Mme Amy Salyzyn. Photo : Site Web de l’Université d’Ottawa
Mme Amy Salyzyn. Photo : Site Web de l’Université d’Ottawa
Les avocats travaillent dur et leurs succès doivent être félicités, dit Amy Salyzyn, cette professeure de droit à l’Université d’Ottawa. Mais elle estime que ce n’est pas une raison suffisante pour que des cabinets d'avocats canadiens dépensent des millions de dollars et des milliers d'heures pour avoir les meilleures places dans tel ou tel classement, écrit-elle sur Slaw.

Il en existe d’ailleurs plus d’une dizaine au pays.

Le problème, pour cette professeure de droit, c’est que certaines catégories démographiques ne sont pas du tout représentées dans ces classements, notamment les femmes, les minorités visibles ou encore les Autochtones.

Elle demande ainsi que tous ces classements soient abandonnés. « Les prétendus avantages de ces classements, tels que fournir des informations sur la qualité des avocats à des clients potentiels ou encore reconnaître leur travail, ne valent pas les énormes ressources que les cabinets d'avocats mettent dans des services de classement privés à but lucratif ».

De combien d'argent parlons-nous ? En tant qu'entreprises privées, les cabinets d'avocats ne sont pas tenus de divulguer le montant de leurs dépenses annuelles. Il est toutefois raisonnable d'estimer que des millions, voire des dizaines de millions, sont dépensés chaque année au Canada par les cabinets pour qu’ils figurent dans ces différents classements, croit Mme Salyzyn.

Elle rappelle toutefois que les avocats n'achètent pas directement une place dans un classement. Mais les cabinets donnent indirectement beaucoup d'argent aux services de classement. « Cela est évident dans le sens où la raison d'être de ces sociétés est de gagner de l'argent en classant les avocats ».

Ainsi, les cabinets achètent des publicités sur le web ou dans la presse écrite, parrainent des cérémonies de remise de prix, etc. Les prix de ces articles varient, mais il convient de noter que certains coûtent des dizaines de milliers de dollars.

« En outre, certains services de classement ont toujours offert aux cabinets d'avocats la possibilité d'apporter un soutien financier direct en guise de parrainage, tout en soulignant que le fait de ne pas apporter un tel soutien n'aura aucune incidence sur le classement d'un cabinet », estime encore la professeure.

Les clients s’en foutent!

Pourtant, d’après les discussions qu’elle a pu avoir avec d’autres personnes du milieu, il est rare qu’un client fasse référence à ces classements pour justifier son choix.

« Je suis tout à fait d'accord qu'en tant que profession, nous devrions chercher des occasions de célébrer le travail acharné des avocats. Mais cela peut se faire sans financer tout un secteur de classement », croit la professeure.

Elle suggère même que les cabinets dépensent autrement leur argent. « Pourquoi ne pas faire quelque chose de plus inspirant ou de plus utile ? Nous savons que les postes de stagiaires et d'étudiants d'été peuvent être très difficiles à obtenir - pourquoi ne pas consacrer cet argent à la formation d'un plus grand nombre d'avocats ? Pourquoi ne pas augmenter le financement des services juridiques pour les populations marginalisées ? Faire un don à une ou plusieurs organisations caritatives au choix du cabinet ? Instituer une petite augmentation de salaire pour le personnel du cabinet ? Même l'achat de plus d'œuvres d'art pour le bureau semble être une meilleure utilisation », appuie-t-elle.

D'après elle, il existe même une pression qui ne dit pas son nom: il faut participer, car tous les autres cabinets participent. Un avocat senior spécialisé dans les litiges faisait dernièrement cette sortie sur Twitter : « Honnêtement, c'est épuisant et c'est une tonne de travail. Mais tant que tout le monde joue le jeu, il est difficile de l'ignorer ».

Les cabinets d'avocats pourraient plutôt se regrouper et promouvoir le fait qu'ils ont cessé de participer aux classements des avocats, et créer un fonds pour soutenir les causes d'intérêt public. Cela permettrait de libérer du temps pour les avocats et le personnel afin qu'ils puissent l'utiliser de manière plus productive.