Me Denis Gallant. Photos : Site Web de l'UQAM.
Me Denis Gallant. Photos : Site Web de l'UQAM.
Devenu une véritable vedette après sa performance lors de la Commission Charbonneau, Me Denis Gallant, Ad.E., a ensuite lancé le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de la Ville de Montréal puis a mis sur pied l’Autorité des marchés publics (AMP).

En janvier prochain, il quittera son poste de président-directeur-général de l’AMP pour revenir à la pratique du droit criminel au sein du cabinet Roy Bélanger. Droit-inc s’est entretenu avec le Barreau 1990 pour connaître ses motivations.

Droit-inc : Quel bilan faites-vous de votre passage à l’AMP?

Denis Gallant : Après 18 mois, j'estime avoir recruté les meilleures personnes pour mettre de l'avant les mandats donnés par le législateur, soit de vérifier et surveiller l'ensemble des contrats publics pour tous les ministères et organismes du gouvernement, les sociétés d'État, et l'ensemble des municipalités du Québec mis à part Montréal.

Au niveau de la mise sur pied de l'organisme, c'est mission accomplie. On est opérationnel et depuis le 25 mai dernier, l'AMP est en mesure d'exercer l'ensemble de ses pouvoirs.

Quels sont les défis auxquels l’AMP doit faire face en tant que nouvelle entité?

Très candidement, le principal défi, c'est qu'on n'ait pas une nouvelle Commission Charbonneau dans 10 ans.

Pour avoir été aux premières loges de la Commission Charbonneau, même si on avait des lois qui pouvaient potentiellement protéger nos marchés publics, on s'est aperçu des dérives. Des entrepreneurs mal intentionnés ont perverti le système. Beaucoup de joueurs ont été écartés, ce qui a fait gonfler les prix et on a payé beaucoup trop cher pour nos contrats publics pendant des années.

Maintenant, ce qui est important, c'est de s'assurer qu'on ait les meilleures lois du monde, avec des organismes responsables de la vérification de tout ça. Avec les bureaux de l'inspecteur général et l'AMP, les organismes se parlent et ont des ententes d'échange de renseignements pour qu'on n'en échappe pas.

Le risque zéro n'existe pas, mais c'est beaucoup mieux qu'avant.

Cela dit, tout peut être bonifié. Entre temps, l'AMP va parler de par ses décisions, qui feront jurisprudence.

Sentez-vous que l'AMP a les ressources financières et humaines pour faire face à ses défis?

Je pense que oui. Bien sûr, le terrain de jeu (les marchés publics) est énorme. L’AMP compte 130 employés. Comme gestionnaire, on en voudrait toujours plus. Mais pour le moment, je crois que c'est suffisant.

Ce qui est important, c'est que tous les intervenants dans le processus d'octroi des contrats publics fassent leur travail. Ce que je dis toujours, comme PDG de l'AMP, c'est : « vous ne voulez pas vous faire pointer du doigt publiquement par l'AMP. Pour ne pas vous rendre là, faites ça comme il faut! ».

Il ne faut pas baisser la garde. Il faut apprendre des erreurs du passé et qu'on se dote d’institutions de pouvoirs de surveillance adéquates pour que les contribuables québécois en aient pour leur argent.

Comment votre passage à la Commission Charbonneau a modifié le chemin de votre carrière?

J'ai été le premier surpris quand France Charbonneau m'a appelé. J'étais procureur de la Couronne, chef d'équipe au Service des poursuites pénales du Canada. Je m'occupais essentiellement de dossiers concernant les stupéfiants et le crime organisé.

À la Commission Charbonneau, j’ai appris à sortir de ma zone de confort.

Je devais interroger des gens sur des contrats publics, leur octroi, etc. Par contre, j'ai fait du litige toute ma vie, donc interroger, contre-interroger, mettre les gens devant leurs contradictions, j'étais passablement habitué de faire ça.

Je devais finir le mandat à la Commission Charbonneau et retourner à mon poste de procureur de la Couronne. Mais ce n'est pas ce qui est arrivé!

Denis Coderre a communiqué avec moi pour le poste d'inspecteur général qu'il voulait créer, tout juste après son élection au début 2014. J'ai relevé le défi. Je sortais encore plus de ma zone de confort, je devenais un « enquêteur » et gestionnaire. Il fallait mettre ça en branle rapidement, et j'ai commencé à former le Bureau avant même que la loi soit adoptée.

Ça m'a préparé à quelque chose d'encore plus gros, l'AMP.

Pourquoi décider de retourner en droit criminel après tout ce chemin parcouru?

Je reviens à mes premiers amours! J'ai fait de la Défense pendant environ neuf ans à l'aide juridique de Montréal. C'est une période de ma vie que j'ai adorée. Je n'étais peut-être plus un plaideur au quotidien, mais le plaideur était encore en moi.

Je n'aurais pas été dans n'importe quel bureau en raison des mandats que j'ai faits dans ma carrière. Roy Bélanger représente essentiellement des syndicats, des organisations policières, etc. Cette clientèle m'intéressait beaucoup. Ce sera une pratique essentiellement en droit criminel, en droit pénal, mais également en ordres professionnels et en droit de la déontologie. Ce sont des sujets qui me passionnent énormément.

D'autre part, les postes que j'ai occupés au cours des dernières années se prêtaient difficilement avec l'enseignement. Le retour à la pratique, dans le privé, va me permettre également de renouer plus assidûment avec l'enseignement.

Je vais recommencer à enseigner à l'UQAM à la session d'hiver, avec un cours que j'ai donné à maintes reprises, le cours de droit pénal général. Après ça, on verra la charge de travail, il faut garder un équilibre.

Donc, de ce que j'entends, vous n'irez pas défendre les trafiquants de drogue que vous tentiez de mettre derrière les barreaux en tant que procureur?

Ça n'arrivera pas! Ça pourrait être de la conduite avec les facultés affaiblies, des manifestants arrêtés pour attroupement illégal, ça peut être de contester la constitutionnalité d'une loi... Un des avantages que je vais avoir, c'est la variété des dossiers que je vais pouvoir toucher!

Qui a fait le meilleur coup? Roy Bélanger qui va chercher Denis Gallant ou c'est Denis Gallant de rejoindre Roy Bélanger?

Je ne parlerai pas pour Roy Bélanger, je vais me garder une petite gêne!

Je trouve que c'est une belle opportunité pour moi. Je vais célébrer mes 30 ans de Barreau au mois de mai et je n'ai jamais été en pratique privée. C'est de l'inconnu pour moi et c'est un beau défi à relever à 56 ans. Je pense que je m'offre un beau cadeau en faisant le saut. Je me sens privilégié parce que c'est un bureau qui a une très belle réputation et j'ai très hâte de m'y joindre.