apprendre à la parler », explique-t-elle.

Schefferville.
Schefferville.
Un atout qui devrait également profiter à sa carrière puisque ses clients sont justement des membres des Premières Nations. Au moins autant que son appartenance à la nation innue.

« Les Innus en général ont eu beaucoup de difficultés. On leur a imposé beaucoup de choses sans leur demander ce qu’ils en pensaient. Ça a laissé beaucoup de cicatrices, beaucoup de marques. Ils sont donc un peu plus méfiants envers les non Autochtones qui viennent leurs faire des recommandations », détaille l’avocate. Sauf qu’émettre des recommandations, c’est justement son travail. Et parce qu’elle a du sang innu, ses conseils semblent mieux passer.

« C’est sûr que ça me permet de mieux connecter avec mes clients. Je comprends leurs préoccupations et je sais que parler de territoire est un sujet sensible », assure-t-elle.

Être une femme

Car justement, ce sont les enjeux territoriaux qui sont sa spécialité. Depuis quelques années, elle travaille sur un dossier impliquant une minière qui a « ravagé le territoire innu », décrit-elle. Le dossier se rend pour la deuxième fois en Cour suprême.

Toutefois, si être innue est un avantage, être une femme ne l’est pas nécessairement. La jeune femme a dû s’accrocher pour que sa voix obtienne la légitimité qu’elle mérite.

Sans amertume, elle reste philosophe. « Les questions de territoires, c’est un domaine d’homme, c’est très patriarcal. Une femme qui vient donner des conseils sur ces choses doit prouver qu’elle sait de quoi elle parle. J’espère en tout cas avoir fait mes preuves désormais », dit Me André-Grégoire.

Ce défi relevé, bien d’autres attendent la jeune avocate. « On était là avant les Blancs, mais on doit encore le démontrer en cour, c’est une frustration énorme pour les Premières Nations. C’est à nous que revient encore le fardeau de la preuve », explique-t-elle.

Mais Me André-Grégoire ne baisse pas les bras.

« Il faut y croire, j’ai espoir que les choses changent et que la cause des Premières Nations va continuer à avancer. »