Me David Gervais. Photo : PICARD SIRARD POITRAS AVOCATS.
Me David Gervais. Photo : PICARD SIRARD POITRAS AVOCATS.
D'anciens serveurs du Château Frontenac ont obtenu gain de cause contre leur syndicat qui les a mal défendus à la suite de leur congédiement, selon un tribunal.

En mai 2018, la direction du Château a licencié 16 employés pour avoir ajouté un pourboire sur la facture de clients du restaurant Place Dufferin, lors du déjeuner buffet.

Ces renvois faisaient suite à la plainte écrite, le mois précédent, d'un client mécontent d'avoir vu un pourboire de 15 % ajouté à son addition, sans son autorisation.

Témoignant devant le Tribunal du travail, la directrice du département Talents et cultures du célèbre établissement a indiqué qu'il fallait protéger la réputation du Château.

Selon Francine Gauthier, la direction a dû agir promptement dans cette affaire qui représentait, selon son témoignage, une menace à la réputation de l’hôtel à l'approche du G7.

Serveurs réintégrés

Me Pascale Racicot. Photo : POUDRIER BRADET, AVOCATS.
Me Pascale Racicot. Photo : POUDRIER BRADET, AVOCATS.
Quelques semaines plus tard, après la tenue de la rencontre internationale, le Château s'est entendu avec le syndicat pour réintégrer cinq travailleurs, après une suspension de trois mois.

Il s'agit de serveurs moins expérimentés qui ont été formés par les collègues en place. Selon le syndicat, ils n’ont fait qu’appliquer les pratiques mises en place par leurs collègues.

Les 11 autres employés ont vu leur congédiement confirmé, leur syndicat décidant de retirer leurs griefs.

C'est cette décision que les ex-serveurs ont contestée devant le Tribunal du travail, qui vient de leur donner raison.

Le jugement ne porte donc pas sur la validité, ou pas, des congédiements, mais sur le rôle du syndicat.

Selon le juge administratif Daniel Blouin, le Syndicat démocratique des salariés du Château Frontenac, affilié à la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), a fait preuve de « négligence grave».

Une pratique connue

Me Normand Drolet. Photo : CAIN LAMARRE.
Me Normand Drolet. Photo : CAIN LAMARRE.
Selon la preuve retenue par le juge Blouin, la pratique d'ajouter un pourboire au restaurant Place Dufferin était connue et tolérée depuis longtemps par la direction, ce qui aurait ouvert la porte à une défense pour les travailleurs.

De plus, le Château avait déjà mis fin à une pratique similaire par le passé, au restaurant 1608, sans que des sanctions soient prises contre les employés.
Le juge reproche au syndicat d'avoir basé sa décision lourde de conséquences sur des avis juridiques verbaux et sommaires.

« Cette façon de faire est à tout le moins imprudente lorsque l’on considère l’importance de l’enjeu », mentionne Daniel Blouin, juge, Tribunal administratif du travail.

Il conclut que le syndicat n’a pas respecté son obligation de juste représentation en abandonnant les griefs des plaignants.

Il permet donc aux 11 ex-serveurs de choisir un avocat de leur choix, aux frais du syndicat, pour défendre leurs griefs.

Retour au Château?

Me David Gervais, qui représente les ex-employés, indique qu'ils souhaitent tous retourner travailler pour l'hôtel emblématique de la ville de Québec.

L'arbitre pourrait décider de remplacer leur congédiement par une suspension, nous a donné en exemple Me Gervais lors d'une entrevue.

De son côté, le représentant de la CSD, Simon Lajoie, a préféré réserver ses commentaires.

« On évalue nos options pour la suite », s'est-il limité à dire au sujet de la décision du Tribunal du travail.

Les avocats des parties

Me David Gervais
PICARD SIRARD POITRAS AVOCATS, S.E.N.C.
Pour les parties demanderesses

Me Pascale Racicot
POUDRIER BRADET, AVOCATS S.E.N.C.
Pour la partie défenderesse

Me Normand Drolet
CAIN LAMARRE, S.E.N.C.R.L.
Pour la partie mise en cause