Jean Piette se joint à BCF à titre d’avocat-conseil. Photo : Courtoisie
Jean Piette se joint à BCF à titre d’avocat-conseil. Photo : Courtoisie
Jean Piette, reconnu comme le premier avocat au Québec à consacrer l’entièreté de sa pratique au droit de l’environnement, se joint à BCF à titre d’avocat-conseil.

Avant d’intégrer le cabinet, le Barreau 1973 tenait une pratique solo, qu’il n’a conservée que cinq mois, à la suite d’une épopée de 27 ans chez Norton Rose. Avocat émérite et reconnu par le Best Lawyers, a également été directeur des services juridiques au sein des Services de protection de l’environnement et du ministère de l’Environnement du Québec.

Qu’est-ce qui a motivé le juriste d’expérience à se joindre à BCF? Droit-Inc en a discuté avec le principal intéressé, qui ne manque jamais de mots, peu importe le sujet donné...

Pourquoi choisir BCF pour la suite de votre carrière?

C’était prévu sur les retraites de Norton Rose pour 2019, donc, j’ai dû quitter le premier avril dernier.

J’avais comme intention de continuer à pratiquer, donc j'ai ouvert mon propre bureau, que j’ai gardé pendant cinq mois. Pendant ce temps, j'ai reçu des offres non sollicitées de certains cabinets. Bien entendu, BCF était la plus intéressante.

Je voulais saisir l’occasion de travailler avec d’autres personnes. J'ai remarqué que seul, la pratique a ses limites.

Quelles sont ces limites?

De n’avoir personne à saluer, avec qui collaborer, à qui demander donner un coup de main, sans compter tous les tracas administratifs qu'on a, comme les comptes SOQUIJ, la TPS et la TVQ, les cahiers bleus de dépenses et revenus…

Là, j'avais l’occasion de travailler avec un cabinet bien organisé... Disons que j'ai pu voir la différence entre un grand cabinet international et un petit cabinet.

La transition a été un peu brutale. On a beau avoir beaucoup de savoir, il n’en demeure pas moins qu'être capable de mettre en oeuvre tout son savoir, seul, c'est un défi. C'est un défi que j'ai trouvé assez rude, je l'assume. Sachant cela, pendant, ces mois-là, j'ai décidé d'étudier les offres qu'on m'a présentées.

Est-ce que cette expérience vous a fait gagner du respect pour ceux qui lancent leur pratique?

Oui. Il est évident que cela m'a fait réaliser les limites de ce que l'on peut accomplir seul. Je voulais être actif, parler à des gens, interagir.

Tout dépend des contraintes inhérentes à la pratique seul. J'en sais quelque chose, mon épouse, Louise Taché-Piette, a sa pratique solo. Elle en vit les contraintes, mais en tire aussi des bénéfices. Elle est la seule maître à bord de son bateau, et dans ce sens-là, c’est intéressant de pratiquer seul, d'être le seul capitaine à bord du navire. On a de comptes à rendre à personne!

Mais bon, vous savez, tout dépend des goûts de l'avocat. Il y a autant de pratiques qu'il y a d'avocats!

Revenons en arrière un instant. Vous avez dit que vous avez reçu d'autres offres de cabinets. Combien avez-vous reçu d'offres et de la part de qui provenaient-elles?

Trois cabinets ont communiqué avec moi. C'était des organisations sensiblement de la taille de BCF. Vous comprendrez que je préfère conserver leurs noms pour moi...

Effectivement. Mais soyons francs, si vous l'aviez désiré, auriez-vous pu poursuivre votre carrière chez Norton Rose, en dépit de ce programme de retraite?

C'était vraiment prévu que je parte, donc il n'y avait pas d'alternatives qui m'étaient offertes.

Mais moi, je voulais continuer à pratiquer. Je suis encore passionné par le travail, par le droit de l'environnement.

Considérez-vous avoir quitté Norton Rose dans de bons termes?

Oui, en fait, ils m’ont même organisé un cinq à sept pour souligner mon départ.

