Me Selena Lu, actuelle présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal. Photo : Courtoisie
Me Selena Lu, actuelle présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal. Photo : Courtoisie
C’est enceinte de sept mois que Me Selena Lu, actuelle présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal, est nommée associée chez Lavery.

Une nomination qui, à ses yeux, en dit long à la communauté d’affaires de Montréal.

« Ça prouve qu'il n'y a pas de frein, et que l'important, c'est d'être passionnée par ce que l'on fait et d'arrêter de voir des limites et des restrictions partout. »

Celle qui a passé plus de 10 ans chez Lapointe Rosenstein Marchand Melançon, et qui mettra son deuxième enfant au monde dans deux mois, s’est confiée à Droit-Inc.

Comment se passe votre grossesse en ce moment?

Ça va très très bien.

C'est drôle, j'ai commencé mon mandat à la Jeune chambre pendant mon congé de maternité. Je termine mon mandat le 31 décembre et je repars en congé de maternité le lendemain!

Quand exactement attendez-vous votre petit garçon?

Ma date prévue est le 10 janvier et je prévois commencer mon congé de maternité le premier janvier. C'est le temps des fêtes avant, alors ça ne devrait pas être très stressant au travail.

Mais c'est sûr qu’en fusions et acquisitions, tout peut arriver. J'ai souvent eu à travailler entre Noël et le jour de l'An, mais présentement, ça ne s'aligne pas comme cela.

Vous changez de cabinet alors que vous êtes enceinte depuis sept mois. Pourquoi avoir choisi ce drôle de timing?

En fait, j'ai trouvé la vision de Lavery extraordinaire. Eux veulent surtout ma personne. Un congé de maternité, pour reprendre leurs paroles, « c'est anecdotique sur un plan de carrière ».

C'est une philosophie que je trouve extraordinaire. Même à la Jeune chambre, lorsqu’on m’a approché pour la présidence, les gens savaient que j'étais en congé de maternité. Mais au lieu de prendre la décision pour moi, de dire « elle est en congé de maternité, elle nous dira sûrement non », ils m'ont quand même proposé le mandat, pour me permettre de prendre la décision pour moi-même.

Qu’est-ce que ça représente pour vous d’obtenir ce rôle en pleine grossesse?

Je trouve que ça lance un message fort aux jeunes femmes. Et surtout dans le milieu professionnel qu'on est, où il y a peu de femmes associées. Ça leur dit de foncer, de ne pas freiner, d'aller de l'avant.

Si vous êtes bonne dans ce que vous faites, on vous percevra comme une professionnelle. Pas seulement comme une femme enceinte. Nous ne sommes pas réduites à ça. Tous les accomplissements qu'on a faits au cours des dernières années sont considérés.

Je me demande même si Lavery est le premier cabinet - au Québec du moins - à embaucher une femme enceinte de sept mois comme associée.

Est-ce vous qui avez approché Lavery pour rejoindre le cabinet ou l'inverse?

En fait, je connais Anik Trudel depuis quelques années et j'ai eu l'occasion de siéger sur le conseil d'administration de la Chambre de commerce métropolitaine de Montréal avec elle. Sans oublier que Lavery est partenaire de la Jeune Chambre!

C'est sur qu'au niveau de la vision du droit et du leadership, elle m'inspire vraiment. Le cabinet et moi, c'était un fit naturel.

Quand on parle de vision, Lavery est un cabinet qui m'inspire au niveau de sa multidisciplinarité. La pratique du droit est appelée à changer avec toutes les technologies, toute la croissance qu'on a à Montréal en IA, et en innovation.

Étiez-vous en discussion avec Lavery depuis longtemps?

Pas vraiment, en fait ce sont des gens que je côtoie régulièrement. Le monde des affaires de Montréal est petit, et la communauté juridique l'est encore plus.

Votre clientèle vous suivra-t-elle chez Lavery?

J'ai développé énormément le marché chinois. Je suis une des rares avocates chinoises sur le marché, alors je pense que j'ai un lien très fort avec ma clientèle.

J'ai confiance que ma clientèle va me suivre.

Vous avez quitté LRMM après 10 ans. Était-ce une décision difficile?

