Le bâtonnier du Québec Paul-Matthieu Grondin. Photo : Site web du Barreau du Québec
Le bâtonnier du Québec Paul-Matthieu Grondin. Photo : Site web du Barreau du Québec
Toute une année pour la dernière du mandat de quatre ans du bâtonnier du Québec, Me Paul-Matthieu Grondin!

Droit-inc lui a parlé afin de revenir sur 2020 et la pandémie de la COVID-19.

Ç’a été une année dure pour les avocats du Québec...

C’est une année marquante pour tout le monde, je pense, pour la planète en général, et qui aura modifié nos façons de faire en justice, c’est évident.

Vous finissez votre mandat et paf, COVID-19! Ça, personne ne l'avait vu venir, et encore moins vous!

C'est évident que je ne l’avais pas vu venir, ça, c’est très, très clair. Maintenant, c'est ça, quand on pense au rôle de bâtonnier, il faut s'attendre à l'inattendu.

Pour beaucoup d’avocats en pratique privée et en entreprise aussi ça a été très difficile. Eux, il a fallu qu’ils s’adaptent rapidement, comme la plupart des Québécois. S’il y a un endroit où on était tous dans le même bateau, et que tout le monde a connu ses défis, c’est bien avec la COVID-19!

J’aimerais souligner la résilience et l'esprit d'innovation de plusieurs avocats qui ont dû être là dans les premières heures.

J’ai une pensée pour les criminalistes et les procureurs de la Couronne qui ont dû être là en personne aussi au tout début de la COVID-19. On n’en savait pas beaucoup sur la COVID-19, et ils se sont partagé les tours de garde. Je pense que c'est important de le mentionner.

Justement, les procès en ligne, ça a été un gros changement pour le Barreau!

Oui, un très gros changement! Comme partout, il a fallu qu'on fasse beaucoup de Zoom, beaucoup de Web RTC, qu’on utilisait au début, et Teams maintenant. Il a fallu qu’on s’adapte, il y a des systèmes informatiques qui sont plus fiables que d'autres.

C’est moins facile d'interroger ou de contre-interroger via les plateformes numériques que c'est de le faire en personne. C’est un ajustement pour tout le monde. Quand vous dites méchant changement, la réponse est oui!

Est-ce que les nouvelles pratiques vont rester, selon vous, ou tout va revenir comme avant après la pandémie?

Oui, absolument! Je les mets dans deux catégories. La première catégorie, les palais de justice. Je pense qu’on va y retourner, dans les palais de justice. La justice en personne a encore sa place.

Par contre, toute la question du papier et du greffe numérique, c'est évident qu'il faut que ça reste. Je pense que ça va rester de façon permanente. En fait, je le souhaite!

Il y a plusieurs dossiers chauds par rapport à l’année 2020. Comment le Barreau a dû s’adapter à la fermeture des tribunaux, par exemple?

Je pense que c'est important que la justice puisse suivre son cours. Même en temps de guerre la justice suivait son cours. C’était important qu'on trouve rapidement une façon à ce que la justice puisse suivre son cours en temps de pandémie.

Évidemment, on a fait partie de plusieurs discussions à ce niveau-là en mars-avril. Finalement, le virtuel va nous avoir permis de continuer à rendre justice en temps de pandémie. Ça, ça a été le plus gros dossier de l'année, et de loin.

Ça a dû être toute une cellule de crise, en mars-avril…

La réponse est oui! Comme dans plusieurs organisations, il fallait qu'on joue notre rôle, comme différents décideurs jouaient un rôle à différents niveaux.

Qu’est-ce que le Barreau a dû faire par rapport aux procès en ligne?

C’est sûr qu'il fallait qu'on prenne le pouls de la profession rapidement, de voir dans quelle direction on pourrait se diriger. Mais en même temps, on a aussi un rôle à jouer pour le justiciable. Les avocats ont très souvent accès à la technologie. C’est moins évident pour les personnes qui se représentent seules, donc il fallait les garder en tête.

Après ça, il fallait qu’on diffuse beaucoup d'informations. Chaque région fait un peu les règles qui lui sont propres. Il fallait qu’on collige toute cette information-là et l’envoyer vers les praticiens le plus rapidement possible.

Ça semble être une tâche colossale! Avez-vous fait du temps supplémentaire?

Je pense que tout le monde faisait du temps supplémentaire, les avocats, le Barreau, tout le monde.

Le télétravail a modifié le travail de beaucoup d’avocats. Comment ça s’est passé?

Je pense que beaucoup d'avocats préfèrent être au bureau, c'est normal. On travaille avec beaucoup de documents, on travaille en équipe. C’est rare que le travail d'avocat est entièrement seul chez soi. Il y a des jeunes enfants qui étaient à la maison aussi.

Je pense que pour les avocats et pour la population en général, c'est mi-figue, mi-raisin. C’est certain qu'il a fallu s’adapter. On est encore à s’adapter, les gens sont chez eux et il y a des couvre-feux, On est encore au milieu de la pandémie, je dirais.

Pensez-vous que le télétravail va perdurer toute l’année 2021?

