Jean Lemelin retourne chez Fasken. Photo : Site Web de Fasken
Jean Lemelin retourne chez Fasken. Photo : Site Web de Fasken
« La retraite, ça ne me souriait pas! » résume Me Jean Lemelin. À 75 ans, le juge de la Cour supérieure du Québec était dans l’obligation de tirer sa révérence.

Mais il n’aura pas été au repos longtemps, en effet. Officiellement retraité depuis le 22 juin, il a déjà commencé (plus tranquillement que prévu en raison de la COVID-19) son travail d’avocat-conseil pour le bureau de Québec de Fasken.

Il faut dire que Me Lemelin a fait partie du noyau fondateur de Martineau Walker (aujourd’hui Fasken), en 1983.

Celui qui a été admis au Barreau du Québec en 1973 a d’abord travaillé chez Langlois, puis a mis sur pied son propre cabinet, avant de se joindre à Martineau Walker. Ce plaideur chevronné oeuvrait en droit civil et commercial. Il a notamment plaidé devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Il a finalement été nommé comme juge à la Cour supérieure en 1996.

« On reçoit un appel nous disant : “le ministre de la Justice va vous appeler, il se peut que vous soyez nommé juge…” Mais on le sait pas tant qu’on ne reçoit pas l’appel du ministre! »

Il affirme avoir été très heureux dans cette « deuxième carrière », qu’il désirait ardemment. Comme juge, il a présidé de nombreuses conférences de règlement à l’amiable et a oeuvré dans de nombreux dossiers d’action collective, dont celui du déluge du Saguenay.

Après 24 ans sur le banc, Jean Lemelin avoue avoir été surpris de voir arriver l’âge de la retraite si rapidement.

Me Carl Tremblay. Photo : Site Web de Fasken
Me Carl Tremblay. Photo : Site Web de Fasken
Un mentor

Fasken a approché Me Lemelin au cours de l’hiver, à l’approche de sa retraite de la magistrature.

« Je n’ai pas eu besoin d’y réfléchir longtemps! » assure l’ancien juge.

« Quand j’ai appris qu’il prendrait sa retraite, on a trouvé que ce serait un bel ajout dans notre équipe de litige, raconte Me Carl Tremblay, associé directeur du bureau de Fasken à Québec. On a déjà une magnifique équipe, mais ça vient ajouter de la profondeur, avec l’expérience de ce plaideur, qui a aussi près de 25 ans d’expérience à la magistrature! »

Ajoutez à cela le fait que Me Lemelin a participé à la fondation du bureau de Québec, et ça devenait « tout naturel », fait remarquer Me Tremblay, qui travaillait aussi à ce même bureau, à l’époque.

Alors que Carl Tremblay, jeune avocat, commençait sa carrière chez Fasken, Jean Lemelin a été un mentor pour lui. Il a très hâte de le retrouver quotidiennement (quand la situation sanitaire le permettra, évidemment).

« Sur le plan humain, Jean a aussi de magnifiques qualités, ajoute Me Tremblay. Il est authentique, généreux… C’est un gars qui a beaucoup de joie de vivre, il est très positif. »

Le directeur du bureau de Québec a aussi été frappé par l’enthousiasme de son ancien collègue, qui a lui aussi hâte de commencer officiellement son mandat.

« Je ne ressens pas de fatigue chez lui, confie Me Tremblay, admiratif. J’ai retrouvé la même énergie, la même fougue chez lui que lorsque j’avais travaillé avec lui il y a 25 ans. »

Le directeur des opérations pour Fasken pour toute la province est lui aussi enchanté par ce retour au bercail. Me Éric Bédard, qui se rappelle avoir croisé M. Lemelin à quelques reprises avant qu’il ne soit nommé juge, se souvient d’un associé « efficace, joyeux et rassembleur ».

Me Éric Bédard. Photo : Site Web de Fasken
Me Éric Bédard. Photo : Site Web de Fasken
Prêt pour une troisième carrière

Le principal intéressé a effectivement hâte de « retrouver sa gang ». À 75 ans, il est encore actif et en forme; il se considère prêt pour sa troisième carrière.

« Je vais profiter de ma retraite, mais d’une autre façon! Je retourne chez moi… c’est un peu ça qui se produit! » confie-t-il, très enthousiaste, ajoutant qu’il n’était « pas prêt pour la chaise berçante ».

En tant qu’avocat-conseil, l’ancien magistrat guidera les plus jeunes avocats de la boîte, mais aussi les associés, dans la stratégie, la rédaction et l’approche à adopter dans certains dossiers. Selon Me Tremblay, « les jeunes vont gagner à son contact ».

Il faut dire que l’ancien plaideur et magistrat n’en sera pas à sa première expérience dans le domaine. Lorsqu’il était juge, il était souvent invité à aller rencontrer les étudiants en droit de l’Université Laval, pour retracer avec eux l’historique des tribunaux ou encore faire des simulations de conférences de règlement à l’amiable.

« Les conseils que je vais donner aux jeunes, ça va surtout concerner l'exercice de la profession devant le tribunal, aujourd’hui, qui est bien différent de l’époque où je plaidais moi-même. Je vais les guider, surtout s’ils doivent se présenter devant une conférence de règlement à l’amiable. »

Cela arrive à un bon moment, souligne Éric Bédard, parce que le bureau de Québec a connu une forte croissance au cours des dernières années; il y a donc beaucoup de jeunes avocats. Mais le mandat de Me Lemelin s’étendra à tous les bureaux de Fasken.

Le compromis

Quel serait le conseil que Me Lemelin donnerait à un jeune avocat en litige qui s’apprête à présider sa première conférence de règlement à l’amiable?

« Quand j’étais juge, je disais toujours : j’espère que les avocats ont laissé leurs habits de combat à la porte, parce qu’ici ce n’est pas un combat, c’est un compromis. »

Même s’il considère que la pratique du droit est « la plus belle profession du monde », Me Lemelin ne croit pas que sa troisième carrière durera aussi longtemps que les deux autres…

« Je me vois faire ça quelques années… mais je ne pense pas travailler jusqu’à 80 ans! »