J'y ai commencé comme étudiante, puis stagiaire, et finalement avocate.

J'ai un attachement envers le cabinet. Ils m'ont supporté dans la progression de ma carrière et dans les postes de leadership que j'ai occupés. Je n'aurais pas pu me rendre où je suis sans cet appui-là.

J'ai été comblée, heureuse, mais pour entamer ce nouveau chapitre, pour augmenter mon niveau d'expertise et développer des mandats plus complexes, avec une meilleure visibilité, Lavery est le meilleur endroit pour poursuivre ma carrière.

Votre mandat à la Jeune Chambre de commerce prendra fin le 31 décembre prochain. Que voulez-vous réaliser d'ici là?

Il y a un projet personnel qui me tient vraiment à coeur que j'aimerais livrer au cours de mon mandat.

Au cours de mon premier congé de maternité, j'ai constaté qu'au niveau des PME, lorsque la personne dirigeante est une femme qui quitte pour un congé de maternité, elle met en péril son entreprise.

On travaille à mettre en place une table de concertation avec des acteurs clefs, dont des entrepreneures et des gens en politique sur cet enjeu.

On a espoir de sortir un livre blanc adressé aux entrepreneurs et aux entreprises pour aider les femmes.

Vous avez rédigé une lettre ouverte adressée à votre fille Amelia sur LinkedIn. Vous parliez notamment du multiculturalisme canadien. Pourquoi est-ce important pour vous?

Je suis moi-même dans un mariage métissé, car mon mari est moitié français et moitié québécois, tandis que moi je suis d'origine chinoise.

Mes amis sont tous en couple métissé aussi. Donc nos enfants formeront une nouvelle génération de Canadiens provenant de différentes origines. Tout le monde arrive avec un nouveau bagage de diversité, de nouvelles idées, de créativité.

C'est ça qui nous permettra de nous distinguer sur le plan mondial. Montréal a le potentiel d'être la première ville tant au niveau économique qu'au niveau de la qualité de vie, à cause des gens.

Vous êtes impliqué dans plusieurs CA et associée chez Lavery. Comment pensez-vous concilier travail et famille au cours des prochains mois?

Sincèrement, si j'ai pu être impliqué à la Jeune chambre tout en étant impliqué dans quatre CA, je ne vois pas trop de difficulté dans mon nouveau mandat d'associé si je n'ai que deux CA.

Il ne me restera que le Collège des administrateurs et le Musée national des beaux-arts.

Chose certaine, j'ai une équipe solide, un mari qui me supporte énormément. D'ailleurs, je suis fière de dire que je partage mes congés parentaux avec mon mari, qui est ingénieur chez Pratt & Whitney. On se le séparera sûrement en moitié.

On a le luxe de pouvoir travailler à distance et de jouir d'une autonomie complète sur nos horaires.

D'un point de vue professionnel, quelles sont vos ambitions pour les prochaines années?

Après m'être donné beaucoup bénévolement, je veux vraiment mettre l'emphase sur le développement de ma carrière chez Lavery, en me développant une grande expertise en fusions et acquisitions, travailler sur des transactions de grande envergure.

Développer de nouveaux domaines de droit m'intrigue également. Au cours de la dernière année, à la Jeune chambre, j'ai eu la chance de voir des centres d'innovations, de voir à quel point Montréal est la terre promise. On a tout pour réussir. Je veux être une actrice importante de ce changement-là.

Je pense qu'il y aura un changement au niveau du commerce, car on est dans une ville de cerveaux, de savoir, alors il faut miser là-dessus.

Que voulez-vous dire par ce changement?

L'avocat qui gratte du papier et facture des heures, ce n'est plus ça que les entrepreneurs chercheront. Quand on regarde l'entrepreneuriat, il y a beaucoup de jeunes : c'est dynamique, notamment en raison de l'essor de l'intelligence artificielle.

Rédiger une convention pour actionnaire, c'est probablement une tâche qui sera confiée à l'intelligence artificielle. Nous, notre tâche sera davantage la rédaction, au niveau du conseil, de la stratégie.

Ça bouge en termes d'innovation, et c'est tant mieux parce que pour moi, la pire torture, c'est l'ennui.