Me Dominique Tardif. Photo : ZSA
Me Dominique Tardif. Photo : ZSA
Selon un sondage réalisé en mai par le magazine Canadian Lawyer, environ la moitié des cabinets canadiens ont cessé d’embaucher des avocats. Parmi l’autre moitié, plusieurs ont aussi déclaré avoir dû réduire leur personnel ou leurs heures.

Et au Québec que se passe t-il?

«Le 13 mars, le monde du recrutement s’est figé, comme à peu près toutes les industries… Ç’a tourné au ralenti pendant quelque temps», résume Me Dominique Tardif, directrice de ZSA, un important cabinet de recrutement oeuvrant à la grandeur du Canada.

Les dirigeantes de firmes de recrutement juridique que Droit-inc a consultées croient toutefois que les choses s’améliorent, petit à petit.

Me Caroline Haney, fondatrice de Haney Recrutement juridique, a remarqué trois phases.

La première était une période de panique, en mars, dit-elle, en comparant la situation avec le 11 septembre 2001, lorsque «la planète s’est arrêtée». Ensuite, pendant la deuxième phase, «les cabinets ont évalué leurs dommages et leurs besoins», continue-t-elle.

Et de nouveaux dossiers ont commencé à émerger. Ce qui nous amène à la troisième phase, que Me Haney qualifie d’«assez active».

«Je pensais prendre une demi sabbatique, mais non! Il y a des besoins, je suis occupée!» lance-t-elle en riant.

Me Dominique Tardif remarque elle aussi que les choses ont repris depuis la mi-mai.

«Le niveau d’embauche n’est pas revenu à ce qu’il était avant la pandémie, mais on constate un niveau d’occupation élevé, explique-t-elle. Élevé, mais différemment.»

Selon elle, oui, des cabinets se retiennent encore d’embaucher des avocats salariés – «pas la majorité, mais une bonne proportion des grands». Toutefois, le marché des associés continue d’être assez actif, soutient-elle.

«C’est vraiment moins pire que ce à quoi on s’attendait au début de la crise!» estime-t-elle, soulagée.

C’est également ce que constate Danielle Montpetit, présidente et chef de la direction au Groupe Montpetit, un cabinet de recrutement juridique qui oeuvre à Montréal, à Québec et en Ontario.

«Chaque semaine, ça reprend davantage, observe-t-elle. C’est comme si tout avait pris un ascenseur pour aller au sous-sol, et l'ascenseur remonte tranquillement, un étage par semaine.»

Mme Montpetit ajoute d’ailleurs que sa propre entreprise rappelle des gens au travail chaque semaine.

Dominique Tardif croit que les mesures d’aide aux entreprises mises en place par le gouvernement fédéral ont certainement aidé en ce sens.

«La vie continue, ajoute-t-elle. Évidemment, c’est le “new normal” : on fait des entrevues zoom, on fait le onboarding des employés à distance.»

Des réalités différentes pour chaque secteur

Me Caroline Haney. Photo : Haney Recrutement.
Me Caroline Haney. Photo : Haney Recrutement.
La tendance varie aussi selon le domaine de droit. Dans le secteur de l’insolvabilité, il y a beaucoup de demandes, remarquent Mes Tardif et Haney.

Toutefois, il est assez difficile de trouver des juniors pour combler ces postes, note Me Tardif. Très peu de jeunes avocats se sont spécialisés dans ce domaine au cours des dernières années, puisque l’économie se portait plutôt bien, ajoute-t-elle.

La crise que nous traversons forcera peut-être certains avocats à se réorienter dans leur domaine de prédilection, croit d’ailleurs Me Haney.

Les deux spécialistes en recrutement juridiques notent également que les secteurs de l’immobilier et de l’entreprise se portent aussi plutôt bien. Danielle Montpetit ajoute que le domaine familial est très en demande.

«Mais pour un avocat qui a deux ans d'expérience en litige, par exemple, ce n’est probablement pas facile de se trouver un emploi, en ce moment, en plein été, souligne Dominique Tardif. C’est sûr qu’il y a un peu plus de candidats sur le marché qu’il y en avait avant.»

Danielle Montpetit remarque toutefois qu’il n’est pas nécessairement plus facile pour un employeur de recruter des candidats qu’avant. Elle explique que plusieurs employés ayant été remerciés temporairement se trouvent un nouvel emploi, puis se font rappeler par leur ancien employeur au bout de quelques semaines.

«On voit beaucoup de cas comme ça. On ne peut pas blâmer personne dans cette situation-là, évidemment… C’est tout à fait humain et normal. Mais pour l’employeur et pour nous, ça double le travail!»

Une deuxième vague?

Danielle Montpetit. Photo : Groupe Montpetit.
Danielle Montpetit. Photo : Groupe Montpetit.
Et maintenant, tous les yeux sont tournés vers la fameuse deuxième vague de la COVID-19. Quand va-t-elle affluer? En septembre? Disons que les cabinets restent tout de même prudents.

«On sait qu’on a passé à travers la première vague, donc on est confiants de s’en sortir, avance Caroline Haney. Mais je pense que la deuxième vague va faire mal.»

Danielle Montpetit, elle, n’est pas trop inquiète. Le virus nous a forcés à nous adapter et à travailler autrement, croit-elle, et les choses ne s’arrêteront pas complètement, dans le cas d’une deuxième et même d’une troisième vague.

«On ne peut plus se le permettre, économiquement et psychologiquement. On va le vivre autrement. Mais je pense qu’il faut être conscients que le virus est toujours présent… Et pour le bien de notre économie, il faut que les gens portent le masque. C’est la seule façon pour que l’économie reprenne, tant qu’il n’y aura pas de vaccin.»