Me Jordan Furlong. Photo : Twitter
Me Jordan Furlong. Photo : Twitter
On le sait déjà : la plupart des facultés de droit du Québec donneront la session d’automne en ligne, comme ils ont déjà donné la fin du trimestre d’hiver.

Si on pouvait facilement pardonner les petits pépins dus à l’adaptation de dernière minute à l’enseignement virtuel, pandémie oblige, les attentes des étudiants seront plus élevées à l’automne.

Les facultés ne pourront plus mettre sur le dos de l’urgence les problèmes techniques, sous peine de se voir considérer comme manquant de résilience ou d’imagination… et de perdre des étudiants en droit au profit de d’autres institutions.

On doit donc avancer vers l’enseignement en ligne, comme le souligne dans un article sur Slaw.com Me Jordan Furlong, qui analyse et conseille les acteurs du marché légal au Canada.

Et selon Me Furlong, l’enseignement en ligne est une autre paire de manches, comme il l’a lui-même vécu en enseignant au Suffolk University Law School’s online Legal Innovation and Technology Certificate Program.

Voici quelques-uns de ses conseils pour adapter l’enseignement aux classes virtuelles.

1. Retravaillez les cours pour le virtuel

N’utiliser que Zoom pour donner cours en ligne selon la vieille méthode magistrale, c’est une mauvaise idée. À la place, selon les ressources et le temps à votre disposition, mieux vaut repenser les cours au grand complet pour les adapter entièrement au monde en ligne.

Posez-vous la question : si nous n’avions jamais donné ce cours devant des gens auparavant, comment nous y prendrions-nous pour le donner de façon virtuelle?

2. Concentrez-vous sur la perception de l’étudiant

Pensez à ce que le résultat du cours en ligne devrait être du point de vue de l'étudiant. Que devrait-il avoir appris tout au long du cours, autant du côté du savoir que des compétences? Qu’est-ce que l’étudiant devrait avoir étudié, appris à faire, expérimenté?

Voici l’occasion parfaite pour réimaginer un cours non pas en gros bloc de connaissances sur le droit, mais plutôt en corde de plus à l’arc de l’étudiant quant à ses compétences dans de nouvelles matières.

L’environnement d’apprentissage en ligne ouvre de nouvelles portes sur comment participer aux cours autrement, tels que des vidéos tutoriels, des projets collaboratifs, et du mentorat personnalisé.

En réfléchissant spécifiquement au désir de l’étudiant de maîtriser un domaine précis du droit, on ouvre une porte vers des horizons d’enseignement en ligne inouïs.

3. Dites bonjour à l’asynchronisme

Il n’y pas de raison évidente pour laquelle les étudiants et leur professeur devraient toujours être « ensemble » en temps réel durant le cours. La synchronicité de la présence est un principe qui a naturellement été associé à l’enseignement en personne, mais qui n’est pas obligatoire dans un contexte d’apprentissage en ligne. La présence de tous en même temps devrait être réservée pour les activités à grande valeur pour le cours.

Les professeurs devraient donc idéalement enregistrer leurs cours et les mettre en ligne de façon à ce que les étudiants y accèdent au moment qui leur convient, tout comme ils le font déjà avec leurs lectures. Les rencontres de la classe entière en ligne peuvent alors être consacrées au discussions dirigées par le professeur, ou aux études de cas lors desquelles les étudiants partagent leur façon potentielle de régler un problème suggéré dans leurs cours ou lectures.

Bref, les rassemblements synchronisés des étudiants d’une même classe ont bien sûr une grande valeur, mais comme ils sont difficiles à organiser et à gérer, ils ne devraient pas être réservés aux cours passifs où le professeur donne la matière.

4. Développez des apprentissages en petites doses

Les chercheurs pédagogiques sont tous d’avis que les gens apprennent beaucoup mieux quand la matière leur est donnée par « petites bouchées » plutôt que par gros blocs. En pratique, ça veut dire que l’enseignement sur un sujet précis devrait être transmis en segments de 15 ou 20 minutes, ce qui assure la rétention de l’information… et qui décourage moins les étudiants au moment de se plonger dans leurs lectures.

Un autre avantage : de courtes vidéos d’une quinzaine de minutes permettent à l’étudiant de faire pause, de revenir en arrière, et de réécouter les extraits comme bon leur semble. Les étudiants sont donc maîtres de leur matériel pédagogique, et non le contraire.

5. Encouragez la collaboration

Plus les étudiants travaillent ensemble pour mettre la matière en pratique, plus les cours seront efficaces. Ça peut être aussi simple que d’encourager les étudiants d’utiliser la fonction clavardage lors des rencontres vidéo, ou de tenir des conversations parallèles à un sujet principal.

Vous devriez aussi vous assurer que les étudiants se rencontrent par petits groupes en ligne, comme ils le feraient pour un travail d’équipe. Les étudiants peuvent apprendre énormément les uns des autres.

6. Adaptez vos évaluations

Si vous donniez encore un examen final valant 100% de la note à la fin de la session, vous pouvez arrêter. En vous fiant au point 2 de cette liste, sur ce à quoi vous vous attendez quant à ce qu’auront appris les étudiants, construisez plusieurs évaluations qui mesureront leur progrès dans ce sens, et donnez du feedback après chacune d’entre elles.

Ces évaluations peuvent prendre la forme de questionnaires à choix de réponses multiples intégrés à vos présentations, que l’étudiant doit compléter avant de passer à l’étape suivante. Certains systèmes peuvent même enregistrer combien de mauvais choix ils ont fait avant de sélectionner la bonne réponse.

Ça peut aussi vouloir dire de sélectionner des avocats praticiens pour évaluer les solutions trouvées par les étudiants lors d’un cas d’étude.

Le but : toujours d’aider l’étudiant à apprendre quelque chose.