Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec  Me Geneviève Bich.
Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Geneviève Bich.
1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Rêviez-vous toute jeune de devenir avocate, ou est-ce le fruit d’un hasard?

Je n’ai jamais, non, rêvé de devenir avocate: il était clair pour moi que je n’exercerais pas le métier. Je voulais plutôt, en fait, être psychologue sportive et accompagner des athlètes de haut niveau, et je me préparais à compléter un doctorat dans le domaine à l’extérieur.

Les aléas de la vie ont cependant fait en sorte que je devais rester à Montréal 12-18 mois de plus que prévu. Je cherchais donc à utiliser utilement le temps que je passerais de plus à Montréal. Me disant que si je ne devenais pas psychologue, je pourrais devenir psychiatre du sport, j’ai fait une demande en médecine tout en sachant qu’il me faudrait compléter les cours de qualification qui me permettraient ensuite d’y être acceptée, le cas échéant. Comme il fallait aussi faire une 2e demande, j’ai indiqué le droit comme second choix et…j’y suis entrée un peu à reculons, en me disant que je n’y ferais qu’une session!

Je n’ai, effectivement, pas tellement aimé les cours. Arrivée aux examens, et me disant qu’il valait mieux bien faire les choses, j’ai étudié et…suis tombée amoureuse du droit! C’était comme si tous les morceaux du casse-tête se plaçaient et que je découvrais l’œuvre au complet. En me préparant aux examens, j’ai mesuré toute la complexité de l’affaire, l’impact du droit dans nos vies et dans toutes les sphères de la vie des humains, et j’ai réalisé que la discipline est au cœur de tout ce qui nous touche.

J’ai donc décidé de compléter mon baccalauréat et mis de côté mon projet de doctorat. Il était important pour moi de trouver un domaine pour lequel la personne était au centre des choses : le litige, le droit criminel ou le droit du travail semblaient donc tout indiqué.


2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

J’ai certainement eu la chance de travailler sur des dossiers importants, comme celui de l’équité salariale chez Bell, sur lequel d’autres s’étaient cassé les dents avant moi, ou encore les dossiers de fusions & acquisitions sur lesquels j’ai travaillé.

Mon plus grand défi, cependant, est de « coacher » mon équipe, évaluer le talent, développer les gens, les amener à se dépasser et à faire mieux que ce qu’ils imaginaient eux-mêmes.

C’est un défi parce qu’il faut beaucoup de temps avant d’obtenir des résultats. C’est aussi quelque chose qu’il faut faire avec beaucoup d’humilité et de modestie. « Coacher » est une chose, mais il est en une autre de s’interroger chaque fois sur si on l’a bien fait! Vous savez, on n’a pas vraiment droit à l’erreur quand on « coache » quelqu’un. On n’est évidemment pas le seul responsable du développement d’autrui, mais cette personne nous fait confiance quant à notre capacité à l’aider : c’est une lourde responsabilité.

À travers cela, on doit aussi contribuer à la diversité et amener les organisations à être des « championnes de la carrière des femmes ». Ce sont de grands défis auxquels je m’attaque depuis longtemps… et à tous les jours!

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique – et je ne prétends pas savoir comment y arriver -, je souhaiterais qu’on contribue davantage à assurer l’accès à la justice: une justice qui soit accessible, compréhensible, axée sur l’intérêt général et le but commun.

Même si beaucoup de gens, pris individuellement, essaient certainement d’en assurer un plus grand accès, j’ai le sentiment que, comme profession, on n’y arrive pas encore…un sentiment que je ressens quand je reçois des comptes d’honoraires! (Ajoute-t-elle en riant)

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre…je vois de belles choses, mais je n’ai pas suffisamment de données pour me faire une opinion sur le pouls de la perception du public.


5. Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant gravir les échelons comme vous l’avez fait?

Je crois qu’il est nécessaire d’accepter toute sorte de mandats et de saisir les occasions de sortir de notre zone de confort, y compris parfois en faisant des choses qui ne nous allument pas au plus haut point.

