Ce que j’aime chez Natacha, ma rédactrice chez Droit-Inc.com, c’est que, tout d’abord, elle me fait paraître plus intelligent : je pense que je me débrouille bien dans la langue de Molière et de Tremblay, mais en fin de compte elle réussit toujours à rehausser mon niveau, et à insuffler plus de panache à mon propos.

Ensuite, ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle me fait confiance : elle peut me suggérer des sujets de chronique, mais sans jamais rien chercher à m’imposer.

Quand l’inspiration ne vient pas, comme en ce début de session, je me tourne vers elle pour un sujet qui sera: que pensent les étudiants en droit de la commission Bastarache ?

Le hic, c’est que depuis le début de cette commission, je ne l’ai pas regardée un instant à la télé, et je n’ai lu aucun article au complet là-dessus.

Il y a plus urgent

Je ne saurais reconnaître l’ancien ministre Bellemare si on se retrouvait face à face devant le frigo à lait au dépanneur, pas plus que l’honorable juge, par ailleurs.

À ce que je sache, ils ne boivent même pas de lait.

Alors, je dis « basta ! » à la commission Bastarache.

Assez, malgré tout mon respect pour les personnes impliquées.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas lieu de revoir notre façon de nommer les juges, et je ne dis pas non plus qu’il n’y a pas un danger d’abus dans le processus actuel, mais il me semble qu’il y a plus urgent.

Par exemple, il se déroule en même temps la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, commission à laquelle la formation Bastarache fait un peu trop d’ombre, à mon avis.

À un ministre de la justice qui fait face à des pressions partisanes, j'opposerais le sort des médecins qui font face à des patients agonisants leur demandant un moyen d’abréger leurs souffrances….

Au fond, quelqu’un qui se prépare à une carrière politique, encore plus quelqu’un qui vise un portefeuille ministériel important, ne doit-il pas s'attendre à subir quelques pressions, aussi intenses soient-elles.

Résister aux pressions

Le jeu politique n'est-il pas justement de savoir tenir tête aux… amis et aux membres de la famille.

Alors qu’un parti cherche à placer un des siens -peu importe le poste d'ailleurs- ne me choque pas: c’est dans l’ordre des choses en autant que le candidat ou la candidate en a les compétences et se trouve parmi les plus aptes au poste.

On ne réussira pas à me faire croire que les partis adverses n’agissent pas de façon semblable quand ce sont eux qui détiennent les rênes du pouvoir.

C’est peut-être cela d'ailleurs le nec plus ultra du réseautage, dont tout le monde vante les mérites, sauf ceux et celles qui en sont exclus ou qui s’en privent par acquis de conscience.

Et en la matière, on apprend assez vite qu’on ne rend service ni à soi-même ni à sa « famille » en pistonnant des gens qui ne sont pas à la hauteur de la tâche. Le piston finit toujours par rebondir.

Quelle sera la suite ?

Si je n’ai pas suivi les audiences de la Commission Bastarache pour les raisons que je viens d’évoquer, cette commission parvient quand même à m’inquiéter.

Je crains qu’elle accouche d’une liste de deux-cent vingt-sept recommandations, recommandations à partir desquelles on élaborera des barèmes d’évaluation et de sélection de juges à n’en plus finir, histoire d’arracher aux « infâmes » partis et aux politiciens le pouvoir discrétionnaire dont ils disposent actuellement.

Ce pouvoir discrétionnaire, il me semble qu’on en a usé presque toujours à bon escient.

Que les control freaks, adeptes de bureaucratie, qui mettront au point un système supposément imperméable à l’influence ne s’y trompent pas : celle-ci trouvera toujours un moyen de passer à travers.

Pire les décideurs se retrancheront derrière le système et sauront ainsi se mettre à l’abri de la critique.

Finalement, faire confiance est signe de maturité, autant entre individus qu’à l’échelle de la société.

Et c’est aussi signe de maturité que de savoir passer la serpillère rapidement mais efficacement quand il y a eu un dégât.