"L’inégalité, c’est le risque permanent du mépris."

René Lévesque


Vrai qu’à première vue, la hausse ne semble pas si importante que le clament les leaders étudiants. Vrai aussi qu’ultimement, et comme le plaident d’ailleurs Charest et Cie, tout citoyen se doit de contribuer équitablement à l’assiette de revenus étatiques. Vrai enfin que toute chose étant relative, on peut se demander si tout le grabuge actuel en vaut véritablement la peine.

Ce sont les motifs qui, jusqu’à présent, m’ont fait hésiter à appuyer les revendications estudiantines. La raison du changement de cap ? Certainement pas le blocage du pont Champlain. Plutôt cette boutade de feu Jacques Hébert, laquelle me fut balancée à la tête un soir de débats politico-éthyliques : « si tu n’es pas de gauche à 25 ans, que seras-tu à 40 !?! », tonna-t-il, vindicatif comme à l’habitude.

Me Frédéric Bérard revient sur les raisons avancées pour justifier la hausse
Me Frédéric Bérard revient sur les raisons avancées pour justifier la hausse
Cette réflexion m’est venue à l’esprit dans le contexte suivant : facile d’accuser les étudiants de manquer de perspective, d’être pris au jeu du calcul corporatiste. Facile surtout, de par les conditions matérielles d’aujourd’hui, d’oublier les convictions socio-politiques d’hier.

75 % d'augmentation

Issu d’une classe (plutôt) moyenne d’un Québec (plutôt) éloigné, l’intérêt de poursuivre des études universitaires aurait pu faire face à un obstacle d’envergure : leur accessibilité. Par chance, les frais afférents, relativement peu élevés à l’époque, ont permis la réalisation de l’objectif.
Je vois déjà les détracteurs surfer sur ce dernier élément : une simple augmentation de 1625 $ sur cinq ans peut-elle constituer une menace sérieuse à cette même accessibilité ? Je me suis posé la même question.

Précisément, l’augmentation proposée s’élève, à terme, à 75 %. Difficile de me souvenir d’un regroupement quelconque demeurant impassible devant une mesure semblable, laquelle ayant pour conséquence d’abaisser substantiellement les conditions matérielles d’existence d’un groupe historiquement plus vulnérable sur le plan socio-économique. Le seront-ils toute leur vie ? Pour la plupart, bien sûr que non. Pendant la période critique, cela dit, nul doute qu’une augmentation similaire découragerait les moins nantis d’entre eux. Et c’est exactement à cet effet que le bât blesse.

Les prêts et bourses, dans tout ceci ? Pas loin d’une vraie blague. Que le régime en place considère toute contribution parentale dès que le revenu familial excède les 30 000$ (oui, vous avez bien lu) témoigne, il me semble, de l’exclusion implicite des classes moyennes et moyennes-inférieures. Vous connaissez bon nombre de familles au revenu total de 32 000$ en mesure de participer sérieusement au défraiement de 5 000$ de frais scolarité annuels et ce, en sus des autres frais afférents ?

Alors oui, fort probable que la hausse proposée (imposée étant ici un terme plus juste) aurait un impact significatif sur l’accessibilité aux études. Le cas échéant, et j’entends toujours les détracteurs, serait-ce si problématique ?

Oui, sans contredit. Prétendre que toute société post-moderne est évaluée ultimement en fonction de sa capacité à outiller adéquatement ses générations futures relève d’une pure lapalissade.

D'autres cibles

Ainsi se pose la question suivante: l’éducation supérieure se transforme-t-elle insidieusement et graduellement en privilège ? J’ose croire que non. Ma dizaine d’années d’enseignement à l’UdM m’a permis de connaître bon nombre d’étudiants brillants et tout autant ambitieux, bien souvent sur le point d’assumer le leadership d’une société qui en manque crûment. Combien d’entre eux n’auraient pu s’assurer de la formation souhaitée n’eut été de l’actuelle accessibilité ? L’histoire est évidemment muette à cet effet, bien qu’il soit permis de s’interroger sur l’impact des mesures en question auprès des prochaines cohortes.

Sur le plan intellectuel, rigueur, réflexes, connaissances et curiosité ne sont ni de droite, ni de gauche. Simplement des principes fondamentaux à toute société respectée et respectable. Celle-ci le sera d’ailleurs davantage en assurant à ses citoyens l’accès à une formation universitaire reconnue, sans égard à leur appartenance à leur classe sociale.

Enfin, au sein d’une société en quête incessante d’équilibre budgétaire, ne serait-il pas normal que les étudiants mettent à leur tour l’épaule à la roue ? Oui, sauf qu’ils le font déjà. Et disons les choses franchement : que le gouvernement actuel souhaite puiser davantage dans les poches de ces derniers afin de palier à certaines erreurs ou omissions politiques m’appert plutôt ironique. Sans vouloir pêcher par excès de démagogie, combien de fric englouti par les tergiversations du CHUM ? Combien de d’argent illégalement collecté par des entrepreneurs à même les contrats publics ? Les dépassements de coûts honteux du train de l’Est ? Du métro de Laval ? 240 millions pour des tableaux interactifs parait-il inutiles ? Des recteurs aux salaires excédant les 300 000 $ ? L’absence de redevances équitables quant à l’exploitation des ressources naturelles ?

Alors voilà. Si le gouvernement en place souhaite véritablement retrouver l’équilibre budgétaire, admettons ainsi que les cibles de choix s’offrent en grand nombre. Ceci éviterait, par conséquence, de porter atteinte à une condition intrinsèque au développement sociétal futur.