C’est avec un contrat en poche pour joindre la firme d’un ami, qu’Hélène Mathieu part vers les Émirats arabes unis en 1994, tout juste après obtenu son Barreau.

Même si un appartement l’attendait à Dubaï, il fallait du courage pour s’aventurer dans un pays inconnu en tant que femme célibataire.

« Je voulais vraiment vivre une expérience en expatriation. Je ne connaissais pas beaucoup l’endroit. Je suis partie pour six mois, en me disant que je verrais là-bas de quoi ça a l’air. »

Quinze ans plus tard, l’avocate aujourd’hui âgée de 40 ans y est toujours.

Partie l’esprit ouvert, elle constate rapidement que l’effervescence de Dubaï offre des occasions intéressantes en droit des affaires. Les nombreux expatriés avaient également besoin de services légaux qui dépassaient les seules questions d’immigration. Elle fonde donc son cabinet, Hélène Mathieu Legal Consultants, après d’innombrables démarches administratives et 18 mois d’attente.

Un pari gagnant

Cette jeune maman de deux enfants avait vu juste. Aujourd’hui, son bureau de Dubaï compte une quinzaine d’employés venus de partout. Son cabinet s’occupe de divorce, d’arbitrage commercial, de droit immobilier ou corporatif et d’immigration, en plus de compter des antennes à Paris et en Arabie saoudite.

« On accompagne les clients dans tous les domaines. Là où je n’ai pas les connaissances requises, on va chercher l’expertise ailleurs. »

Hélène Mathieu, une avocate à Dubaï
Hélène Mathieu, une avocate à Dubaï
D’ailleurs, elle doit compter sur des intermédiaires locaux pour plaider les dossiers devant la cour, puisque c’est une prérogative des cabinets émiratis. Dans les cas de divorce, par exemple, elle monte le dossier en anglais puis le remet à un cabinet local qui le traduit et le présente à la cour.

Cela ne s’applique pas à l’arbitrage. « Nous avons récemment eu une cause de plusieurs millions de dollars en arbitrage », indique l’avocate.

Parmi ses mandats récents, elle compte des dossiers d’implantation d’entreprises et de fonds de placement. Une partie de son travail consiste aussi à mettre en relation investisseurs et entreprises.

Sa clientèle cible est francophone, mais pas forcément canadienne. « Les Canadiens sont un peu snobs. Ils préfèrent engager de grands cabinets anglais. Pourtant, des entreprises françaises comme Suez n’hésitent pas à faire affaire avec nous », indique Me Mathieu.

La crise économique a mis à mal l’image d’eldorado d’Orient de Dubaï. Elle ne compte pas pour autant déménager demain matin. « La crise a fait mal, mais cela semble s’être résorbé. Les affaires devraient reprendre cet automne, après le ramadan. »

Les infrastructures et la situation géographique jouent en faveur de l’émirat. « Abou Dhabi va très bien et c’est juste à côté. En plus, Dubaï est une plaque tournante pour faire affaire au Moyen-Orient, en Afrique et dans le sous-continent indien.»

Respecter la culture pour s’implanter

Pour celle qui a quitté le Québec sans jamais regarder derrière, respecter et connaître la langue et la culture locale lui permet d’évoluer dans un monde qui n’est pas exactement reconnu pour l’équité entre les sexes. Elle se souvient d’un voyage d’affaires où elle a accompagné douze hommes d’affaires saoudiens en Allemagne.

« Je me faisais toute petite au début. Ils sont venus me dire que s’ils avaient eu un problème avec ma présence, ils ne seraient pas venus. J’ai été traitée comme une reine. Je garde un excellent souvenir de leur sens de l’humour », raconte-t-elle.

« Bien sûr, il y a des dinosaures, mais il y en a partout. Dans certains bureaux canadiens, une femme qui a une famille ne sera jamais associée.»

Conseillerait-elle à une jeune avocate de tenter l’aventure comme elle l’a fait il y a quinze ans?

« C’est toujours positif d’aller chercher une expérience à l’étranger. Elle en profitera pleinement si elle part très préparée, ou encore si elle part l’esprit ouvert sans idées reçues », conclut-elle.