Pour se développer, il faut prendre des risques calculés.

Si j’avais su ce que je sais aujourd’hui, je serais peut-être, et même si j’aime encore la psychologie sportive, allée vers HEC Montréal pour bifurquer plus tôt vers le monde des affaires. Mais cela, je l’ai appris parce que je me suis exposée à toute sorte de choses.

Je pense aussi, dans le même sens, à mon expérience au service juridique de Bell. J’aimais le litige et le fait d’avoir un humain au centre de mes préoccupations. Or, tôt dans ma carrière, Bell m’a offert de faire du droit réglementaire : j’étais peu intéressée par le domaine et par la perspective de déménager à Hull pour un an…mais je l’ai fait parce que la compagnie pensait que c’était bon pour moi. J’ai effectivement, et même si j’adorais les gens, détesté mon expérience! Trente ans plus tard cependant, j’ai été nommée au conseil d’administration d’Hydro-Québec, et je suis convaincue que le fait que j’ai une expérience en droit réglementaire y a contribué, sachant qu’Hydro-Québec est régi par sa grille tarifaire. J’étais certainement loin de me douter que ça pourrait me servir lorsque j’ai été envoyée à Hull, et je remercie mon employeur de l’époque d’avoir insisté!

Je crois aussi qu’il est important de contribuer à la communauté par le biais de nos passions et intérêts. Nous sommes très privilégiés d’être aussi éduqués et d’avoir une telle « boîte à outils », et nous avons la responsabilité de redonner au suivant et de rester connecté « au vrai monde » et aux enjeux quotidiens. Si chacun d’entre nous restait plus proche des problèmes quotidiens en restant près des communautés dans lesquelles nous travaillons, nous aurions peut-être davantage le goût de rendre la justice plus accessible, par ailleurs.

  • Un bon livre qu’elle a relu dernièrement : Mes amis (auteur : Emmanuel Bove) Extraordinairement touchant.

  • Le dernier bon film qu’elle a vu? Captain Marvel (réalisateurs : Anna Boden et Ryan Fleck)

  • Son groupe fétiche : Led Zeppelin

  • On l’entend souvent dire : Il fait soleil dans mon cœur.

  • Son péché mignon : Euh…aucun qui ne soit suffisamment mignon pour le partager

  • Elle aimerait aller : sur la Lune ou, à défaut, en Antarctique

  • Le personnage historique qu’elle admire le plus et pourquoi : Rosa Parks, qui a posé un geste ordinaire avec des conséquences extraordinaires, à savoir se choisir une place dans l’autobus, tout comme Viola Desmond au Canada environ 10 ans plus tôt. Ces gestes ordinaires qui ont des conséquences extraordinaires l’inspirent, surtout quand cela a des conséquences pour tous.

  • Si elle n’était pas gestionnaire / avocate de formation, elle serait… astronaute pour aller sur Mars!

Geneviève Bich, CRHA, est vice-présidente, ressources humaines chez Metro inc., un leader de l’industrie du commerce alimentaire et pharmaceutique au Canada. Avant de joindre les rangs de Metro, Geneviève a occupé des postes similaires chez Aimia inc., Groupe Dynamite et Bell. Elle est également membre du conseil d’administration d’Hydro-Québec et présidente du comité ressources humaines du conseil.

Pendant sa carrière, Geneviève a travaillé tant au Québec qu’en Ontario et a dirigé des équipes et des projets pancanadiens. En plus de son expérience à titre de dirigeante dans le monde des affaires et de professionnelle en ressources humaines, elle compte une solide expérience en communications, fusions et acquisitions et réorganisations d’entreprise.

Geneviève soutient par ailleurs activement plusieurs organismes communautaires de Montréal.

Geneviève est détentrice d’un baccalauréat ès arts (psychologie) de l’université McGill et d’un baccalauréat en droit de l’université de Montréal. Elle est membre du Barreau du Québec depuis 1991 et de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec.