Denis Keseris. Photo : Site web de Bereskin Parr
Denis Keseris. Photo : Site web de Bereskin Parr
Tout un parcours que celui de Denis Keseris!

Né au Québec, l’agent de brevets est devenu avocat à Londres, où il a pratiqué pendant 15 ans avant de revenir au bercail.

Après un passage de trois ans chez Smart & Biggar, il se joint à Bereskin & Parr à titre d’associé. Droit-inc lui a parlé.

Pourquoi êtes-vous parti au Royaume-Uni?

Il y a une vingtaine d’années, j’ai quitté après l’université pour devenir un avocat en brevet européen. Je travaillais comme examinateur à l’office de la propriété intellectuelle du Canada. À l’époque, le gouvernement canadien tentait de devenir ce qu’on appelle une autorité en recherche internationale. Ils essayaient de rehausser leur niveau du côté des brevets et pensaient que m’envoyer au Royaume-Uni serait une bonne idée.

J’y suis allé pour ce qui devait être une période d’un an, mais j’y suis resté et je suis devenu un avocat européen en brevets au Royaume-Uni.

J’ai travaillé à travers l’Europe. J’ai été basé à Paris pendant quelques années, et j’ai une bonne clientèle en Scandinavie et évidemment à Londres. Et j’ai aussi représenté de grandes compagnies technologiques californiennes en Europe, et ça, ça a été une réelle révélation en termes de stratégie de propriété intellectuelle.

Vos études pour devenir avocat, vous les avez donc faites au Royaume-Uni?

C’est ça. En ce moment je suis avocat au Royaume-Uni et pas au Canada.

Vous ne faites pas partie du Barreau?

Non, pas encore!

C’est dans vos plans?

Je pense qu’il y a une possibilité d'avoir une équivalence, mais je suis tellement occupé depuis que je suis retourné au Canada que je n’ai pas eu le temps de regarder ça!

Mais au Canada, ce qui est le plus important c’est de devenir un agent de brevet, et j'ai fait les examens la semaine passée. Ça faisait une quinzaine d'années que je n'avais pas fait d'examen! C'est un peu rough, mais bon... (Rires)

C’est courant qu’un associé ne soit pas membre du Barreau dans un cabinet?

En propriété intellectuelle, c'est plus courant que dans d'autres domaines. Ils ont ce qu’on appelle des associés multidisciplinaires. Certains cabinets à Montréal ont des avocats, agents de brevets et comptables qui font tous partie du même cabinet.

Pourquoi êtes-vous revenu au Canada?

Pour des raisons personnelles, comme être plus près de la famille. J’ai rencontré ma femme, qui est Australienne, au Royaume-Uni. On a eu trois enfants et on voulait se rapprocher de la famille. Il y avait le Brexit au même moment, ce qui n’était pas super.

Mais au final, ma femme et moi venons de pays relativement nouveaux qui sont très gros, et ça donne beaucoup de liberté aux enfants. Nous voulions que nos enfants grandissent dans ce genre d'environnement.

Vous êtes arrivé directement chez Bereskin Parr?

J’ai passé quelques années chez Smart & Biggar. Ils m’ont embauché de Londres pour développer leur offre en propriété intellectuelle, qui était présente à Montréal mais qu’ils voulaient étendre à d’autres bureaux. Ils pensaient que je serais la bonne personne pour le faire.

Pourquoi avez-vous changé de cabinet pour Bereskin et Parr?

Smart & Biggar c’est un très bon cabinet, mais je pense que la compatibilité culturelle était meilleure avec Bereskin & Parr.

Pourquoi?

C’est difficile à dire!

Le cabinet dans lequel j’étais associé (au Royaume-Uni), Withers & Rogers, était un cabinet qui était très concentré sur les gens. C’était une méritocratie orientée vers les personnes, et une approche à très long terme; une idée d’être associé pas comme propriétaire du cabinet, mais comme gardien du cabinet. Les associés doivent penser non seulement à leur bénéfice comme associés, mais aussi à la prochaine génération.

Parce que c’était une valeur que mon ancien cabinet avait tellement à coeur au Royaume-Uni, je recherchais la même ici. Et Bereskin & Parr a cette valeur à cœur.

À quoi allez-vous vous atteler chez Bereskin Parr?

En Europe et aux États-Unis, de très petites entreprises ont une stratégie de propriété intellectuelle. C’est quelque chose qu’elles développent très tôt, et elles ont une vaste compréhension de l’objectif des brevets.

Ça, malheureusement, on ne peut pas le dire du Canada.

Le Canada a un parcours absolument incroyable en termes de développement des sciences et des technologies, mais nous ne sommes pas très bons à les garder au pays. L’une des raisons est que nous ne déposons pas assez de brevets pour les protéger.

Il y a une tonne d’études qui sont sorties ces cinq dernières années qui démontrent que nous devons vraiment revoir notre stratégie de propriété intellectuelle en tant que pays. L’une des grosses initiatives du gouvernement Trudeau a été d’inciter les entreprises canadiennes à réfléchir à comment s’assurer de conserver la valeur de ce que nous inventons au Canada au bénéfice des Canadiens, en opposition à être vendue à des compagnies américaines ou européennes.

Je pense donc que c’est une période intéressante pour être au Canada, à cause de ce constat de l’importance de la propriété intellectuelle en affaires, et particulièrement pour la prospérité des entreprises canadiennes.

Il en est de même pour le Québec. Montréal est un endroit formidable en termes de technologies de l’information, d’intelligence artificielle, de fintechs, de télécoms et de logiciels.

La question, c’est comment s'assurer que ces compagnies, qui s’élèvent à tel revenu avant d’être achetées par des entreprises japonaises ou américaines, comment s'assurer qu’elles demeurent québécoises? La façon de le faire, c’est en protégeant ce que nous inventons et en exploitant cette protection pour augmenter la valeur des entreprises québécoises.

Ce n’est pas facile si on ne l’a jamais fait avant. Les Américains le font depuis des décennies et des décennies, tout comme les Européens.

Comme les gouvernements canadiens et québécois l’ont constaté, on est en retard. On ne dépose pas autant de brevets par capital que les Européens ou les États-Unis, et nous devons changer ça.

Je pense qu’il y a une compréhension de cet enjeu, et c’est une grosse lutte au Canada. Dans les dernières 20 années, le Canada est passé de puissance technologique, comme avec Nortel, à voir une grosse partie de cette valeur achetée par les États-Unis.

Alors il y a des emplois au Canada, mais ils ont tendance à être pour des entreprises américaines. La valeur s’envole donc à l’extérieur du Canada et du Québec. C’est ce que le gouvernement Trudeau et le gouvernement Legault veulent stopper.

On peut dire que Montréal frappe plus fort que sa catégorie de poids en termes d'intelligence artificielle, vraiment! Là, ce que nous devons faire, c’est capturer cette valeur à l'intérieur du Québec, à l'intérieur de Montréal, et pas seulement créer qu’un ou deux millionnaires qui vendent leur compagnie aux États-Unis.

Moi, je l’ai fait pendant 15 ans en Europe, j’ai l'expérience que ça prend pour garder cette valeur ici. Je sais comment faire.

Et ce n’est pas seulement une période excitante pour être ici, mais c’est aussi une grande opportunité pour moi d’utiliser ce savoir-faire que j’ai développé en Europe et l’appliquer ici au Québec pour bâtir de la valeur.