Me Stéphanie Leclaire occupe le poste de vice-présidente, affaires juridiques chez AbitibiBowater depuis 2008

1. Pourquoi avez-vous décidé d’être avocate?

Ce qui m’intéressait, c’était surtout les questions politiques, au sens large. J’avais envie d’acquérir une bonne formation. L’idée était de me diriger ensuite vers le journalisme, et je considérais le droit comme une bonne carte de visite, en quelque sorte. Et je me suis finalement arrêtée à l’étape 1 du plan! Une fois que tu es dedans (le droit), ça devient intéressant et tu n’en sors pas. Et je n’ai certainement pas de regret de ce côté!

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face?

Mon rôle actuel m’a apporté beaucoup de défi, depuis que j’ai pris la relève de la direction du contentieux en pleine fusion entre le numéro 1 et le numéro 2 de l’industrie. Les choses n’ont pas arrêté depuis la transaction : dès qu’on a terminé la fusion, on s’est attaqué au refinancement de la dette dans des conditions de marché qui étaient, disons-le, épouvantables. Moins d’un an plus tard, on a dû retravailler à la réorganisation complète de la compagnie. C’est en fait un peu comme la même réorganisation qui se poursuit, de la fusion organisationnelle des entités à la fusion financière.

Et quand se termine tout ça?

Cette année!, s’exclame-t-elle en riant (avec nous semble-t-il un brin d’espoir dans la voix!!).

Mais ce dont je suis le plus fière, c’est de l’équipe avec qui je travaille. Nous avons une équipe de gens de très haut calibre, et qui sont très motivés, ce qui ne va pas toujours de soi dans les conditions qu’on connaît. Les gens ne sont pas partis dans toutes les directions, au contraire : ils demeurent très motivés.

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il? /Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession en entreprise?

Sur le plan macro, je crois que le plus gros problème est l’accès véritable à la justice. La résolution des différends devant les tribunaux n’est souvent pas vraiment viable – c’est davantage un incitatif à régler un dossier. Le système est encore l’ennemi commun qui favorise les règlements, et est encore souvent inefficace et frustrant, bien que beaucoup de travail ait été fait à cet égard.

Sur le plan micro, je dois dire que je ne suis pas convaincue que les cabinets vont survivre à long terme sur la base du modèle de facturation actuel. Je crois que les cabinets, autres que ceux qui font ce que j’appellerais du transactionnel haut de gamme comme à Londres ou à New York, vont devoir trouver une autre façon de faire. Les modèles alternatifs sont encore l’exception. Pour ma part, je n’ai pas encore trouvé la solution, et c’est un gros irritant. Les cabinets ont senti l’insatisfaction, particulièrement aux États-Unis avec la récente crise financière. J’ai moi-même travaillé en pratique privée à New York, et j’ai vu le milieu. Dans certains cas et pour certains dossiers, on a effectivement besoin de ce système et on est prêt à payer. Mais ce n’est pas vrai dans tous les cas. Il est faux de penser que tous les mandats requièrent cette façon de procéder. Je pense qu’un nombre minime de bureaux vont pouvoir continuer de cette façon. La réalité est qu’au Québec, plusieurs compagnies importantes se font ou se sont fait acheter, et qu’il y a donc de plus en plus de PME qui ne peuvent pas payer ces taux-là.

4. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière?

Les gens d’affaires, on le sait, reprochent souvent aux avocats d’être les empêcheurs de tourner en rond. Et je crois qu’un jeune avocat n’a souvent pas encore développé le réflexe de déterminer ce qui n’est pas important et ce qui l’est. Il faut aller au-delà de l’étape de l’identification des problèmes et proposer des solutions. L’avocat, particulièrement en entreprise, a l’obligation d’agir en conseiller responsable, mais tout en étant en même temps une personne d’affaires. Et la tension entre ces deux pôles demeure toujours, même si la distinction entre les deux devient très ténue, particulièrement quand on travaille en entreprise. C’est quelque chose qui est difficile à réussir, mais vers lequel il faut tendre.

Il faut aussi voir à penser plus grand. It’s a big world out there! Il y a des opportunités qu’on ne considérerait pas dans des circonstances économiques normales, mais qui peuvent et devraient être considérées dans un marché économique plus lent. Il faut penser à autre chose que les approches traditionnelles, penser aux autres options, qu’il s’agisse de travail humanitaire, de pro bono, etc.

En vrac…

Dernier bon livre qu’elle a lu
An Imperfect Offering, de James Orbinsky

• Dernier bon film qu’elle a vu
Up in the air (Réalisateur : Jason Reitman)

Restaurant préféré
DNA (Sur la rue Marguerite D’Youville, dans le Vieux-Montréal)

Où elle va prochainement
En Italie!!

Si elle n’était pas avocate, elle serait …
Journaliste, ou peut-être aussi urgentologue. Le lien entre les deux? Elle aime travailler sur les problèmes un peu tordus (dit-elle elle-même!) et les enjeux importants!

Biographie

Me Stéphanie Leclaire occupe le poste de vice-présidente, affaires juridiques chez AbitibiBowater depuis 2008 où elle supervise une équipe de plus de onze personnes. Me Leclaire a débuté sa carrière chez Stikeman Elliot pour par la suite pratiquer le droit des affaires à New York, au sein du cabinet américain Davis, Polk and Wardwell, et à Paris chez Paul Weiss Rifkind Wharton & Garrison.

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