Me Audrée Dufresne. Photo : Site Web de Cain Lamarre
Me Audrée Dufresne. Photo : Site Web de Cain Lamarre
Me Audrée Dufresne abandonne sa pratique solo pour joindre les rangs de Cain Lamarre à titre d’associée.

Barreau 2008, la spécialiste en droit du travail a connu tous les milieux de travail possibles en droit. Après avoir débuté sa carrière chez Fasken, elle a rejoint le contentieux de Metro. Pour connaître la façon de faire dans le milieu public, elle a rejoint la Ville de Laval. Puis, forte de cette expérience, elle a fondé sa pratique solo, qu’elle a développée au cours des trois dernières années.

Alors, pourquoi lâcher ça et rejoindre Cain Lamarre? Droit-inc s’est entretenu avec la juriste pour faire le point.

Droit-inc : Vous êtes spécialisée en droit du travail et de l'emploi, en indemnisation des lésions. Qu'est-ce qui vous a fait choisir ce domaine de pratique?

Audrée Dufresne : J'ai eu un intérêt au bac durant un cours de droit du travail, où on a effleuré le sujet. C'est par un concours de circonstances. J'ai fait mon stage chez Fasken où j'ai eu une rotation obligatoire dans ce type de droit. J'avais un intérêt très marqué pour les rapports collectifs, pour représenter les employeurs dans leurs relations avec les syndicats, c'est ce qui a tracé le reste de ma carrière.

J'ai aussi beaucoup aimé les gens dans ce domaine, c'est une pratique dynamique. On plaidait beaucoup, contrairement à la croyance populaire qui dit que les vrais plaideurs sont en litige! C'est complètement faux, ce sont les avocats en droit du travail les véritables plaideurs. On est toujours en train de plaider!

Je trouvais aussi que c'était un droit très humain. Des collègues se moquent de moi en disant que je fais le « droit matrimonial des affaires »! C'est un peu vrai!

Après votre passage chez Fasken, vous avez choisi d'aller en contentieux pour Metro et la Ville de Laval. Qu'est-ce qui vous attirait dans ce type de pratique?

Après avoir fait quelques années chez Fasken, ce que je me rendais compte que j'aimais le plus, c'était d'être chez les clients, à préparer leurs dossiers. Je me voyais encore plaider, faire des dossiers de représentation. Je cherchais à voir si ça existait un poste comme ça à l'interne. À l'époque, début 2010, ça commençait. Maintenant, les contentieux en droit de travail sont beaucoup plus répandus.

À l'époque, ça répondait exactement à ce que je voulais. Je voulais plaider et faire du volume. Je voulais aussi avoir mes dossiers, ce qui n'était pas facile en grand bureau, où à deux ou trois ans de pratique, on est souvent comme on dit « deuxième chaise ou troisième chaise » dans un procès.

J'avais des dossiers de toutes envergures. Au départ, c'était de plus petits dossiers, mais c'était les miens que je pouvais les mener à bien moi-même. Ça m'a beaucoup aidé à développer ma confiance, mon autonomie, ma débrouillardise et un sens de la répartie qu'on peut juste développer quand on se retrouve seule devant le juge, la partie adverse et les témoins en salle d'audience. Ça a été un choix assez facile d'aller chez Metro à ce moment-là.

Mon parcours m'a amené à essayer le contentieux privé, mais aussi l'organisation publique. J'avais envie de voir la dynamique. J'ai toujours continué à faire la même chose, mais dans des contextes différents.

Vous disiez tout à l'heure que votre domaine était un droit plus humain. Trouviez-vous que de travailler en contentieux était une façon de vous rapprocher de l'humain?

La pratique de contentieux m'a permis de voir comment nos décisions stratégiques vivent en entreprise. Lorsqu'on conseille un client sur une mesure disciplinaire ou une stratégie à prendre dans un dossier de rapports collectifs, on conseille les ressources humaines, mais on s'adresse aussi au superviseur. C'est lui qui aura à communiquer la décision à l'employé le lendemain matin. Il faut lui présenter d'une façon que lui sera à l'aise, avec les bons outils, pour qu'il soit capable d'appliquer cette décision.

En contentieux, si on conseille quelque chose qui n'est pas viable, on va le savoir assez vite, et travailler rapidement à une meilleure solution.

Lorsqu'on recevait une décision, gagnante ou perdante, on se donnait deux heures pour la lire, la mâcher, et la communiquer. On avait un plan de communication hyper serré, alors qu'en pratique privée autrefois, je n'avais pas développé ça. C'était important pour nous que nos employés comprennent la décision de la même façon que nous on l'avait comprise et qu'on voulait l'appliquer.

C'est de cette façon que ma pratique a évolué, avec un désir d'offrir un service plus proche. C'est une des raisons qui m'ont poussée à partir à mon compte. Je me disais qu'il devait y avoir une formule où je peux conseiller plusieurs clients, toucher un peu à tout, mais conserver cette proximité. Devenir un peu comme un « contentieux externe » pour mes clients.

Ce n'était pas difficile pour vous, justement, d'avoir un seul client et ensuite de vous lancer dans le vide et devoir trouver vos propres clients?

