Monsieur le Bâtonnier général,

Bernard Amyot estime que le silence du bâtonnier aurait été moins néfaste
Bernard Amyot estime que le silence du bâtonnier aurait été moins néfaste
Je viens de prendre connaissance de votre communiqué de presse de ce soir avec le plus profond désarroi et la plus entière incrédulité.

Le silence aurait été moins néfaste que cette abdication totale à l'anarchie au mépris de la primauté du droit, que vous prétendez faussement défendre, de l'autorité parlementaire des élus et de l'autorité de la magistrature et de son indépendance.

Et de parler dans les circonstances de démocratie des associations étudiantes, relève de la plus pure mauvaise foi alors que l'intimidation et les votes à mains levées bafouent la démocratie la plus élémentaire. Sans compter les interprétations absolument farfelues du Code Morin en matière de "reconsidération" de votes de grève aux deux tiers d'une assemblée deux mois après la décision originale...

Le communiqué de presse du bâtonnier Masson a suscité bien des réactions
Le communiqué de presse du bâtonnier Masson a suscité bien des réactions
Et je ne parle pas de l'obstruction systématique face aux jugements de nos tribunaux, du refus obstiné de ses leaders de dénoncer sans réserve le non respect des injonctions et même la violence la plus condamnable, ni de leur couardise à refuser de recommander l'adoption des ententes portant leurs propres signatures.

Prôner la médiation entre un Parlement dûment élu (appuyé par 70% de la population) et des gens qui n'ont aucun respect pour la primauté du droit est une proposition qui relève de la supercherie la plus abjecte, surtout de la part de celui qui a, de par sa fonction, le devoir d'assurer le respect des piliers de notre État de droit et de notre démocratie parlementaire.

Moins de trente minutes après l'émission de votre communiqué de presse, vous êtes déjà la risée des médias qui se demandent par ailleurs, pour une fois avec raison, ou vous vous cachiez depuis trois mois...

Honte au Barreau du Québec et au Bâtonnier Masson!

Bernard Amyot
Associé Heenan Blaikie


La réponse de Clemens Mayr…

Bernard,

Merci pour ta démarche et ton courriel. Je suis moi aussi à tout le moins très perplexe et déçu face à cette démarche du Barreau qui se permet, en notre nom et sans consulter ses membres, de prendre une position publique dans un débat essentiellement politique et social en faisant fi, semble-t-il,
Clemens Mayr s'inquiète de l'impact de la situation sur la prospérité du Québec
Clemens Mayr s'inquiète de l'impact de la situation sur la prospérité du Québec
(i) de la représentativité discutable des "leaders" des étudiants "grévistes";
(ii) des irrégularités flagrantes apparemment commises lors de la tenue de bon nombre de votes de grèves sur lesquels ils fondent leur légitimité,
(iii) des droits des étudiants qui veulent étudier de le faire sans mettre leur avenir en jeu,
(iv) des droits des autres citoyens du Québec qui ont une expectative légitime quant au respect de l'ordre et au bon fonctionnement sécuritaire de leur société et
(v) du nombre grandissant d'outrages aux tribunaux qui sont commis quotidiennement depuis quelques semaines par certains "grévistes" sans conséquences apparentes...et tout ceci dans un contexte ou le débat de fond lui-même est d'une légitimité discutable vu le niveau relativement bas des droits de scolarités au Québec.

Je me permets de copier tous mes collègues de McCarthy Tétrault et encouragerais tous les récipiendaires de ce courriel à s'exprimer sur ce sujet (selon leurs convictions évidemment).

En terminant, je ne peux m'empêcher de profiter de ce courriel pour vous faire part de deux constats qui me perturbent: d'une part, je reçois depuis quelques semaines un nombre grandissant d'appels et de courriels de contacts à l'étranger qui ont entendu parler de cette crise dans les médias et qui s'interrogent sur la stabilité sociale au Québec et des conséquences de tout ceci. Ceci n'a évidemment rien de positif pour créer un climat favorable, notamment, aux investissements étrangers ou au tourisme, deux composantes importantes pour notre prospérité. Par ailleurs, plus inquiétant encore, plusieurs jeunes dans mon entourage m'ont interpellé sur le sujet, visiblement inquiets de leur avenir, certains allant aussi loin que de dire "en tout cas moi, c'est certain, je ne reste pas étudier, ni vivre ici"...

Il est grand temps que cette situation soit réglée. Je crois fermement qu'il en va de notre devoir de citoyen de faire notre part pour que la voix de la vaste majorité silencieuse soit finalement entendue dans cette crise et que nous supportions ouvertement nos institutions et nos lois.

Amitiés,

Clemens Mayr
Associé McCarthy Tétrault