Me François Rouette, associé chez Cain Lamarre Casgrain Wells et ancien président de l’Association canadienne des avocats en transport, précise en effet qu’un conflit de travail qui continuerait d’éloigner plusieurs clients pourrait devenir désastreux pour la situation économique de l’entreprise, déjà bien fragile. « C’est mortel, a-t-il expliqué, faisant référence aux moyens de pression posés spontanément, vendredi, par les bagagistes. Face à la menace, moi, comme usager, et bien des gens, je crois, ne réserverons plus avec Air Canada », indique Me Rouette, qui juge que ce conflit de travail est un microcosme de la réalité dans laquelle la société est confrontée en 2012.

Me François Rouette estime que les moyens de pression utilisés par les bagagistes, présentent un risque pour l'entreprise
Me François Rouette estime que les moyens de pression utilisés par les bagagistes, présentent un risque pour l'entreprise
« C’est une façon d’exprimer la nécessité d’être proactif et de ne rien prendre pour acquis, raconte-t-il. Le problème à Air Canada, c’est que l’entreprise a toujours bénéficié de protections du gouvernement et d’un statut privilégié, même après sa privatisation (à la fin des années 1980). Ces protections auraient dû être moindres, ce qui aurait permis à l’administration de faire plus de ménage. »

Remède de cheval

L’avocat convient que les travailleurs ne sont pas responsables du fait que ce nettoyage n’ait pas été suffisamment entamé au préalable. Par contre, à son avis, « il est tout à fait normal qu’à un moment donné, quand on se rend compte que ça ne peut plus marcher ainsi, le seul remède qui doit être pris a toutes les apparences d’un remède d’un cheval ».

« Les employés, tout comme l’administration, ont hérité de cette mentalité d’une compagnie relevant du gouvernement et ils n’ont jamais été capables de s’en débarrasser, ce qui ne leur a pas permis de faire face correctement au virage extrêmement sévère qu’a connu l’industrie du transport aérien », poursuit-il, ajoutant qu’en parallèle, d’autres transporteurs ont agrandi leurs activités leur permettant de prendre la relève d’Air Canada dans l’offre de service.

C’est pourquoi l’avocat juge que les travailleurs et le syndicat doivent malheureusement se résigner à accepter le fait que les transporteurs aériens doivent être plus féroces face à la compétition.

« Les acquis ne cadrent tout simplement plus dans l’économie contemporaine. N’ayant pas fait ce qu’elle devait faire par le passé, l’entreprise se voit dans l’obligation d’agir de façon beaucoup plus radicale pour tout le monde », de conclure Me Rouette, qui martèle que la manière de gérer l’entreprise doit être revue pour effacer certains coûts.