J'ai adoré mes 27 années au sein de Norton Rose, où j'ai eu l'occasion de développer ma pratique du droit de l'environnement. Le départ s'est fait avec beaucoup d'élégance et j'ai beaucoup apprécié.

Qu’est-ce que vous retenez de votre passage dans ce cabinet?

L'expérience que j'ai acquise au cours de ces 28 années est très précieuse. Évidemment, j'y ai rencontré plusieurs collègues que je respecte énormément. Des gens qui sont de grands juristes, de grands sages.

C'était une expérience très riche. Norton Rose a toujours été une grande organisation, bien rodée, qui fait partie des grands cabinets à l’échelle mondiale. J'ai laissé derrière plusieurs collègues et bons amis que j'ai toujours apprécié, et que j'apprécie encore.

Si vous regardez en arrière, qu'est-ce qui vous rend le plus fier dans votre vie professionnelle?

Ma fierté, c'est d'avoir aidé à concevoir cette première génération qui a lancé le droit de l'environnement au Québec.

Lors de mon passage dans le secteur public, j'ai été le premier avocat qui a eu une pratique complète en droit de l'environnement. J'ai été embauché par le ministre Goldbloom en 1972, au moment où la loi sur la qualité de l'environnement n'était pas encore adoptée. On devait concevoir des lois nouvelles pour répondre à des problématiques nouvelles.

Dans le secteur privé, j'ai pu faire de grandes choses, en participants devant de grandes causes devenues des arrêts clefs au Canada.

Si on regarde les choses d'un autre angle, quelle serait la pire erreur de votre carrière?

Mon Dieu... je n'ai jamais réfléchi à cela!

Je n'ai pas de regret. Mais au cours d'une carrière, on reçoit des offres d'emplois. Il arrive un moment dans la vie, dans mon cas, ç'a été vers mes 45 ans, où tu as acquis beaucoup d'expérience, et puis tu jouis d'une certaine réputation. Ce qui te mène à recevoir plusieurs offres non sollicitées.

J'ai alors dû choisir entre le secteur privé et le secteur public. J'ai accepté l'offre d'Ogilvy Renault, et je ne le regrette pas. Je suis content d'avoir saisi cette occasion-là.

Mais tout de même, vous avez abordé cette décision de quitter le public de votre plein gré... c'était donc une décision pour le moins déchirante?

Oui, faire un grand changement, c'est toujours déchirant, puisque lorsqu'on choisit quelque chose, on doit renoncer à d'autres choses.

Ce que j'avais comme carrière au gouvernement, c'était intéressant. Alors, c'est évident que de mettre fin à cette carrière pour travailler dans l'ombre, pour me retrouver dans la communauté de ceux qui vivent avec les décisions, c'était un changement important.

Vous comptez 47 ans de Barreau. Il vous arrive de songer à arrêter?

Continuer de travailler me permet de poursuivre le partage du savoir que j'ai accumulé pendant 47 ans.

Ce qui est un peu malheureux avec la pratique, c'est qu'on accumule du savoir, et quand on quitte la pratique, ça se perd. Bien sûr, j'ai écrit des articles, donné des conférences à gauche et à droite. Mais il y a des choses qui ne se communiquent pas verbalement comme ça avec les jeunes avocats, qui n'ont pas le vécu que j'ai.

C'est évident que le gros de ma pratique est derrière moi. Par contre, j'ai encore quelques années à donner. Deux, trois, quatre, cinq? Je ne sais pas. À ce moment-ci, je vous assure que la santé, et la passion sont au rendez-vous.

Est-ce que le fait que votre femme pratique toujours pèse dans la balance?

Bien entendu.

D'ailleurs, on a convenu, ma femme et moi, de prendre notre retraite à peu près en même temps.

Mais je tiens à souligner une chose amusante : les gens nous disent souvent, « un jour vous allez prendre votre retraite pour profiter de la vie. »

Il faut savoir que moi, je n'ai jamais cessé de profiter de la vie. Je n'ai jamais cessé de voyager, et ce, avec ma femme et mes cinq enfants. On les a emmenés partout, en Europe, aux États-Unis, et de toutes les manières. Jamais on a hésité de profiter de la vie et des belles occasions qu'elle nous offre.