François Vaqué. Photo : Site Web de la firme Citoyen
François Vaqué. Photo : Site Web de la firme Citoyen
Me Marc-Antoine Cloutier, président fondateur de la Clinique Juripop, a démissionné vendredi dernier, à la suite d’allégations d’une inconduite sexuelle.

Comment Trivium doit-il réagir face à ces allégations? Comment le cabinet doit-il s’y prendre pour protéger sa marque et sa réputation?

Droit-inc s’est entretenu avec François Vaqué et Daniel Lépine, spécialistes dans le domaine du marketing et dans le domaine de la communication et des relations publiques.

Rappelons que Trivium a été co-fondé par Me Cloutier en 2018. Le Barreau 2014 y occupe le poste de président.

Le cabinet a bénéficié d’une importante couverture médiatique lors de sa fondation. Me Cloutier vantait alors l’approche de son cabinet, premier au Québec, selon lui, à offrir un système de financement Desjardins.

« Dans le domaine du droit, le Québec est toujours un peu en retard sur d’autres endroits dans le monde. C’était à nous de faire preuve d’innovation et d’amener l’idée ici », nous avait-il confié.

L’avis d’experts

Au bout du fil, François Vaqué tempère les atteintes potentielles à la réputation de Trivium… à condition que le cabinet pose les bons gestes.

Dans des cas comme celui-ci, il y a toujours un impact à court terme sur la réputation des cabinets, précise-t-il. « Rapidement, la réputation des cabinets, s’ils font les bonnes choses, peut se remettre de ce genre de situation. »

Mais que signifie les « bonnes choses »? Et que faire quand les allégations concernent un avocat, qui, comme Me Cloutier, occupe un poste de direction?
« En terme général, c’est sûr que cela est plus compliqué (...) dans le cas de Juripop, s’il n’avait pas été président du CA, cela aurait pu être plus simple ; un autre président lui aurait demandé de remettre sa démission (NDLR plus tôt). »

Pour revenir aux « bonnes choses », elles impliquent notamment, selon le vice-président de la firme Citoyen, de se distancer des gestes allégués.

Daniel Lépine. Photo : LinkedIn
Daniel Lépine. Photo : LinkedIn
« Il devrait se retirer de la présidence de ce cabinet-là, ne serait-ce que temporairement pour montrer qu’ils font les bonnes choses. Même si les gestes sont allégués, il est important de le faire très rapidement », précise M. Vaqué.

« C’est plus compliqué quand il est président, mais, justement, cela marquerait qu’ils sont prêts à faire des gestes importants. »

« Par exemple, pour Juripop, il aurait dû remettre sa démission le jour où il y a eu des allégations. Cela aurait réglé beaucoup de problèmes », illustre-t-il.

De l’importance d’un plan

De son côté, Daniel Lépine, président de Lépine Marketing, est clair.

La deuxième meilleure réponse à une crise est d'avoir un plan solide en place », indique-t-il. La première consiste à… « éviter » les crises. C’est tout dire.

Un cabinet comme Trivium, selon lui, devrait retenir les services d’un professionnel pour « éviter le pire » en matière de réputation, sans compter l’enjeu des répercussions financières.

« Introduire une personne neutre avec aucun attachement émotionnel à l’égard de l’entreprise, la ou les victimes et encore le ou la coupable permettra de bien aligner les messages. »

Marc-Antoine Cloutier n’a pas l’intention de quitter le cabinet qu’il a cofondé.
Marc-Antoine Cloutier n’a pas l’intention de quitter le cabinet qu’il a cofondé.
Le recours à un professionnel aiderait le cabinet à « déterminer la meilleure réponse » et à préparer les « messages clés », c’est-à-dire ceux qui seront communiqués à la presse.

Sur ce point, François Vaqué est plus nuancé. Il estime qu’un cabinet comme Trivium devrait éviter de réagir publiquement.

« Ce sont des choses qui sont alléguées ; cela peut aller devant les tribunaux… il faut qu’il marche sur une ligne qui est assez complexe », d’autant qu’il est difficile de « sortir gagnant » de tels exercices de communications.

Il faut s'adresser aux médias « uniquement s’il est important de le faire », reconnaît M. Lépine.

La communication client

Les deux professionnels sont unanimes, au moins, sur un point : la communication client. Dans un cas comme celui de Me Cloutier, elle doit être au centre de la réponse du cabinet Trivium.

Selon Daniel Lépine, le plan du cabinet devrait aussi comprendre « un volet communications interne ».

« On ne communique jamais assez dans ce genre de situation là, explique pour sa part M. Vaqué. Il faut qu’il y ait une communication client, en général personnalisée. »

Selon lui, dans ce genre de situation, tous les avocats d’un cabinet devraient contacter leurs clients afin « d’expliquer la situation ». Il faut aussi expliquer les gestes posés par le cabinet « pour régler cette situation. »

Après avoir rassuré les clients, « le cabinet doit montrer qu’il fait toutes les choses nécessaires pour s’assurer qu’il s’agit d’un cas isolé – si c’est le cas – et qu’il fait tout pour régler le problème. Il faut rassurer le client et mettre une distance entre cet avocat-là et le reste des clients. »

Outre la communication client, enfin, François Vaqué insiste sur l’importance des gestes à poser auprès des employés eux-mêmes

« C’est la première chose à faire. » En plus de répondre à leurs questions et inquiétudes, un cabinet comme Trivium devrait poser des gestes pour démontrer que « ce genre de situation n’est pas toléré. »

« Il faut que le cabinet montre, immédiatement, qu’ils font ce qu’il faut pour que ce genre de situation ne soit pas acceptable dans le cabinet. Il faut rassurer les employés sur la continuité du cabinet. Sinon, ce qu’il arriverait, c’est un exode des employés », conclut-il.


6 conseils de gestion des crises par Daniel Lépine


  • Adressez-vous aux médias uniquement s’il est important de le faire et conformez-vous au plan et messages clés;

  • Soyez aussi transparent que possible si les médias reprennent les allégations ou des recours juridiques sont entrepris;

  • Articulez les mesures que votre entreprise prendra pour résoudre le problème et éviter qu'il ne se reproduise à l'avenir;

  • Si vous n'avez pas de politique de harcèlement sexuel à l'échelle de l'entreprise, créez-en une;

  • Rédigez soigneusement toutes les correspondances faisant référence aux allégations puisque chaque mot compte;

  • Ne négligez pas la crédibilité de l’accusateur.