Me René Gauthier. Photo : LinkedIn
Me René Gauthier. Photo : LinkedIn
René Gauthier a toujours pratiqué en cabinet. Mais à 63 ans, il a décidé de faire le grand saut. Surtout pour avoir moins de pression. Il assure toutefois garder une très belle relation avec Cain Lamarre, le cabinet où il était associé depuis six ans.

Droit-inc s’est entretenu avec cet avocat spécialisé en droit commercial et en droit immobilier.

Droit-inc : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer en solo?

Essentiellement, vouloir avoir moins de pression... de me mettre moins de pression. Ce ne sont pas mes associés qui m'en mettaient, c'est le contexte d’un cabinet d'avocats – que j'ai bien aimé... Écoutez, j'ai tout de même 40 ans de pratique, et j'ai toujours pratiqué dans des cabinets – pas nécessairement des gros…

Cain, c'était gros. Mais avant, j'étais plutôt dans des bureaux d'une quinzaine d'avocats. Mais bon, c'est la pression...

Vous étiez chez Gascon?

Oui, et avant, chez Geoffrion Jetté… Et on avait fusionné avec Joli-Coeur Lacasse, qui est maintenant Therrien Couture Joli-Coeur... J'avais beaucoup participé à la fusion entre Geoffrion Jetté de Montréal et Joli-Coeur Lacasse à Québec.

Vous étiez associé également, à ce moment-là?

Oui... J'ai pas mal toujours été associé. Chez Gascon aussi. J'étais habitué dans des bureaux de 15. Mais bref, que ce soit 15 ou 40, quand tu es avec d'autres, c'est le contexte... Tu veux produire. Il y a toujours une espèce de chasse aux clients, à la performance…

Après 40 ans de pratique, j’avais le goût de… Comment je dirais ça? Je ne veux rien mettre sur le dos de mes partners, c'est une décision purement personnelle, mais… Je voulais avoir moins de comptes à rendre, être plus à l'aise. Tu prends une journée de congé le mardi, si tu n’as pas d'urgence, et tu ne te sens pas mal.

Je pense que quand tu es jeune avocat, tu n'oses pas faire ça. Et quand tu es plus vieux, tu sens une certaine responsabilité, tu as assez de dossiers, de clients... Tu te sens obligé de mettre l’épaule la roue tout le temps.

Je n'étais pas le genre à être capable, mentalement... j'avais de la misère à ralentir ou à être moins speedé. Quand tu es tout seul, tu es capable de faire ça.

Avec la COVID, ça aide un peu à réfléchir là-dessus. Ça fait quelques années que j'avais décidé de faire beaucoup de télétravail. La COVID n’a pas tellement changé les choses... elle a amplifié la question.

Je suis rendu à 63 ans… C'est pas comme à 30 ans, où tu es à la chasse tout le temps.

Je suis un gars, disons, intense… Je faisais encore beaucoup d'heures, et beaucoup d'heures non facturables. Je suis impliqué à l’école du Barreau, je donne des conférences, des formations à l’OACIQ pour les comptables, des journées d’enseignement à l’École du Barreau, j’écris des articles dans le magazine Espace. J'écris et je mets à jour des chapitres dans les livres de l'École du Barreau sur le louage... J'étais tout le temps sur le go.

Et vous travaillez dans quel coin?

J'ai un bureau à Montréal-Ouest, depuis le 1er décembre, mais je travaille de l’Estrie, depuis le début de la pandémie. J'ai une maison en Estrie, je suis sur le bord d'un lac, c'est de toute beauté... je suis tout équipé. Je vous parle de là aujourd'hui!

Évidemment, je vais à Montréal très régulièrement. Pour Cain Lamarre, j'étais au bureau du centre-ville de Montréal. Mais j'y allais beaucoup moins. Et depuis le début de la pandémie, il n'y a presque personne au bureau.

Vous oeuvrez en droit commercial et immobilier?

Oui, ma spécialisation est en baux commerciaux. C'est là-dedans que je suis le plus connu.

Et comment ça se passe, depuis que vous êtes en solo?

Ça ne change pas grand-chose au niveau des clients. Pour eux, c’est la même chose, les mêmes services. Je suis resté en très bons termes avec Cain Lamarre. Alors ce que je ne fais pas, pour offrir un service complet à mes clients, je continue de les référer, par exemple en litige... encore la semaine dernière.

En ce qui concerne la façon de pratiquer… Quand ça fait 40 ans que tu es dans un bureau, tu es habitué... il y a un paquet de choses que tu ne fais pas! Ce n'est pas toi qui ouvres les dossiers! Maintenant, c'est moi! La façon de garder ton temps, tu es habitué avec un certain système... Un paquet de petites affaires, les recherches sur SOQUIJ… ça faisait longtemps que je n'avais pas fait ça!

Ceux qui sortent de l'école s'y connaissent plus que moi là-dedans! Moi, il faut que je m’organise avec ça, l'informatique... Faut que tu refasses ton informatique, faut que tu mettes à jour ton Linkedin… ce genre de choses là.

Ça me fait un peu sourire, parce que quand ça fait 40 ans que c'est d'autres qui le font... Tu as des adjointes, des stagiaires, des gens à la comptabilité... Alors que là… J'ai quelqu'un qui m'aide avec la comptabilité et l'ouverture de dossiers... mais tout de même! C'est une adaptation!

Est-ce que ça vous stressait, ces aspects-là?

Pas vraiment. Il y en a beaucoup qui me disaient ça : « c'est compliqué, tu vas devoir faire ci et ça… » En fait, j'avais les deux côtés de la médaille.

Il y avait des gens qui me disaient : « Pourquoi tu t’embarques là-dedans? Tu serais aussi bien de rester, de faire un deal avec Cain… »

Et on en a parlé aussi, on a essayé de trouver une formule qui satisfaisait les deux côtés... Mais j’en revenais toujours à : je ne voulais avoir pas de pression, je voulais faire ce que voulais quand je voulais, sous réserve de servir mes clients, bien sûr...

Mais ça ne me stressait pas beaucoup. J'ai trouvé une personne de confiance qui m'aide avec un paquet de choses, c'est celle qui a monté mon système d'ouverture de dossiers et mon système pour garder mon temps.

Vous voyez-vous encore faire ça encore de nombreuses années?

Dans la mesure où je réduis le stress et la pression, oui, fort probablement! Ça va dépendre du niveau…

À première vue, d'une part, la question ne se pose même pas, pendant la COVID : qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'autre? Et il y a beau avoir un vaccin aujourd'hui, ce n’est pas demain qu'on va pouvoir sortir…

Je n'arrêterai pas demain, c'est sûr! En ce moment, c'est comme l'option idéale... J'ai la pression que moi, je me mets pour servir les clients – ça, ça ne change pas. Et dans mon domaine, ça n'attend pas beaucoup, surtout ces temps-ci! Quand quelqu'un t'appelle pour faire le bail, il veut l'avoir tout de suite, parce qu’il ne veut pas perdre son locataire ou son deal...

J'ai cette pression-là, mais je n'ai pas la pression de produire. Et j'ai la chance d'avoir certains clients qui m'ont suivi... Donc en ce sens-là, je n'ai pas pensé tout de suite à arrêter.