Mes Alain Arsenault et Virginie Dufresne-Lemire. Photos : Site web d'ARSENAULT DUFRESNE WEE AVOCATS
Mes Alain Arsenault et Virginie Dufresne-Lemire. Photos : Site web d'ARSENAULT DUFRESNE WEE AVOCATS
D’anciens élèves accusent un enseignant de l’École secondaire Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, de proférer des commentaires racistes, xénophobes et misogynes en classe depuis des années. Ils ont rencontré jeudi matin des avocats pour prendre connaissance des recours judiciaires qui s’offrent à eux.

Dans une vidéo visionnée plus de 94 000 fois sur Facebook depuis mercredi, ces jeunes de diverses cohortes ont rapporté les propos que Vincent Ouellette, enseignant d’histoire, aurait tenus au fil des ans dans le cadre de ses fonctions.

Les avocats Mes Alain Arsenault et Virginie Dufresne, spécialisés dans les actions collectives, disent évaluer les options avec les élèves qu’ils ont rencontrés. Il est clair selon les avocats que des fautes ont été commises et que de nombreux jeunes ont subi des dommages en raison du comportement de l’enseignant et de l’inaction de la direction.

Les recours pourraient aller jusqu’au dépôt d’une action collective contre l’enseignant, la direction de l’école et le Centre de services scolaires de la Pointe-de-l’île.

« Il faut évaluer pour voir ce qui est le plus approprié, ce qui leur les jeunes convient le mieux », explique Me Virginie Dufresne.

Elle rappelle que les établissements scolaires doivent offrir aux élèves un lieu d’éducation sécuritaire, exempt d’intimidation et de propos discriminatoires.

Des élèves partagent leurs expériences

Hanae Tamim était en secondaire 4 lorsqu’est survenu l’attentat au journal satirique Charlie Hebdo en France, en 2015. Vincent Ouellette aurait alors demandé à ses élèves musulmans d’offrir leurs excuses pour l’attaque terroriste. La jeune femme dit avoir été blessée par cette demande de son enseignant.

« Il parlait de nous comme étant des personnes qui pratiquent une religion violente pleine d’horreur. »

Hanae Tamin allègue qu’il est en partie responsable du fait qu’elle ait par la suite été traumatisée de l’école.

Cathy Ramirez affirme qu’en 2010-2011, l’enseignant lui aurait lancé qu’elle serait « moins conne » si elle portait attention en classe.

« J’étais intimidée, humiliée, je ne pouvais rien dire. J’ai un individu qui est en position d’autorité devant moi et détient le futur de mes notes. »

Lorsque sa mère et elle ont porté plainte, la direction aurait reconnu qu’il ne s’agissait pas du premier incident reproché à M. Ouellette, mais « qu’il était comme ça ».

« Il y a donc une banalisation de ses agissements, une normalisation d’un discours biaisé dans nos classes », déplore Cathy Ramirez.

Pour Gio Olmos, qui dit avoir été témoin du comportement méprisant de l’enseignant particulièrement à l’égard de ses camarades musulmanes voilées, il s’agit d’un exemple de racisme systémique.

« On a une personne en position d’autorité à qui on confie des esprits éveillés, jeunes, créatifs. Et à la place de propager des valeurs qui vont favoriser le rayonnement des étudiants, qui va favoriser que les personnes ne se tournent pas vers du décrochage scolaire (...), on fait juste renforcer des préjugés violents à leurs égards, à l’égard de leurs parents, et tout ça dans l’impunité totale. »

Dans un communiqué, le Centre de services scolaires de la Pointe-de-l’île dit mener une enquête en plus d’avoir suspendu l’enseignant. De son côté, le Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’île a préféré n’émettre aucun commentaire en raison de l’enquête en cours.