L'avocate manitobaine Joan Jack. Photo : Radio-Canada
L'avocate manitobaine Joan Jack. Photo : Radio-Canada
Joan Jack allègue qu'elle n'a pas été indemnisée pour ses années de travail sur le dossier.

L’avocate issue de la Première Nation de Berens River, au Manitoba, qui a elle-même survécu aux externats, affirme que le recours collectif est l'œuvre de sa vie.

« J'ai consacré toute ma vie à ce dossier pendant des années, et j'ai poussé mon entreprise à la faillite pour le faire avancer », a déclaré Joan Jack dans un communiqué de presse jeudi.

« Je refuse de les laisser (m’exclure) de l’entente, qui, ironiquement, est censée être une question de réconciliation », dit-elle.

En 2019, la Cour fédérale a approuvé une entente de règlement pour les survivants des externats. Elle comprenait 55 millions de dollars en frais juridiques pour le cabinet d'avocats international Gowling WLG.

Dans une déclaration déposée jeudi dernier à Winnipeg, Joan Jack affirme qu'elle était chargée d'amorcer la réclamation initiale concernant les externats et qu’elle a passé des années à s'assurer que les survivants obtiennent justice.

Elle allègue que Gowling WLG a repris l'affaire et qu'elle n’a jamais été indemnisée pour son travail.

La firme internationale n'a pas déposé de défense et les allégations de Mme Jack n'ont pas été prouvées devant le tribunal. La firme n'a pas immédiatement répondu à une demande d’entrevue.

Les externats, en marge des pensionnats

À partir des années 1920, près de 20 000 enfants autochtones ont fréquenté plus de 700 externats fédéraux, où ils ont souvent été victimes de sévices, notamment de violence physique et sexuelle.

Ces externats fonctionnaient séparément des pensionnats pour Autochtones et ne sont donc pas couverts par la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens approuvée en 2006.

Ottawa estime que près de 200 000 enfants autochtones ont été forcés de fréquenter un externat indien comme celui de cette photo non datée. Photo : Radio-Canada
Ottawa estime que près de 200 000 enfants autochtones ont été forcés de fréquenter un externat indien comme celui de cette photo non datée. Photo : Radio-Canada
Le principal demandeur dans le recours collectif concernant les externats, Garry McLean, de la Première Nation de Lake Manitoba, a retenu les services de Joan Jack en 2008, selon la déclaration de celle-ci. Mme Jack a déposé le recours collectif devant la Cour du Banc de la Reine du Manitoba en 2009.

La réclamation de Joan Jack affirme qu'elle a travaillé sur cette affaire pendant les sept années suivant le dépôt de la demande en recours collectif, sachant que c'était risqué et entraînant la faillite de sa propre firme dans ce processus.

Elle dit qu’elle a parcouru le pays pour tisser des liens avec des milliers de survivants et qu’elle a créé une base de données contenant leurs informations. Elle dit que ces informations étaient essentielles au règlement final.

L'avocat winnipégois Louay Alghoul s’est joint à Joan Jack pour cette l'affaire en 2012.

Quatre ans plus tard, Gowling WLG a repris le dossier. La déclaration de Mme Jack allègue que Gowling WLG a promis d'inclure sa demande d'honoraires dans le processus de règlement. Sa poursuite allègue que ses honoraires et ceux de Louay Alghoul s'élèvent à environ 7 millions de dollars.

Mme Jack affirme que Gowling a activement cherché à éviter de les payer.

La réclamation de Joan Jack allègue un abus de confiance et de contrat. Elle allègue qu’elle a perdu sa confiance et son habileté à défendre son peuple.

« Le blanchiment (NDLR, whitewashing, en anglais, un mot souvent utilisé dans le domaine du cinéma pour désigner la pratique de faire jouer des personnages non blancs par des acteurs blancs) de cette action fondamentalement et intrinsèquement autochtone mérite des des dommages-intérêts aggravés, punitifs et exemplaires », soutient Joan Jack.

Avec les informations de La Presse canadienne