Peu nombreux sont ceux qui n’ont jamais reçu un scam, un type de fraude pratiquée sur Internet. Visant au départ les particuliers, il s’attaque aujourd’hui aux professionnels. Et les avocats ne sont pas épargnés.

« Mon nom est Liana Chengjie et je contacte votre cabinet dans le but de régler mon divorce avec mon ex-mari Paul Chengjie qui réside dans votre juridiction.»

C’est ainsi que démarrait un courriel qu’a reçu Gene Colman, un avocat torontois spécialisé en divorce. La femme explique vouloir faire respecter à son mari, les termes d’un règlement à l’amiable d’après lequel celui-ci doit lui verser la coquette somme de 400 000$.

Intrigué par ce mail, Gene Colman fait quelques recherches et se rend compte rapidement de l’arnaque, en demandant à la « cliente » des documents officiels qu’il ne reçoit pas, et en tentant de la joindre sans succès.

La cible: les avocats!

L’histoire rapportée par le Globe and Mail n’est pas une exception. Ce phénomène visant plus particulièrement les avocats s’est accru depuis un an.

Les escrocs se dissimulent derrière une fausse identité, empruntant le profil de clients factices pour leur soutirer de l’argent. Et les méthodes utilisées par les scammeurs sont aussi diverses que variées.

Ainsi Xavier Beauchamp-Tremblay (photo), d’Ogilvy Renault, en a reçu plusieurs. Celui dont il se souvient particulièrement et qu’il a gardé « pour la postérité », lui annonçait que sa plaque d’avocat était prête, photo à l’appui, et qu’il pouvait la payer.

« J'ai également reçu des courriels qui m'avisaient que j'avais été choisi pour faire partie d'un prestigieux répertoire d'avocats et qui me demandaient évidemment de payer pour y être inscrit officiellement », relate l’avocat.

Si Xavier Beauchamp-Tremblay a flairé l’arnaque, d’autres y ont laissé des plumes en perdant des dizaines voire des milliers de dollars. Il s’agirait le plus souvent d’avocats senior qui, embarrassés de s’être fait prendre, ne témoigneront pas ici de leur mésaventure, préférant garder l’anonymat.

Récemment, un avocat américain du New Hampshire en a fait les frais en se faisant dépouiller de 240 000$ !

Des règles à suivre

Pourtant l’escroquerie est repérable très facilement si quelques règles sont observées.

La première étant qu’« il faut toujours se méfier d’un courriel provenant de l’extérieur de votre réseau de contacts », explique Robert Gauthier, directeur du département information et technologies chez Stikeman Elliott.

D’autre part, « l’avocat doit contrôler l’identité de son client et envoyer ensuite le message à l’informaticien du cabinet, qui examinera la fiabilité de la source du courriel », indique t-il.

Le service des TI fera ensuite des recherches croisées sur l’origine du message et sur la compagnie ou les personnes qui y sont mentionnées.

« Un cabinet qui se fait prendre par une telle arnaque fait mal ses devoirs », estime Robert Gauthier. Car la première des règles pour un avocat est de bien contrôler la fiabilité des messages reçus. Il en va de la protection des clients…