Me Annick Murphy, directrice des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
Me Annick Murphy, directrice des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
Le lundi 2 novembre dernier, j’ai annoncé verbalement et par lettre au ministre de la Justice que j’allais prendre ma retraite le 2 février 2021. Cette date a valeur de symbole pour moi puisque 40 ans se seront écoulés depuis mon premier jour au service de l’État, à la poursuite publique. Comme cela est exigé par mes conditions de travail, je devais respecter un avis de 3 mois. Ce que j’ai fait. Il n’y a donc aucun lien avec l’élection américaine ou le dénouement ou non de dossiers en cours. Je ne me dérobe pas et je vais continuer de diriger le DPCP jusqu’à ce moment, que j’ai choisi en toute légitimité.

J’ai 63 ans et j’ai envie d’être auprès de ma famille, de mes enfants et de mes petits-enfants et, pour ça, je n’ai d’autres choix que de quitter mes fonctions puisque le rythme effréné du travail occupe tout l’espace. Oui, ce sont des motifs personnels et ils sont mûrement réfléchis, comme c’est d’ailleurs le cas, il me semble, pour la très grande majorité des personnes qui décident de prendre leur retraite.

Je quitterai mes fonctions presque 9 ans après mon premier jour à titre de dirigeante au DPCP, dont 6 ans et demi à titre de directrice. Je crois avoir plus que rempli mon engagement. J’estime que mon départ à la retraite après 40 ans de service est légitime, et non inhabituel. En fait, que ce soit dans le domaine public ou privé, plusieurs dirigeants quittent leur fonction en cours de mandat, sans que leurs motivations soient mises en doute ou qu’ils aient à se justifier sur la place publique.

Ainsi, ces derniers jours ont été extrêmement éprouvants pour moi, compte tenu des commentaires mettant en doute la légitimité de mes motivations et donnant l’impression de fuite en avant. Ceux-ci me visent personnellement certes, mais aussi l’institution du DPCP et, par ricochet, l’ensemble de ses membres. C’est ce qui me donne envie de rectifier les faits, dans les limites des règles qui visent à préserver l’intégrité des enquêtes policières ou des procédures en cours ou à venir.

Deux sujets ont principalement été abordés en lien avec l’annonce de mon départ : le dossier de Mme Normandeau et la situation de M. Prud’homme.

Pour le premier, la lecture du jugement prononcé par le juge André Perreault permet de constater que l’arrêt des procédures n’a absolument rien à voir avec le travail du DPCP. Au contraire, le juge souligne que « le DPCP a pris des décisions raisonnables et responsables lorsqu’il s’est agi de poursuivre », que « la poursuite était prête, avec un plan concret, un échéancier et une stratégie » avant de conclure que les délais des procédures judiciaires parallèles sont essentiellement imputables à des inconduites policières sous l’ancienne administration de l’UPAC. Dans ces circonstances, bien que je comprenne et partage la déception des citoyens quant au dénouement du dossier, le DPCP n’en assume aucune responsabilité, et je ne vois rien à dire de plus que ce qu’on peut lire dans le jugement.

Quant au second, par respect pour l’intégrité du processus en cours, je dois, pour le moment, m’abstenir de rectifier ou de commenter les faits qui ont été véhiculés dans les médias. Je peux cependant affirmer que mon départ à la retraite n’a rien à voir avec cette affaire. Je vais demeurer disponible d’ici mon départ et au-delà, si ma participation s’avère requise dans le cadre du processus prévu par la loi.

Il est dommage, et cela m’attriste, que cette décision personnelle et légitime soit ternie de la sorte. J’ai choisi de respecter les règles, avec intégrité, et je vais poursuivre mon travail jusqu’en février 2021, où je partirai la tête haute et avec le sentiment du devoir accompli.