Mes Christian Dufourd, Annie Émond et Didier Samson.
Mes Christian Dufourd, Annie Émond et Didier Samson.
Les émojis sont aujourd’hui dans le quotidien de milliards de conversations sur la planète. Ils nous aident à traduire certaines émotions, mais sont-ils fiables devant les tribunaux où ils sont reconnus comme un langage?

« C'est sûr que si on envoie qu'un seul émoji pour répondre à quelque chose, là, c'est plus difficile si on n'a pas de contexte écrit », indique Me Annie Émond, de Boro Frigon Gordon Jones. « On ne pourrait pas simplement interpréter l'émoji seul sans autre contexte ou écrit. Ça serait vraiment trop demander au tribunal d'interpréter ce que le bonhomme qui pleure veut dire. »

L’avocat Didier Samson est du même avis. Sans contexte, l’usage d’émoticônes en preuve n’est gage d’aucun succès. « Si un accusé envoie un bonhomme fâché, quel est son état d'esprit quand il l’envoie? Doit-on faire le lien qu'avec l'émoji, au moment où la personne le texte, la personne est fâchée? Je pense que ça va poser un très grand problème à la Cour de dire que c'est une preuve fiable. »

Certains symboles peuvent être plus faciles à analyser que d’autres, juge l’avocat reconnu pour son style excentrique. « Si t'envoies une pêche suivie d'une aubergine, on sait que ça veut dire des relations sexuelles rapides ou que c'est à connotation sexuelle. Ça donne une piste, mais de dire que ça va devenir un élément fiable en soi, non. Ça va être à travers le reste des messages. »

Me Émond ajoute qu’avec la trame d’utilisation des émojis, on peut juger que dans tous les contextes, ils signifient la même chose. « Le juge peut dire que l'émoji est admissible, mais n'y donner aucune valeur probante, parce que personne n’a expliqué ce que le symbole voulait dire. Mais il peut également y donner une très grande valeur probante parce que la personne a toujours utilisé le même émoji dans le même contexte par le passé. »

Même si leur interprétation peut être parfois compliquée, les émoticônes ne nécessitent pas l’interprétation d’un expert en cour, estime Me Christian Dufourd, de Dufourd Dion. « Jusqu'à quel point ça pourrait être pertinent d'amener un expert qui va nous aider à interpréter tel ou tel clin d’oeil ou coeur, ou quoi que ce soit? Ça serait quand même assez étonnant qu'on aille jusque là. »

En guise de conclusion, Me Samson sert un avertissement aux citoyens: ils devraient réfléchir à ce qu’ils envoient et à qui ils les envoient. « Les émojis, c'est ben le fun, mais c'est une source de confusion. Même les messages textes sont une source de confusion: il y a des choses qui ne s'écrivent pas. »