Il y avait les rouges. Il y avait les verts. Un conflit sur la hausse des frais de scolarité(i). Une divergence d’opinion, un face-à-face politique, une vendetta de type quasi-personnelle entre les acteurs impliqués. Des manifs perpétuelles, de la casse ponctuelle. Un premier ministre aux blagues douteuses, frisant le mépris et l’arrogance inutile. La démission d’une ministre aux abords de l’abîme. Remplacement au pied levé par un successeur à l’intransigeance reconnue.

Pour Frédéric Bérard, il s'agit d'un cas d'espèce puisque l'introduction de la loi n'a rien résolu
Pour Frédéric Bérard, il s'agit d'un cas d'espèce puisque l'introduction de la loi n'a rien résolu
Ceci, jusqu’à preuve du contraire, concernait essentiellement deux groupes bien définis, plutôt organisés. Allégeances avouées, intérêts corporatistes protégés. Plus maintenant. Exit, le noir et le blanc, les rouges et les verts, la nature manichéenne du débat. L’élément déclencheur ? La Loi spéciale imposée par Québec.

La solution au débat, pensait-on. Après tout, le plus grand (le seul ?) mérite d’une loi spéciale n’est-il pas de clouer le bec aux opposants, d’assurer une transition, d’étouffer la grogne manifestante à coups de matraque, propre et figurée ? L’histoire du Québec enseigne-t-elle autrement ?

Nous voilà ainsi en présence d’un cas d’espèce. Non seulement la Loi spéciale n’a en rien déposé le couvercle sur la marmite, elle a plutôt provoqué l’explosion de celle-ci. Et toute une : les flics qui refusent d’appliquer sinon la lettre, au moins l’esprit de la loi. Manifestants qui font de même. Augmentation quantitative et qualitative des démonstrations populaires. Contestations multiples du caractère constitutionnel de 78. Le Barreau qui s’oppose à la Loi, plusieurs de ses membres dans la rue afin de scander haut et fort leurs inquiétudes quant au respect de la règle de droit.

Suffisant, comme preuve d’un échec annoncé ? Sûrement. Mais il y a plus : la loi matraque a réussi à déclencher une pléiade de concerts concertés, le tout sur une base maintenant quotidienne. À travers le Québec ou presque. Exit la matraque, bienvenue la casserole. On tape à tour-de-bras. Des très jeunes, des jeunes, des moins jeunes et beaucoup moins jeunes. Et pourquoi ? Comme le disait Béatrice, du haut de ses neuf ans bien sonnés « pour manifester contre un gouvernement qui nous empêche de manifester ». Bravo, Béa. On ne peut en dire autant de nos gouvernants.

Alors, indifférentes au débat sur les frais de scolarité, les casseroles ? En bonne partie, oui. On en veut également à la Loi spéciale, laquelle transcende ce même débat. Il semble aussi qu’on vise à témoigner d’une grogne généralisée, d’un ras-le-bol envers ce gouvernement fatigué, d’un refus de son discours soporifique de type chambre de commerce.

Roulant sur St-Michel et assistant à ce concerto de Lagostina en do mineur (ou fût-ce en sol ?), il me vint à l’esprit la réflexion suivante : le peuple en a marre, et il s’agit d’un euphémisme. Mais quelles sont les alternatives envisagées et envisageables ? Marois ? Legault ? David ? Pas sûr. Il est à se demander, en bref, ce qui se passera une fois le concert complété.

Notes:
(i) Et non un débat sur la hausse des droits, comme certains l’ont prétendu à tort. Après maintes recherches, j’ignore encore comment on pourrait « hausser un droit » en imposant des frais de scolarité plus élevés.

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