L'avocat Michel Boislard n'est pas du genre nostalgique, mais il se rappelle sans mal l'époque pas si lointaine où plusieurs de ses collègues et lui étaient débordés par le travail juridique lié aux premiers appels publics à l'épargne (PAPE ou IPO en anglais). Pour beaucoup d'entreprises, c'était LA façon de se financer. Mais depuis la récession de 2008, ce secteur est au ralenti.

«Avec l'incertitude boursière, il n'y a presque plus d'IPO», raconte l'avocat de 46 ans, associé au cabinet Fasken Martineau, à Montréal.

Michel Boislard est devenu un avocat d'affaires très occupé malgré la récession
Michel Boislard est devenu un avocat d'affaires très occupé malgré la récession
Me Boislard n'en est pas moins occupé pour autant, au contraire. Il n'est pas le seul. À Montréal, les avocats qui comme lui pratiquent en droit des affaires sont submergés tellement la demande est forte. Car les clients sont toujours en affaires et, aujourd'hui comme jadis, ont encore besoin de services juridiques.

Pour les avocats, c'est juste le type de travail qui a changé.

«Nous sommes devenus des avocats plus polyvalents», dit Michel Boislard.

Financement, F & A, Fiscalité

En financement, les avocats font aujourd'hui plus de droit bancaire, et négocient davantage avec les capital-risqueurs et avec les fonds d'investissement. Un travail moins technique que les IPO mais tout aussi important. Ils font aussi plus de privatisations que par le passé. Au cours des 18 derniers mois, Michel Boislard en a fait trois: IPL, iWeb et le Groupe Distinction!

En fusions & acquisitions et en fiscalité - les deux autres grands vecteurs du droit des affaires - le travail des avocats a aussi subi des bouleversements.

À Montréal, la vague de fusions et acquisitions (M&A dans le jargon) d'avant crise a eu pour effet de diminuer le pipeline des entreprises à vendre, réduisant par le fait même la taille des mandats des avocats spécialisés en M&A. Fini, pour le moment, les transactions monumentales à la Alcan ou BCE. Aujourd'hui, c'est le marché intermédiaire (mid-market) qui a la cote, c'est-à-dire des transactions qui oscillent entre 50 et 500 millions. Pour les avocats, c'est sensiblement le même travail; c'est juste qu'il y a moins de zéros au bout du compte.

La pratique des avocats suit les changements économiques, estime Me Stephen Kelly
La pratique des avocats suit les changements économiques, estime Me Stephen Kelly
C'est la même chose en fiscalité, alors que les transactions outre-frontières ont poussé les cabinets à développer des compétences en fiscalité multijuridictionnelle.

«C'est simple, notre pratique bouge avec l'économie», dit l'avocat Stephen Kelly, chef du groupe Droit des affaires chez Norton Rose, à Montréal. Plus de 60 avocats sur 200 font partie de ce groupe.

À Montréal, le marché est dominé par les grands cabinets. Ils offrent la totale, le «one-stop-shop», pour reprendre un terme à la mode, où les clients retrouvent l'ensemble des services juridiques à un seul endroit.

«Notre rôle est d'aider nos clients à réaliser leurs projets», dit Stephen Kelly. Il explique que l'avocat en droit des affaires est devenu bien plus qu'un simple conseiller juridique, plutôt un véritable partenaire qui offre des conseils stratégiques.

Idée intéressante, car on a tous, en tête, l'image de l'avocat portant sa toge et y allant d'envolées lyriques pour impressionner juge et jurés durant un procès. En droit des affaires, pourtant, il n'en est rien. L'avocat a troqué la toge contre le costume-cravate et ne met pratiquement jamais les pieds au palais de justice. Alors que le plaideur arrive pour régler des problèmes, l'avocat en droit des affaires, lui, est là pour les éviter et pour faire avancer les choses.

Heureusement, il n'est pas seul; une armée de spécialistes sont là pour l'épauler. En plus des domaines usuels (financement, F&A, fiscalité), se sont en effet greffés au cours des années une foule de domaines de spécialités qui viennent, en quelque sorte, appuyer le travail juridique de base des avocats en droit des affaires.

Ainsi, à peu près tous les grands cabinets ont un département en droit du travail, en droit immobilier, en droit de la concurrence...

Pratiques en développement

Au cours des dernières années, le droit de l'environnement et celui de la propriété intellectuelle ont pris de l'ampleur. Tellement que certains y ont vu l'occasion de se lancer en affaires, d'où l'apparition récente de cabinets boutiques - comptant quelques avocats spécialisés dans un domaine particulier.

Les cabinets d'avocats ont aussi dû s'ajuster à la mondialisation de l'économie. Certains ont choisi de se joindre à de plus grands groupes, comme Ogilvy Renault qui a fusionné en juin dernier avec à Norton Rose, une firme britannique de 2900 avocats présente sur six continents. D'autres, comme Fasken Martineau, ont plutôt choisi de tâter le terrain international en solo, avec des bureaux à Londres, Paris et Johannesburg. Une chose est sûre cependant, le droit des affaires, comme toute autre activité, s'internationalise. Et la concurrence ne vient plus seulement du cabinet d'en face, mais aussi de celui situé à un clic de souris...