Éric Salvail. Photo : Radio-Canada
Éric Salvail. Photo : Radio-Canada
Éric Salvail a terminé jeudi le témoignage entrepris mercredi au palais de justice de Montréal. Comme la veille, il a rejeté les accusations de sa présumée victime, Donald Duguay, qui dit avoir été agressé dans une salle de bain de Radio-Canada en 1993.

La quatrième journée du procès aura été principalement consacrée au contre-interrogatoire de M. Salvail, qui a répété son innocence sur toute la ligne, plaidé l'humour mal compris et défini ce qui constitue à ses yeux du harcèlement ainsi qu'une agression sexuelle.

Au terme de l'exercice, la poursuite a indiqué vouloir un peu de temps pour envisager de répliquer par une contre-preuve avant les plaidoiries. La cause a été reportée au 11 mars.

« Le premier mot qui me vient, c’est "farfelu". C’est ce que je retiens de la description qu’il fait de ce qui s’est passé. Je n’aurais jamais touché à cette personne-là. Je ne travaillais pas à Radio-Canada », s’est défendu Éric Salvail, qui dit s’être rendu à la Maison de Radio-Canada « sept ou huit fois » seulement entre août 1993 et la fin de l’année. L’agression aurait eu lieu en octobre.

Il a aussi affirmé qu’il n’avait pas la carrure et la force nécessaires pour retenir sa présumée victime dans une salle de bain tout en tentant de lui retirer son pantalon, comme celle-ci l’affirme.

L’accusé dit ne pas se souvenir d’avoir interagi de quelque façon que ce soit avec Donald Duguay lorsqu'il travaillait à Radio-Canada. Il reconnaît que le visage de ce dernier « lui disait quelque chose » quand les policiers lui ont montré une photo, mais sans plus.

Il n’en aurait pas souvenir, mais admet tout de même qu’il est possible qu’il ait déjà fait une ou des remarques à propos des fesses de M. Duguay. « Ça peut faire partie de mon humour », a-t-il expliqué, tout en niant catégoriquement que cela ait pu être récurrent ou s'apparenter à du harcèlement.

Les deux hommes n'auraient travaillé dans le même service que pendant trois semaines, soutient Éric Salvail, qui dit qu'il n'aurait simplement pas pu harceler la présumée victime pendant des mois, comme cela est allégué.

« Je n'ai jamais franchi la ligne »

Éric Salvail a volontiers reconnu qu’il « aime vivre dans le malaise », mais pas qu’il ait exposé ses parties génitales à quelque collègue que ce soit. Il affirme ne jamais avoir « franchi la ligne », ne jamais avoir été plus loin que des « blagues » grivoises avec ses collègues.

L’ex-animateur dit toujours avoir eu la conscience tranquille. « Jamais je ne me suis couché le soir en me disant (que je n’étais) pas correct. »

Lors de son contre-interrogatoire, l’ex-animateur est revenu sur la publication Facebook dans laquelle il annonçait, en octobre 2017, sa décision de se retirer des activités de sa maison de production Salvail & Co. C’est un spécialiste en gestion de crise qui avait rédigé la déclaration, qui incluait des excuses adressées à tous ceux qui auraient pu être offensés par certains gestes ou propos de M. Salvail.

L'accusé affirme avoir dû consulter un psychologue chaque semaine depuis. « J’ai tout perdu professionnellement. Personnellement, ça a été extrêmement difficile à vivre. » Il a dit avoir travaillé sur lui lors de ces rencontres, notamment en ce qui a trait à la sensibilité.

Mais « les sensibilités sont différentes d'une personne à l'autre », a par ailleurs fait valoir M. Salvail.

« Une tape sur les fesses, pour moi, ce n’est pas agresser sexuellement. Avec un ami ça m’est déjà arrivé », a-t-il relaté, ajoutant que « ça devient problématique quand c’est quelqu’un qu’on ne connaît pas » et quand le geste est posé de façon répétée.

Il a aussi indiqué qu'il ne considère pas que de montrer son pénis à quelqu’un – ce qu’il répète ne jamais avoir fait au travail – puisse être une agression sexuelle. « C’est de l’exhibitionnisme », selon lui, car « une agression sexuelle, c’est avec contact ».