Lorsque j’ai à décrire aux avocats que je conseille la dynamique d’une entrevue, il m’arrive d’utiliser l’analogie du tango. Un journaliste vous convie à danser, ni plus ni moins.

Plus souvent qu’autrement, il cherche à jouer le mâle alpha qui dicte le pas et vous demande de le suivre. Si vous vous prêtez à l’exercice sans être préparé, vous vous exposez à ne pas toucher au sol très souvent et être entraîné dans des postures qui ne sont pas toujours à votre avantage.

À l’inverse, préparez-vous adéquatement et entrez dans la danse comme ces Argentines qui confient les rênes aux mâles mais exercent un contrepoids. Ce sont elles qui créent du même coup toute la beauté du tango, dans un savant mélange d’élégance et de mélodrame.

En définitive, accorder une entrevue, c’est accepter de laisser de côté une certaine part de contrôle, tout en restant maître de ce qu’on communique et de la façon de le communiquer.

Vous dansez bien le tango? Vous êtes prêt à parler au journalistes, selon notre expert !
Vous dansez bien le tango? Vous êtes prêt à parler au journalistes, selon notre expert !
Les entrevues les plus pénibles à faire (pour un journaliste) et les plus pénibles à écouter (pour le public) sont celles où l’interviewé refuse de remettre entre les mains de l’intervieweur les rênes de l’entrevue. Le résultat est une entrevue où l’interviewé n’écoute pas l’intervieweur, livre des réponses interminables et ouvre des parenthèses sans jamais revenir au sujet initial. Accepter une certaine perte de contrôle ne veut pas dire pour autant abdiquer ou se placer en position de faiblesse.

Lorsqu’on vous invite à participer à une entrevue, la première chose à faire (après vous être assuré que vous et votre cabinet n’êtes pas en conflit d’intérêts), c’est de déterminer avec le journaliste la nature de votre contrat d’entrevue. De quoi sera-t-il question? Qu’est-ce qui est attendu de vous? En connaissant le sujet de l’entrevue et l’angle abordé, vous vous donnez les outils nécessaires pour orienter votre préparation et, surtout, établir les limites de vos propos (voir à ce sujet la dernière chronique intitulée «Mon égo, ce traître ») de manière à éviter de vous retrouver en eaux troubles.

Faut-il demander d’avoir les questions d’avance? Je ne le recommande pas, étant donné que bon nombre de journalistes perçoivent la demande comme une ingérence. De toute manière, rien ne garantit que les journalistes s’en tiennent aux questions prédéterminées. La seule chose que vous puissiez contrôler, ce sont vos réponses, d’où l’importance de se préparer. La chose se complique quand on vous a harponné sous un faux prétexte, dans le cadre d’une entrevue piégée (hot seat )… mais ce sera là le sujet d’une prochaine chronique.


Bio

L’auteur est spécialiste des relations médias chez Fasken Martineau, cabinet d’avocats international en droit des affaires et en litige. Sa chronique « L’envers du micro » s’intéresse à l’aspect médiatique du rôle de l’avocat et à la gestion des réputations. On peut retrouver l'ensemble de ses chroniques en cliquant ici.