Me Jules Gaudin. Photos : Sites Web de Fitbit et de Robic
Me Jules Gaudin. Photos : Sites Web de Fitbit et de Robic
Fin janvier, une juge du Connecticut, Julia Dewey, a permis à un procureur de présenter comme preuve les données de la montre d’exercice Fitbit d’une femme assassinée, une première.

En 2015, Connie Dabate a été assassinée. Son mari, Richard Dabate, clame son innocence en disant qu’un voleur lui a tiré une balle derrière la tête.

Mais voilà que la juge Dewey, sous l’avis d’un expert, a alloué la présentation des données physiques provenant de la montre Fitbit de Connie Dabate, les estimant assez précises. La police a constaté que la montre avait rapporté des mouvements de la victime pendant près d’une heure après que son mari ait dit être arrivé à la maison pour arriver face à face avec l’intrus.

Richard Dabate avait dit être revenu à la maison après que son système d’alarme l’eut averti d’une activité suspecte. Sa femme, arrivée pendant la confrontation, aurait été tirée derrière la tête par l’intrus. Une version qui pourrait être contestée par la Fitbit de Connie.

Contacté par Droit-inc, l’avocat en droit des technologies de l’information chez Robic Jules Gaudin croit que ce cas montre bien à quel point l’utilisation de données personnelles dans des causes de droit est assez récente et demande une réflexion continuelle dans le milieu.

« On peut arriver sur quelque chose de positif, comme ici aider à mettre les bonnes personnes derrière les barreaux. Mais qui nous dit qu'il n'y aurait pas d'autres données récoltées à notre insu sans qu’on sache à quoi elles pourraient servir au final? », constate-t-il.

La présence continuelle d’outils technologiques personnels, un ordinateur portable, un téléphone cellulaire, une montre Fitbit, crée-t-elle un monde où la vie privée n’est que mirage, au final? Du moins, le phénomène inquiète certaines sociétés, relate l’avocat.

« Des sociétés se demandent si, pour garder un entretien ou une discussion vraiment confidentielle, il ne faudrait pas se débarrasser de la technologie pour éviter d'être écouté, comme laisser les téléphones portables à l'entrée de la salle avant une réunion? »

Les autorités, quant à elles, doivent-elles se fier à toutes ces données qu’on pourrait éventuellement lui présenter? Il faut certainement user de jugement, croit Me Gaudin.

« Ici, c'est la Fitbit de Google, ce sont des données assez précises. Mais qu'arriverait-il si on condamnait quelqu'un sur des données technologiques qui se révéleraient être fausses, imprécises? Si on pousse la réflexion, on pourrait déboucher sur des prochains épisodes de Black Mirror! »

Et ce n’est pas plus évident pour les législateurs de naviguer dans tous ces changements technologiques.

« Les technologies évoluent tellement vite qu'après s’être fait une tête et consulté sur une technologie, elle est déjà dépassée! Plus le temps avance, plus ça doit être frustrant d'être législateur en cette matière. On a toujours l'impression de courir après quelque chose plutôt que d'être en avance. »