Alexandre Lillo et Thomas Burelli ne se doutaient pas des proportions que leur projet de confinement prendrait. Photos : Courtoisie et site Web de PlayStation
Alexandre Lillo et Thomas Burelli ne se doutaient pas des proportions que leur projet de confinement prendrait. Photos : Courtoisie et site Web de PlayStation
Quand ils ont commencé à travailler sur un projet de représentation virtuelle du pavillon Fauteux, qui abrite la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, les professeurs à la section de droit civil Thomas Burelli et Alexandre Lillo ne se doutaient pas des proportions que leur projet de confinement prendrait.

« L’idée nous est venue au début de la pandémie, quand tout a commencé à fermer », raconte le professeur Burelli, qui donne le cours de droit international de l’environnement.

« Le campus, et surtout la Faculté, nous manquaient. On était un peu tristes, nostalgiques. Et au même moment, on a vu quelques projets en cours, en ligne, notamment une école secondaire au Japon qui a fait sa cérémonie de graduation dans le jeu Minecraft. Et on a vu quelques projets d'étudiants qui se sont mis à recréer leur campus parce que ça leur manquait. On s’est dit : si eux sont capables, pourquoi nous, on ne le ferait pas? »

Et ils l’ont fait. Ce jeudi 3 septembre, à 17h, tous les étudiants (nouveaux et anciens) pourront assister à l’inauguration virtuelle du pavillon Fauteux, en direct, sur Facebook et sur Youtube.

Le professeur Burelli animera la visite, qui durera environ une heure. L’étudiant Rami Halawi, qui a assisté les deux professeurs pour construire le jeu (et qui est à la barre d’une chaîne Youtube dédiée au jeu Minecraft), pilotera le jeu pour présenter les différentes salles du pavillon.

La doyenne de la section de droit civil, Marie-Ève Sylvestre, le doyen de la section de common law, Adam Dodek, et d’autres personnes clés de la faculté seront présents (par leur voix) et partageront leurs endroits préférés.

Un lien sera également disponible par la suite pour réécouter la présentation.

Voici un aperçu des images :



« Pour s’amuser »

Les deux collègues ont commencé à travailler sur ce projet « pour s’amuser », indique le professeur Lillo. Les deux cotitulaires de la nouvelle Chaire de recherche en innovation pédagogique de la Faculté de droit aiment tous les deux jouer à des jeux vidéos. Toutefois, le professeur Burelli avoue qu’il n’avait jamais joué à Minecraft; le professeur Lillo, « un tout petit peu ».

Pourtant, ce jeu s’est tout de suite imposé comme la bonne plateforme, par sa popularité phénoménale, notamment.

Les deux professeurs ont obtenu les plans du bâtiment et ont commencé à le construire virtuellement, un étage à la fois. Fait amusant : la fille de la doyenne Sylvestre a beaucoup aidé les deux professeurs pour découvrir le jeu...

Puis, un de leurs collègues leur a parlé d’un étudiant en droit, Rami Halawi, dont la chaîne Youtube dédiée à ce sujet comptait plus de 75 000 abonnés… Ils l’ont donc embauché comme assistant.

« On s’est dit : c’est un signe! » lance le professeur Lillo, en riant.

Un autre étudiant, Simon Garceau, s’est chargé du codage et du soutien technique.

Un outil de sociabilisation

L’événement de jeudi sera en quelque sorte le lancement du serveur. Ensuite, les étudiants et membres du personnel seront invités à se connecter et à jouer, pendant toute la session. Toutes les informations pour y accéder seront données à la fin de la visite virtuelle.

Les deux professeurs espèrent que le pavillon virtuel puisse devenir un outil de sociabilisation, pendant les cours à distance.

« Les gens pourront aussi installer le monde sur leur ordinateur personnel, dans leur serveur privé, et pourront s'amuser à déconstruire, à reconstruire, à réarranger certaines parties de la faculté, explique le professeur Lillo. Tout ça va être donné en libre accès. »

Apprendre par le jeu

Les professeurs Lillo et Burelli étaient peut-être des néophytes en ce qui concerne Minecraft, mais ils n’en sont pas à leur première exploration de l’apprentissage par le jeu.

On ne peut pas dire que cela soit très répandu, dans les facultés de droit en général… Pourtant, le jeu apporte une valeur ajoutée à l’enseignement du droit, ils en sont convaincus. Les deux professeurs ont d’ailleurs obtenu, au printemps, la création de la toute nouvelle Chaire de recherche en innovation pédagogique de la Faculté de droit.

« Ça n’est pas nécessairement seulement par les jeux vidéos, précise Alexandre Lillo. Ça peut être par les jeux de société, ou les jeux d’évasion… Tout ça permet d’aller chercher différents types d’apprenants, et différentes façons d'apprendre, d'avoir une perspective un peu plus enveloppante, par des stratégies qui vont générer une forme de motivation, une forme d'engagement chez les étudiants. C'est aussi des éléments qui s'avèrent être très pertinents dans le cadre de l'enseignement en ligne en ce moment. »

Pour comprendre les enjeux contemporains en droit international, que diriez-vous d’un jeu de piste, c’est-à-dire un genre de carte aux trésors? Ou encore de saisir les enjeux de l’accord de Paris à l’aide d’un jeu d’évasion? C’est le genre de projets que les professeurs Burelli et Lillo font, dans leurs cours.

« On est en train de travailler sur un cours en droit international de l'environnement, et tout le cours est bâti pour “sauver” le droit international de l'environnement, ajoute Thomas Burelli. Ça implique une prophétie, des artefacts qui sont cachés à travers le monde et qu’il faut trouver...
Ce sont des trucs qui ont parfois l'air ridicule, mais qui donnent une histoire, un contexte, pour aller faire les recherches, et du coup, on joue sur l'engagement. Et le scénario, c'est super important, ça permet de donner une autre dimension à l'enseignement. Ça devient leur propre aventure. »