Je vais être honnête : je n'en ai aucune idée. J'espère que non!

Vous dites qu’on est encore en plein dans la crise. Comment entrevoyez-vous 2021 pour les avocats?

J'imagine que ce qu'on est en train de vivre, on va le vivre encore pour quelques mois. Je n'ai pas de boule de cristal et je ne suis certainement pas un expert de la santé publique. Comme tout le monde, je vois les vaccins arriver et c’est la lueur au bout du tunnel.

Il y a beaucoup de déprime chez les avocats. Comment le Barreau les a aidés là-dessus?

La santé mentale, c'est un enjeu qui touche certainement le Barreau, mais aussi la société en général. C’est peut-être même le mal du siècle!

C’est certain qu'on a notre rôle à jouer. Sur notre site web en ce moment, on a un hub, si vous voulez, pour toutes les questions de santé mentale. On investit dans le Programme d'aide aux membres du Barreau du Québec (PAMBA), dans les capsules. Ça, c'est important, et c'est la partie qu'on voit.

Ensuite, il y a la partie sensibilisation du système de justice.

En ce moment, il y a deux choses dans le système de justice. Il y a évidemment la pandémie qui cause ces ennuis de santé mentale au Barreau et dans la société en elle-même, et ensuite, il y a la question des délais en justice.

Il faut travailler plus vite qu'avant, et en même temps il y a une pandémie, et tout ça rend la situation très difficile. Pour ça, je pense qu’on a un rôle de sensibilisation de tous les acteurs du système de justice.

Selon ce que vous constatez, est-ce que les retards pris à cause de la pandémie sont importants dans le système de justice?

Il y a des retards, mais ils ne sont pas insurmontables. Je pense qu’il faut qu’on fasse attention à ne pas trop étirer l'élastique quand même. Les avocats, les procureurs, tout le monde, il faut qu’ils puissent faire du travail de qualité dans les délais. Mais c'est certain qu'il y a un stress pour tout le monde en ce moment.

Après ça en 2020, l’École du Barreau a fait un examen en ligne qui a connu des ratés.

Encore une fois qu’il a fallu qu'on s'adapte rapidement, comme toutes les institutions. C’est un examen qui était en présentiel depuis le début de l'examen du Barreau, et comme les universités, comme les collèges, comme partout, il a fallu qu’on aille au virtuel très rapidement. Et évidemment la pandémie ne rend pas les choses plus faciles!

Là, on est de retour encore une fois au virtuel, étant donné que les gens sont confinés en ce moment. On travaille très, très fort avec les étudiants représentants des associations étudiantes. On les rencontre une fois à peu près par semaine. On parle de tous les enjeux possibles et on travaille tous ensemble.

On a tous le même but commun : que l'expérience se passe le mieux possible.

Il y avait beaucoup d’étudiants frustrés par le premier examen à distance du Barreau. Comment vous avez géré ça?

J’entends toujours la préoccupation des étudiants. Ce n’est pas une question de gestion d’étudiants. À un moment donné, il faut qu'on écoute. Cela dit, il a fallu qu’on s'ajuste, évidemment. Il faut qu'on écoute, et je pense que c'est très important. Ils ont des préoccupations légitimes. Le forum actuel où on se parle est très productif.

Est-ce que 2020 a eu des points positifs pour les avocats?

Le point positif, je dirais que c'est la modernisation de la justice. On était capable de le faire, on est capable de changer nos façons de faire.

Et l’arrivée d'un greffe numérique à peu près deux ans et demi avant l’échéance, je pense que c'est, si vous voulez, une petite lueur dans cette année-ci.

Une année difficile pour un bâtonnier, 2020. Comment avez-vous vécu ça?

Je l'ai vécue un peu comme tout le monde, pas différemment. Je suis un avocat à la base, donc il a fallu qu'on s'ajuste rapidement.

C’est certain qu’il y a un rôle d'information qui nous est donné. Il fallait qu’on remplisse ce rôle-là, qu’on communique avec les membres assez souvent. Mais je suis comme tout le monde, je préfère la vie sans COVID-19. (Rires)

Votre mandat finit sous peu, d’ailleurs.

Techniquement, en juin j’expire, si vous voulez.

Avez-vous hâte?

Ça va avoir été quatre années remplies, c'est certain. Je vais jouer mon rôle jusqu'à la fin.

Qu’allez-vous faire après? Avez-vous des projets?

Oui, j’ai 100 % intention de retourner à la pratique. La pratique me manque un peu, je suis devenu avocat pour pratiquer et donc j'ai hâte à mon retour à la pratique.

Avez-vous quelque chose à dire aux avocats par rapport à 2020 et l'année qui s'en vient?

On est tous dans le même bateau. J'aimerais vraiment les remercier de leur résilience, de leur courage. Je suis fier d'être un avocat, et je suis fier de la profession aussi. Je pense qu’on devrait tous être fiers.

On a un rôle important à jouer dans la société, et je pense qu’en ce moment notre rôle est de démontrer peut-être plus d'optimisme qu'on en ressent réellement.