Quand je suis partie de chez Fasken pour aller chez Metro, je me disais « je n'aurai plus de pression pour trouver des clients ». Quand je suis arrivé en contentieux, mon procureur senior m'a dit : « oui, c'est vrai qu'ici t'as une clientèle fixe, mais si tes clients ne t'aiment pas, c'est la fin. T'en as pas d'autres, et tu ne pourras pas en développer d'autres. »

Il n'y a pas de monde parfait!

Absolument! C'est vrai qu'on a des clients chouchous, avec qui c'est plus facile. Mais quand t'es en contentieux, et que t'es constamment confrontée à une personnalité plus difficile ou à essayer de convaincre un client de changer sa façon de penser, et que le courant ne passe pas, c'est long longtemps.

Le défi de se renouveler, de trouver de meilleures façons de faire, de faire sa place, est tout aussi présent en contentieux, sinon plus. Je trouve que ça m'a définie encore plus si j'avais à comparer les cinq années, grosso modo, en tant qu'étudiante, stagiaire, avocate chez Fasken et les cinq années chez Metro. Évidemment, je n'avais pas la même expérience, mais mon passage chez Metro a fait de moi la procureure que je suis aujourd'hui.

Après trois ans et demi à votre compte, qu'est-ce que vous avez développé qui est pour vous le plus marquant pour la suite de votre carrière?

Je crois que c'est le développement de la clientèle. Il y avait une place sur le marché pour des services en droit du travail abordables, de proximité. Mes clients ont tous accès à mon numéro de cellulaire. Il n'y a pas de mauvaise heure pour me parler. Souvent, ils ne veulent qu'être rassurés, comme je travaille souvent en gestion de risque avec eux.

Je prenais des dossiers complexes, et j'évaluais par quel bout on le prend et on y répond. C'est surtout sur la gestion de risque et la gestion de crise que j'ai pu me mettre en valeur pendant cette période. En ayant des services abordables, créatifs, plus agiles peut-être, je développais une relation où j'étais pratiquement leur conseillère interne.

Et aujourd'hui, pourquoi vous joindre à Cain Lamarre?

Après trois ans, quand j'ai fait le point, je commençais à être essoufflée. C'était une structure très lean, pour ne pas dire pratiquement seule. Je trouvais que certaines de mes interventions étaient dissipées. J'étais en lien avec une start-up en techno dont je voyais les processus d'embauche, les politiques de relations de travail et de ressources humaines, je me disais que si j'avais le temps, je ferais un vrai plan au lieu de mettre un pansement sur chaque petit bobo. On prendrait le temps de passer tout ça au peigne fin. Mais je n'avais pas le temps de faire ça.

Je représente aussi des plus grandes corporations qui ont un gros volume de dossiers, et il y a tellement de façons qu'on pourrait concilier, trouver des modes de résolution alternatifs, et je faisais le constat que je n'avais pas le temps de porter ça toute seule, ni les ressources, et j'étais tannée de ça.

Le constat, c'était soit de rester à mon compte, dans ma pratique que j'adorais, mais de diminuer drastiquement le volume. J'aurais dû couper de 30% pour pouvoir m'occuper de ma jeune famille et de mon chum, et avoir une vie sensiblement normale. Ou bien, je continue à pousser la machine et j'amène ma pratique quelque part.

Il n'y avait pas 56 000 endroits où je pouvais apporter ma pratique! Je cherchais une structure assez horizontale, des gens qui pensaient comme moi, et qui étaient prêts à accueillir un électron libre comme moi, avec une façon différente d'aborder le droit du travail.

Chez Cain Lamarre, ça a été un mariage naturel.

Avec une carrière où on a vu du cabinet, du contentieux, du privé, du public, du solo, au final, est-ce Audrée Dufresne qui a le meilleur deal ou Cain Lamarre?

Hum! On pourrait peut-être s'en reparler dans six mois! Je demeure convaincue que j'ai la meilleure solution. Quand les clients veulent magasiner, ou cherchent un avocat à l'interne, je sais que je connais la réponse parce que j'ai les ai toutes faites ces formules-là!

Je pense qu'en droit du travail, dans les cabinets, on est rendu à repenser à une autre façon de faire, justement. À cause des coûts, à cause du volume aussi, les relations de travail en milieux syndiqués étant hautement litigieuses, il faut que les entreprises trouvent des moyens plus agiles de gérer leurs choses sinon ça devient une énorme dépense pour elles.

Vous avez parlé de votre jeune famille, du côté de la conciliation travail-famille, vous sentez qu'il y a ouverture chez Cain Lamarre?

Je n'ai pas senti qu'il y a un compromis à faire. Au jour 1, on m'a offert d'être associée en sachant que j'avais deux petites filles de 3 et 5 ans, sans me demander de promesse sur mon avenir familial. Je n'ai pas senti que je mettais de côté quelque chose, un compromis d'un côté comme de l'autre.

Je sentais qu'on reconnaissait l'apport que je pouvais amener à la société par mon implication, par ma personnalité, par les clients que j'amène. Je pense qu'il doit y avoir des femmes parmi les associés chez Cain. On a d'ailleurs un super ratio de femmes associées. Il faut envoyer le signal à nos jeunes avocates qu'elles peuvent avoir une famille, partir en congé parental, revenir et continuer de développer leur clientèle et leur pratique.

La conciliation travail-famille me tient beaucoup à coeur et c'était important pour moi que ce soit une priorité du cabinet. J'étais trop bien à mon compte pour commencer à faire des compromis là-dessus.