Pierre Arcand, recruteur juridique.
Pierre Arcand, recruteur juridique.
Question

Bonjour, Me Arcand,

L'associé d’un cabinet concurrent m'a contactée, je l'ai rencontré par politesse...et j'ai eu un coup de foudre professionnel. Cependant je n'ai aucune idée de comment négocier avec ce futur et potentiel employeur. Combien demander? À quelles conditions? Merci de votre aide.

Réponse

Chère lectrice,

Comme c’est souvent le cas, Il m’est difficile de répondre avec précision à votre question considérant le peu d’informations dont je dispose. La rémunération que vous pouvez demander variera en fonction de la taille du cabinet qui vous courtise, de sa politique de rémunération, de ses objectifs d’heures facturables.

L’offre de ce nouveau cabinet sera aussi grandement influencée par votre rémunération actuelle. En effet, assumant que votre cabinet est de dimension comparable au concurrent, le point de départ de votre réflexion devrait être votre salaire actuel. Vu que la démarche fut initiée par l’associé du cabinet concurrent et que vous êtes heureuse dans votre emploi actuel, il est facile de comprendre qu’il vous faudra un incitatif afin de prendre le risque de faire un changement dans votre carrière. Il est fort probable que l’associé qui vous a contactée est bien au fait de cette situation alors il est de bonne guerre que la négociation débute avec votre rémunération.

La valeur de l’incitatif est cependant difficile à quantifier. Je vous dirais que pour un avocat salarié, on peut voir des augmentations de 8,000 à 10,000$ ou même plus si vous êtes présentement « sous-rémunérée » par rapport à ce qui se fait ailleurs. Par contre Il faut aussi être conscient qu’il y a des limites car le nouveau cabinet devra respecter une certaine équité avec ses autres jeunes. Cette équité est aussi importante pour vous car vous ne voulez pas être perçue négativement par vos futurs collègues. La confidentialité de votre rémunération n’est pas une garantie, trop de gens y ont accès indirectement pour croire que personne ne le saura.

Un autre aspect à considérer avant d’être trop gourmand est qu’il n’est pas toujours bon d’être surpayé. Ça vient avec une pression additionnelle souvent indirecte, une pression que vous risquez de constater dans le comportement des associés avec qui vous travaillerez moins. Ce n’est pas toujours le cas mais c’est beaucoup plus fréquent qu’on le pense. Ces associés savent ce que vous coûtez alors ils risquent d’être moins conciliants le jour où vous leur direz que vous ne pouvez pas prendre un de leurs dossiers car vous êtes surchargée.

Comment trouver le juste milieu entre être trop gourmand et se faire exploiter… en appliquant les principes gouvernant toutes les négociations et ce peu importe l’enjeu.

1- Avoir un maximum d’informations sur l’autre partie. Salaire des avocats de votre niveau, objectifs d’heures facturables, bonification disponible, avantages sociaux, etc… Mais aussi les informations sur l’individu avec qui vous discuterez.
2- Connaître les précédents ou les comparables donc obtenir les mêmes informations pour les autres cabinets.
3- Évaluer si vous êtes en position de force. Y a-t-il beaucoup d’autres jeunes ayant le même profil que vous ? êtes-vous une denrée rare ?
4- Dresser votre propre liste de priorités. Rémunération ou qualité de vie ? Beaux dossiers stimulants ou zone de confort ? Il est possible (et même souhaitable…) que vous réalisiez que la rémunération ne devrait pas être au cœur des discussions…. C’est malheureusement encore trop rare…

Une fois cette préparation terminée, le jeu des négociations peut commencer. Par contre, dans une situation comme la vôtre, on ne parle pas de quelque chose très complexe car la latitude de chaque partie est quand même limitée. J’aurais donc tendance à ne pas prendre de gants blancs et aller droit au but dans le style : « Écoute j’ai vraiment le goût de me joindre à votre équipe et après réflexion voici ce qui me rendrait heureuse…. » Soyez honnête et précise mais aussi honnête envers vous-même. Si c’est ça que ça vous prend pour être heureuse ne bougez pas s’ils ne rencontrent pas vos critères. C’est aussi simple que cela.

Je termine en vous soulignant que la clé du bonheur en négociation est de se fixer un objectif clair et réaliste et, plus important encore, une fois qu’il est atteint ne pas se demander si vous auriez pu avoir plus. C’est difficile d’éviter ce piège mais c’est primordial parce que vous n’aurez jamais la réponse. Vous avez établi ce qu’il vous fallait pour être heureuse et vous l’avez obtenu… pourquoi vous casser la tête avec des hypothèses ? Profitez simplement de votre bonheur.

Voilà pour cette semaine et j’espère que ma réponse vous aidera et je vous souhaite une bonne semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apportent un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.