L’essayiste américain Malcolm Gladwell s’en prend au Law School Admission Test.
L’essayiste américain Malcolm Gladwell s’en prend au Law School Admission Test.
« Quand vient le temps d’identifier ceux qui sont assez brillants pour devenir avocat, on utilise un chronomètre », déplore l’essayiste américain Malcolm Gladwell.

L’auteur bien connu des livres Le point de bascule et La force de l’intuition s’est récemment attaqué aux examens d’admission en fac de droit. Il s’en prend notamment au Law School Admission Test, qui sert d’outil de recrutement pour les étudiants en droit.

Dans une série de baladodiffusions diffusées en juin, Gladwell discute de sa propre expérience avec l’examen, qu’il a passé afin d’en discuter avec plusieurs personnalités du monde juridique américain.

Sa conclusion : on privilégie les lièvres plutôt que les tortues pour choisir qui sera avocat, en misant davantage sur la rapidité d’exécution que sur le raisonnement.

Une conclusion partagée par certains de ses invités, dont des juges, des professeurs de droit et des juristes issus d’horizons variés.

Il n’en fallait pas plus pour que le débat fasse rage dans tout ce que les médias sociaux comptent d’experts ès choses juridiques : pour ou contre le LSAT en particulier et la formation offerte en général ?

Il faut dire que la question n’est pas nouvelle : le LSAT, un contre-la-montre qui doit être réussi pour être admis en droit aux États-Unis et au Canada, est critiqué depuis des années.

Dans une étude publiée en 2004 dans la Texas Law Review, le chercheur William Anderson concluait que les tests de classement utilisés par les facs de droit américaines étaient de bien pauvres indicateurs de la qualité des étudiants. La vitesse requise pour compléter les examens comme le LSAT, ne mesurent que la vitesse… « au détriment du raisonnement ou de la préparation ».

Dans son papier The LSAT, Law School Exams and Meritocracy, le professeur de droit à Indiana State postulait en outre que de tels examens « ont bien peu à voir avec la pratique du droit ».

Autre problème causé par le recours au LSAT : aux États-Unis notamment, son utilisation devient de plus en plus commerciale, alors que les facs utilisent les résultats pour se hisser dans les palmarès nationaux.

Utile quand même

Bien qu’imparfait, il reste que c’est un indicateur qui a son utilité, rétorque le professeur Orin Kerr, collaborateur au blogue juridique Volokh Conspiracy. Le prof à la Berkeley School of Law estime ainsi « qu’il faut avoir une mesure permettant d’évaluer la capacité de quelqu’un à évoluer dans le marché », écrit-il.

Les cabinets se servent des notes pour filtrer les embauches, et les universités se servent du LSAT pour sélectionner les étudiants. Et même si le LSAT est perfectible, il reste que c’est un indicateur valable.

« Sans compter qu’il faut se demander si prendre le temps de se préparer, pendant longtemps, pour un examen chronométré évalue le raisonnement, la rapidité, ou les deux », poursuit Orin Kerr. Peu importe la vitesse à laquelle il faut répondre aux questions, il faut se préparer pendant longtemps et apprendre à raisonner pour évaluer rapidement le cadre juridique applicable à telle ou telle situation, dit-il en substance.

Gladwell poursuit son argumentaire en évoquant le monde des échecs : il y a les joueurs chronométrés, et les joueurs qui prennent leur temps. Les champions d’échecs en blitz ne sont pas les mêmes que les champions du jeu classique. Mais même si les deux types de joueurs excellent dans leur discipline respective, le standard du jeu, et celui où l’ordinateur Deep Blue de IBM a battu Gary Kasparov, en 1997, est la formule sans limite de temps. Et celle où les champions sont davantage reconnus.

C’est le triomphe de la tortue face au lièvre.

D’où la question, posée par Malcolm Gladwell : pourquoi privilégier les lièvres dans les facs de droit ?