Mes Pascal Jolicoeur et Alexis Deschênes. Photos : Site Web de Cliche Avocats et Twitter d'Alexis Deschênes
Mes Pascal Jolicoeur et Alexis Deschênes. Photos : Site Web de Cliche Avocats et Twitter d'Alexis Deschênes
« Je pars travailler le matin à 7h, et à 7h10 je suis assis dans mon bureau, prêt à travailler. Quand il fait beau, je vais me baigner à la maison sur l'heure du dîner! »

Métro, boulot, dodo? Oubliez ça pour Me Pascal Jolicoeur. L’associé de Cliche Avocats et bâtonnier du Barreau de l’Abitibi-Témiscamingue profite d’une qualité de vie exceptionnelle, à ses dires, même s’il ne travaille pas pour un grand cabinet du centre-ville montréalais.

Pratiquer en région, c’est un peu se sentir toujours en vacances pour Me Alexis Deschênes, qui a travaillé quelques années à Québec à la direction du contentieux du ministère de la Justice avant de prendre la direction de New Richmond, en Gaspésie, pour oeuvrer au bureau d’aide juridique.

« Après une cause plaidée à Amqui, je suis revenu chez moi, et peu après 18h, j'étais sur mon voilier, je montais les voiles et je voguais au large de Carleton-sur-Mer. La pratique en région, c'est être proche de la nature. »

Mais avant de se laisser emporter par les images du soleil qui se couche dans la Baie-des-Chaleurs et de se dire qu’on déménage ses pénates, il faut comprendre la réalité de la pratique en région et les défis qui s’y rattachent.

Isolement social

La bâtonnière du Barreau du Bas-St-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Me Andrée Rioux, estime que le premier défi d’un avocat de l’extérieur qui s’installe en région est de combattre l’isolement social.

« Quelqu'un qui aime aller au cinéma ou à l'opéra toutes les semaines ne viendra pas s'installer ici! D’autre part, il y a aussi le défi d'être avec quelqu'un qui pourra se réaliser dans le travail également. Je le vois comme une contrainte de vouloir s'installer en région, et d'y demeurer. »

Profession : généraliste

Les trois juristes contactés par Droit-inc estiment aussi qu’il faut avoir l’âme d’un généraliste. Pour Me Rioux, un avocat trop spécialisé en pratique privée aura de la difficulté à survivre en Gaspésie. Me Jolicoeur, quant à lui, précise qu’on n’est pas obligé de tout faire non plus.

« Si tu veux faire du droit international en matière d'automobile, évidemment tu ne viens pas travailler en Abitibi. Mais si tu te regroupes avec des collègues, c'est possible de se spécialiser davantage. Des avocats qui font vraiment de tout, on en voit de moins en moins », estime-t-il.

Des conflits d’intérêts plus présents

Me Deschênes soutient que les conflits d’intérêts peuvent devenir plus fréquents en région qu’en ville. Facile à comprendre: les avocats ont davantage de chances de connaître leurs clients personnellement dans une municipalité de 4000 âmes.

« Il y a plus de chances que, pour un client, j'aie déjà représenté son ex dans une autre cause auparavant. Sinon, quand ce sont des gens que j'ai connus intimement ou que j'ai fréquentés comme ami, je ne prends pas le dossier, je le réfère. »

Il faut aimer faire de la route

« On se promène beaucoup », convient d’entrée de jeu Pascal Jolicoeur. Son bureau a beau être situé à Val-d’Or, il doit tout de même embarquer dans sa voiture pour visiter des clients situés à Amos, à une heure et demie, ou même à Ville-Marie, à trois heures de route.

Couvrir plusieurs districts peut amener une certaine fatigue, souligne la bâtonnière Rioux, mais aussi des frais plus élevés pour les clients. Sans compter que les rôles de cour peuvent se chevaucher forçant des avocats à faire de rapides allers-retours entre deux palais à plusieurs heures de route de distance.

« Même si les cours essaient de ne pas fixer les dates d’audiences à la fois à Percé et à New Carlisle en même temps, c'est parfois inévitable. Ça devient un jeu difficile pour les avocats, et pour les clients. »

Éternel optimiste, Alexis Deschênes, lui, a trouvé le moyen de rendre son temps passé sur la 132 plaisant, et même rentable. Six mois par année, l’occasion est trop belle pour faire le transit en moto, avec la mer d’un côté et la montagne de l’autre.

« J'ai de grosses sacoches dans lesquelles je suis capable de mettre ma toge et mes dossiers. Chaque fois que je dois me rendre dans un palais de justice, ça me permet de faire de la moto dans un endroit fabuleux. L'hiver, je profite de mon temps en voiture pour rappeler des clients. »

Le Nord-du-Québec, un cas particulier

La pratique dans le Nord-du-Québec est pour le moins unique. La cour itinérante se déplace dans les différentes communautés autochtones (Waswanipi, Nemaska, Chibougamau, etc.) pour y régler les différends, environ chaque trimestre.

Gros défi administratif s’il en est un: avocats, juges, greffes, forces de détention, se déplacent souvent par avion dans les communautés avec dossiers et équipements. L’appareil juridique restera deux ou trois jours dans un village avant de remballer le tout et de quitter pour une autre municipalité.

« La cour va commencer à siéger à 9h le matin jusqu’à 11h le soir. Il y a tellement de dossiers, on y va tellement peu souvent, et le coût élevé de la procédure, tout cela fait en sorte que l’appareil judiciaire veut maximiser le plus possible son temps de cour. Mais autant que tout le monde veuille et essaie d'être efficace, c'est très difficile de tout régler en quelques jours seulement », raconte Me Jolicoeur.