Dominique Ménard est désormais considérée comme l’une des meilleures plaideuses au monde. Photo : Courtoisie
Dominique Ménard est désormais considérée comme l’une des meilleures plaideuses au monde. Photo : Courtoisie
Jamais deux sans trois!

Après Mes Bernard Amyot et Max R. Bernard de LCM Avocats, c’est au tour de Dominique Ménard de rejoindre l’American College of Trial Lawyers.

Cela signifie que la Barreau 1998 est désormais considérée comme l’une des meilleures plaideuses au monde. Un honneur qui lui revient après une carrière chez Stikeman Elliott, Abbott, Heenan Blaikie et aujourd’hui chez LCM Avocats, cabinet qu’elle a cofondé.

Droit-inc a discuté avec la Super plaideuse du parcours qui l’a menée vers cet honneur ultime.

Être admise au American College of Trial Lawyers, qu'est-ce que ça représente pour vous?

Ah, c'est un grand honneur!

Je ne m'y attendais pas, c’est une réelle surprise, qui arrive assez tard dans ma carrière! C'est une très belle reconnaissance des autres fellows canadiens.

Comment a été votre expérience à l'Académie?

C'était très impressionnant, d'abord parce qu'ils sont très organisés. La qualité des conférences est vraiment impressionnante.

La cérémonie de mon assermentation avec les présidents d'honneur qui offrent des explications sur le processus de sélection était vraiment particulière. L'ambiance était chaleureuse et collégiale, très accueillante.

Je sens vraiment que je rejoins un groupe, un réseau tissé très serré.

Au cours du processus de sélection, certains de vos anciens adversaires, ou même d'anciens juges ont été sondés quant à votre candidature. À votre avis, comment vous ont-ils décrit?

C'est difficile à dire!

Je crois que je suis reconnue pour mes talents en stratégie dans les dossiers, et comme une plaideuse aguerrie, rigoureuse. Je connais bien mes dossiers et j'ai une aisance particulière devant les tribunaux.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'académie veut s'assurer que les fellows invités suivent un code d'éthique important. Il y a des règles qui font que même si nous sommes des adversaires coriaces, on doit agir de façon éthique tout au long de nos relations avec nos collègues.

Est-ce difficile de respecter entièrement les règles d'éthique, tout en demeurant une adversaire coriace?

C'est du moins essentiel. On peut très bien défendre l'intérêt de son client, mais on doit toujours être transparent.

Par exemple, lorsque je plaide, je serai toujours la première à mettre le doigt sur un précédent ou une cause qui est peut-être moins alignée avec notre position. Moi, je crois qu’on a qu'une seule réputation.

Photo : Courtoisie
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En vous écoutant, j'ai l'impression que vous ne percevez vraiment pas la plaidoirie comme un duel, tel que le font d'autres avocats. Je me trompe?

Non, effectivement, c'est plutôt un dialogue.

Nous sommes là pour comprendre, et permettre à la cour de comprendre. Il ne faut surtout pas que ce soit un monologue, et ça ne sert à rien que ce soit inutilement adversarial. J'ai toujours l'impression qu'on en sort plus gagnant quand les avocats expriment des points de vue qui se valent, et s'expriment de façon organisée.

Mais tout de même, sortir gagnant d'un procès demeure l'objectif ultime. Comment vous sentez-vous lorsque vous sortez perdante de la cour?

Je pense qu'on ne devient un bon avocat de litige que lorsqu'on a gagné cinq causes perdues et perdu cinq causes gagnantes.

Et là, on peut dire qu'on est devenu un avocat d'expérience. Mais tout de même, je peux vous le dire, on encaisse toujours la défaite d'un point vue personnel. On a toujours cette impression qu'on aurait pu faire plus, mais ce n'est pas une raison pour devenir amer avec l'adversaire.

En restant dans le sujet, quels ont été vos pires échecs aux tribunaux?

Oh! Mes pires moments à la cour sont certainement dus à ma maladresse!

J'ai déjà échappé mon café devant tout le monde, ou cherché mes notes. Tout le monde me connaît comme la maladroite, celle qui échappe les pichets d'eau... (rires)

Malgré cette maladresse, on vous considère maintenant comme l'une des meilleures plaideuses au monde. Comment avez-vous atteint ce niveau d'excellence?

Pour moi, j'ai appris avec les meilleurs plaideurs, j'ai eu d'excellents mentors au cours de ma carrière. Je suis allé à la bonne école, en passant dix ans chez Stikeman Elliott, après chez Heenan Blaikie et dans les deux cas, j'ai travaillé avec de grands plaideurs.

Aussi par le travail acharné. Je pense qu'on devient une bonne plaideuse en plaidant beaucoup, en voyant différents types de plaideurs. C'est aussi grâce à la confiance que m'ont donnée mes clients.

Vous avez déjà été conseillère juridique chez Abbott. Qu'avez-vous pensé de ce passage?

Ce fut extrêmement intéressant.

J'ai beaucoup appris d'être de l'autre côté de la table. Ça m'a permis de comprendre davantage les exigences des clients.

J'ai aussi beaucoup apprécié d'être en contact avec des professionnels qui ne sont pas des avocats, qui sont archi compétents en marketing, réglementation et aussi des scientifiques, qui ne pensent pas comme nous.

Maintenant, quand je regarde un dossier, je réalise que c'est important de le voir autrement. Par la vision des experts qui sont chez mes clients. Mais aussi, ça m'a permis de réaliser à quel point j'aime plaider. Je suis vraiment une plaideuse dans l'âme et c'est devenu très évident pour moi.

Et c’est pour plaider que vous avez rejoint Heenan Blaikie?

Oui, mais également parce qu'à ce moment-là, Marie Josée Hogue, pour qui j'avais énormément de respect, m'a proposé un poste. L'environnement de travail offert était très intéressant.

En carrière, quelles ont été vos meilleures plaidoiries?

Je suis très contente de ma dernière victoire en cour d'appel pour Hydro-Québec contre PF Résolu. La cause était complexe et je n'étais pas là en première instance, donc c'est toujours un défi additionnel.

Je suis sortie de cette plaidoirie très contente! Mon adversaire Yves Martineau de Stikeman Elliott a fait une très belle plaidoirie. On avait eu tous les deux un bon débat avec la cour d'appel.

De toute façon, meilleure ou pas meilleure, l'important c'est de finir sa plaidoirie et d'avoir le sentiment d'avoir réussi à synthétiser le dossier de notre client puis à transmettre l'essentiel à la cour.

Lorsque le client te dit à la fin merci d'avoir bien raconté mon histoire, c'est ça ma récompense.

Si vous aviez un conseil à donner à un plaideur en début de carrière, quel serait-il?

Je crois vraiment que l'on apprend par l'expérience.

Il faut être exposé, aller à la cour, accompagner les gens, même si on doit travailler encore plus d'heures. Je pense qu’il faut s'imprégner du style de plusieurs plaideurs pour trouver son style. Et après, c'est important d’y coller.

Il faut apprendre de ses erreurs.