Éric Salvail. Photo : Radio-Canada
Éric Salvail. Photo : Radio-Canada
Le procès d'Éric Salvail s'est amorcé avec le témoignage du plaignant, lundi matin, au palais de justice de Montréal. Donald Duguay a notamment raconté une bousculade entre les deux hommes, au terme de laquelle Salvail, le pantalon aux genoux, l'aurait supplié de garder le secret.

L'animateur déchu est accusé d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration pour des faits allégués qui remontent à 1993. M. Salvail a plaidé non coupable aux trois chefs d’accusation.

La victime présumée, Donald Duguay, 47 ans, dit avoir subi les affres d'Éric Salvail pendant une période de huit mois, en 1993, alors que les deux travaillaient à Radio-Canada, à Montréal.

Chaque fois qu’il était seul avec Éric Salvail, M. Duguay aurait eu droit à des commentaires grivois ou à des gestes déplacés comme se faire prendre une fesse.

Il se sentait « objectifié », traité « comme un morceau de viande », a-t-il soutenu lorsque questionné par la procureure de la poursuite Amélie Rivard. « Je (craignais) pour mon intégrité physique. »

Il aurait clairement dit non à Salvail.

« Il n’a jamais rien compris. Il n’a jamais voulu comprendre », a raconté Donald Duguay.

Ce qui marque M. Duguay encore aujourd’hui est l’insistance avec laquelle l’accusé l’a pourchassé pendant tous ces mois-là.

Entre juillet et août 1993, le plaignant se souvient d'une vingtaine d’attouchements sexuels et d'une quarantaine de commentaires sexuels inconvenants de la part de l'accusé.

Des problèmes dès le départ

M. Duguay, qui a dit avoir rencontré Salvail alors qu’il remplaçait comme commis à la dépêche radio à Radio-Canada en 1992, a dû le former au service du courrier – son poste habituel – en avril 1993.

Donald Duguay. Photo : Radio-Canada
Donald Duguay. Photo : Radio-Canada
« Les problèmes ont commencé avec M. Salvail dès le premier matin », a-t-il affirmé. Salvail lui aurait dit : « Tu as un beau petit cul toi. » Selon l’avocat de l’accusé, Me Michel Massicotte, le plaignant a déjà confié aux policiers qu’il était « très mal à l’aise et qu’il n’avait jamais vécu ça avant ».

M. Duguay, outré, lui aurait demandé d’arrêter, mais Salvail lui aurait « ramassé le fessier à deux mains ». Se sentant alors « très mal », M. Duguay l'aurait intimé de ne pas recommencer et Salvail lui aurait dit de ne pas prendre tout ça au sérieux.

Éric Salvail se serait un jour « ramassé le sexe » devant Duguay, a relaté ce dernier, et lui aurait dit : « Je sais que tu en as envie. Ça ne sera pas long. Je sais que tu vas aimer ça. »

« J’ai été vraiment choqué. J’ai réalisé que j’avais un être vraiment vulgaire devant moi. »

La défense soutient que M. Salvail ne travaillait même pas au courrier entre avril et juin 1993, comme l'avait affirmé le plaignant.

Il est possible que l’accusé ait travaillé dans plusieurs départements, a répondu Donald Duguay. Il maintient toutefois qu’il a bel et bien fait des heures au courrier et qu’il l’a harcelé en plus d’exhiber son sexe.

À une autre occasion, en juin 1993, toujours au travail, Salvail l’aurait interpellé pour qu’il se retourne. Le pantalon de l'accusé aurait alors été ouvert, et celui-ci se serait masturbé devant lui, avant d'assurer qu'il ne s'agissait que d'une blague. « Cette fois-là, j’ai vraiment senti ça comme une agression sexuelle », a-t-il dit.

Puis, le 29 octobre, lors d'une fête d'Halloween au travail, l'accusé l'aurait rejoint aux toilettes, se serait sorti le sexe pour se masturber devant lui, et aurait tenté de lui saisir la main pour qu'il le touche. Une bousculade aurait suivi.

Donald Duguay avait de plus en plus peur, a-t-il indiqué. Il aurait crié à Salvail d’arrêter et de le lâcher, et aurait menacé d'appeler les secours. « Si je te la pogne, je te l’arrache », aurait-il menacé.

« Arrête tout de suite, sinon je vais crier et tu vas devoir expliquer à tout le monde pourquoi tu as les culottes à terre », aurait dit le témoin, avant de pouvoir finalement sortir de la salle de bain. Salvail aurait alors été au sol et lui aurait demandé « de ne pas le dire à personne ».

« C’était la pire expérience, la pire peur. Parce que j’ai échappé au viol de presque rien. »

La défense relève des contradictions

Scrutant les détails des déclarations du plaignant, l’avocat d’Éric Salvail a souligné que M. Duguay avait affirmé aux policiers en 2017 qu’il y avait deux urinoirs dans cette salle de bain. Il a dit qu’il n’était pas certain à l’époque, mais il affirme aujourd’hui qu’il n’y en avait qu’un seul.

Pour la défense, M. Duguay a changé sa version après être retourné dans la salle de bain et après avoir réalisé qu’il n’y avait qu’un urinoir.

Le plaignant a rétorqué que c’est plutôt en thérapie qu’il s’est souvenu de ce détail. Il est retourné aux toilettes de l’agression pour se « désensibiliser ».

Autre détail mis en avant par la défense M. Salvail : à la police, M. Duguay avait dit que l’accusé avait surgi à sa gauche. Il a changé sa version pour dire qu’il était à droite.

Le plaignant a avancé la même explication : la mémoire lui est également revenue en thérapie.

L'accusé, vêtu d'un complet bleu, écoutait attentivement le témoignage de Donald Duguay, les yeux rivés sur lui, et prenait des notes.

Les audiences se dérouleront sur quatre jours, soit jusqu'à jeudi. Éric Salvail a opté pour un procès devant juge seul.

Allégations d'inconduites sexuelles

Éric Salvail avait été arrêté le 15 janvier 2019 par les agents du Service de police de la Ville de Montréal dans la foulée de nombreuses allégations d'inconduites sexuelles.

Aucune de ces allégations n'a été prouvée devant un tribunal.

M. Duguay a décidé de révéler son identité, mais une ordonnance de non-publication interdit de révéler l’identité des gens qui ont témoigné pendant l'enquête préliminaire, de même que le contenu de leur témoignage.

À son arrivée lundi au palais de justice, Donald Duguay s’est adressé aux médias pour dire pourquoi il a attendu plus de 20 ans avant de porter plainte.

« Je l’ai fait pour tout le monde. Je l’ai fait pour faire avancer la cause des victimes d’agressions sexuelles. »

Éric Salvail a peu à peu disparu de la sphère publique après qu'une enquête du quotidien La Presse en octobre 2017 a fait état d'allégations le concernant. Plusieurs personnes ont allégué avoir été victimes ou témoins d'inconduites sexuelles de sa part.

Dans la foulée de ces allégations, l'animateur quinquagénaire a perdu un à un ses liens d'affaires.

Animateur populaire, Éric Salvail pilotait l’émission quotidienne En mode Salvail à la chaîne V depuis 2013. Il avait aussi été à la barre d'Occupation double à TVA et de la quotidienne Éric et les fantastiques à la radio de Rouge FM.

Homme d'affaires, il était aussi à la tête de sa propre maison de production. Il avait notamment produit Les échangistes à ICI Radio-Canada Télé, Maripier à Z Télé et Le trou dans ma tête à Canal Vie.