Le juge en chef associé de la Cour supérieure, Robert Pidgeon. Photo : Les Coulisses du Palais
Le juge en chef associé de la Cour supérieure, Robert Pidgeon. Photo : Les Coulisses du Palais
D’autres juges s’en seraient offusqués. Pas lui. Quand je lui ai dit qu’il atteignait « sa date de péremption », Robert Pidgeon a éclaté de rire. Ce grand rire tonitruant qui remplissait encore, il y a quelques semaines, l’enceinte du palais de justice de Québec. C’était avant la pandémie.

Le 4 juin, c’est « sa » date de péremption, en tant que juge. La Loi l'oblige à prendre sa retraite, à l'âge de 75 ans.

« C'est déchirant, parce que j'ai adoré l'exercice de cette fonction », confie Robert Pidgeon, maintenant juge retraité de Cour supérieure.

Il quitte sa fonction avec un pincement au coeur, la COVID-19 lui ayant volé ses derniers moments en tant que juge.

Il devait entendre une dernière cause, en avril, dans le district judiciaire de Rimouski.

Un moment qui s'annonçait très symbolique, pour lui, puisqu'il y a commencé sa carrière de juge, il y a 32 ans.

La cause a été reportée, et lui a dû « se confiner » à sa résidence en raison de son âge.

Ce qui lui a fait le plus mal au coeur, c'est de ne pas avoir pu se rendre au palais de justice de Québec pour saluer une dernière fois ses collègues et les employés.

« Je ne suis pas capable de leur dire de vive voix, "bonjour et merci pour tous les services que vous m'avez rendus" », se désole-t-il.

Des remerciements

Avant de terminer l'entrevue que j'ai réalisée avec lui, pour la télévision, je lui ai offert de s’adresser à la caméra pour le faire.

M. Pidgeon s'est alors lancé dans des salutations personnalisées pour tous, de ses adjointes aux huissiers, en passant par les constables spéciaux, les employés de soutien, etc.

Jusqu'aux personnes qui se sont présentées devant lui, pour qu'il tranche leur litige qu'il a remerciées pour leur franchise, « pis si j'ai oublié quelqu'un, je m'en excuse », lance le juge au bout de quatre minutes de remerciements.

Quatre minutes au terme d'une entrevue pour la télé, qui devait en durer... quatre.

Le montage aura eu raison de ces remerciements à la caméra, mais le juge y tenait.
Voilà, c’est fait.

Ces salutations, M. Pidgeon y tenait parce qu'il a senti qu'il partait « comme un voleur », en raison de la pandémie.

Un héritage important

Véritable lève-tôt, il s'est rendu vider son bureau à 4h30, un samedi matin, « avec des gants pis un masque ».

Mais ce n'était pas pour passer incognito ou ne pas laisser de traces.

Parce que des traces, celui qui a été avocat, coroner, maire, juge en chef, il en aura laissées.

Ce qui le rend particulièrement fier, c'est d'avoir amélioré l'accessibilité au système de justice, en réduisant les délais dans le district judiciaire de Québec

Il a par contre fait face à de l'adversité, et des frictions avec certains juges, en tentant d'instaurer des audiences de gestion d'instance.

Les nombreuses causes reportées pendant la pandémie vont peut-être convaincre des juges de s'y mettre, pour réduire le nombre de jours d'audience pour traiter un dossier.

Le juge Pidgeon a confiance que le système pourra absorber les causes qui se sont accumulées pendant la crise sanitaire.

Plus de litiges réglés hors cour?

Il croit que les conférences de règlement à l'amiable ou de facilitation permettront de régler de plus en plus de litiges, avant d'en arriver à tenir un procès.

Et la retraite?

À 75 ans, Robert Pidgeon n'est pas près de s'arrêter.

Il se lève toujours avant 5 h du matin et marche une quinzaine de kilomètres par jour depuis le début de la pandémie.

« Je ne peux pas rester à ne rien faire », constate le septuagénaire.

Il prévoit donner de son temps, probablement au profit d'un organisme oeuvrant en santé mentale, une cause qui lui tient particulièrement à coeur.

« La société m'a donné beaucoup, alors je me sens redevable », croit Robert Pidgeon.

Il veut aussi continuer d'étudier, réfléchir et transmettre ses connaissances. « Il va falloir qu'intellectuellement, je continue à examiner des problèmes, et tenter d'y trouver des solutions », souligne-t-il.

Robert Pidgeon ne sait pas encore concrètement ce qu'il va faire, il s'accorde une période de réflexion avant de décider, « mais elle ne sera pas trop longue », se dépêche d'ajouter cet homme d'action.

Bonne retraite, Monsieur le Juge!