Parler pour être compris. Pas pour avoir l’air éminemment intelligent. Pas pour faire de l’effet de toge médiatique. Parler pour être compris. Point.

Le principe semble si simple. C’est pourtant l’éternel défi du spécialiste interviewé. Je m’explique.

Parler pour être compris, voilà un vrai défi pour les experts !
Parler pour être compris, voilà un vrai défi pour les experts !
Dans mon ancienne vie (pas si lointaine) de journaliste, j’ai eu à faire un reportage sur le pouvoir d’arrestation du citoyen, à la suite d’une affaire médiatisée survenue dans les ruelles du Chinatown de Toronto. En m’appuyant sur mes recherches, j’ai contacté un avocat expert en droit criminel et en libertés civiles s’y connaissant en la matière.

Mes questions étaient simples, concises et claires, à l’image du sujet qui n’était au fond qu’un prétexte pour parler de ceux se font justice eux-mêmes.

Les premières réponses de l’avocat étaient à des kilomètres de la simplicité; elles étaient vaseuses, alambiquées, pratiquement inutilisables. Avec plus d’un truc du métier dans ma manche, je lui ai poliment demandé de reformuler. « Imaginez que vous deviez expliquer ce concept à un ami qui n’est pas juriste. Comment vous y prendriez-vous? », lui ai-je dit. Sa réponse m’a laissé pantois.

« Mais qu’est-ce que mes collègues vont penser de moi? J’ai quand même une crédibilité à maintenir », m’avait-il lancé. Son ton se voulait blagueur. Mais c’était clairement une boutade pleine de franchise. À qui parle-t-on exactement quand on accorde une entrevue? La première question à poser, c’est la nature de l’auditoire ou du lectorat. S’agit-il d’une publication pour érudit? D’un média généraliste? D’une chaîne d’information spécialisée?

Le juriste qui parle au public par le truchement des médias cherche ultimement à accroître sa visibilité auprès de clients potentiels. Ce n’est un secret pour personne. Mais croire qu’il est de bon ton de saupoudrer son propos de formules latines ou encore parler des « poisons pills » en fusions et acquisitions comme si tout le monde devait savoir de quoi il s’agit, c’est le meilleur moyen de s’assurer que le journaliste ne vous rappelle jamais.


Bio

L’auteur est spécialiste des relations médias chez Fasken Martineau, cabinet d’avocats international en droit des affaires et en litige. Sa chronique « L’envers du micro » s’intéresse à l’aspect médiatique du rôle de l’avocat et à la gestion des réputations.