Ex-associé de Davies, Daniel Belleau est associé et co-directeur du cabinet Belleau Lapointe qu'il a fondé avec un associé.

1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier? Est-ce parce que vous en rêviez tout jeune, ou est-ce pour une autre raison ?

Je ne peux pas dire que je suis devenu avocat parce que j’en ai toujours rêvé ou parce que les gens qui m’entouraient étaient déjà dans le milieu. L’intérêt, pour moi, est venu plus tard. Je n’avais pas, au collégial, encore décidé vers quoi je me dirigerais. Un orienteur m’a conseillé les relations industrielles, car je toucherais à la fois à l’économie, à la sociologie et au droit, notamment. Dès le début, j’ai justement eu un cours de droit : j’ai été intéressé par la discipline à tel point que j’ai décidé de changer mon parcours après ma première année d’étude en relations industrielles. Pendant mon baccalauréat en droit, j'ai eu l’occasion de participer à la Coupe Gale (un concours de plaidoirie), et j’ai eu la piqûre du litige. À partir de ce moment précis, il est devenu pour moi certain que je deviendrais un avocat de litige.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Je pense spontanément à deux défis, qui sont en fait liés entre eux. Le premier a été de prendre la décision de fonder mon propre cabinet. J’étais associé dans un grand cabinet à l’époque, et j’avais une belle pratique, de beaux dossiers et des partenaires que j’appréciais énormément. J’avais néanmoins cette ambition d’avoir mon cabinet et, voyant le temps et les années passer, je me suis demandé à un certain moment, si je mettrais, oui ou non, le projet à exécution. Après une réflexion approfondie, j’ai décidé de me lancer. Douze ans plus tard, je dois dire que je ne l’ai jamais regretté : c’était une excellente décision !

Le deuxième défi a trait au changement que j’ai fait quant à mon secteur de pratique. Je voulais en effet faire du recours collectif en demande, plutôt qu’en défense. C’est une chose très difficile à faire en grand cabinet, principalement pour des raisons de conflits d’intérêt, mais aussi en raison des méthodes de facturation différentes (à taux horaire en grand cabinet, et généralement à contingence pour le recours collectif en demande). J’ai donc décidé, après avoir fondé le cabinet, de faire du recours collectif en demande... à partir de rien ou presque. Je n’en avais jamais moi-même fait en demande, mais notre équipe comptait des gens qui en avaient l’expérience.
Le changement de secteur de pratique a représenté un des défis ayant marqué la carrière de Me Belleau
Le changement de secteur de pratique a représenté un des défis ayant marqué la carrière de Me Belleau
Nous avons été chanceux dès le début, en menant un important dossier. Le dossier a évolué et s’est bien réglé pour les membres, dans un délai relativement court de deux ans, ce qui nous a non seulement aidé sur le plan financier, mais aussi au niveau de notre réputation dans le domaine. J’ai aussi fait du œuvré comme conférencier et travaillé à ce que nous nous fassions connaître, ce qui implique du temps et de l’énergie… et ce qui nous a amené à atteindre nos objectifs !

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ? Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession ?

Je suis d’avis que beaucoup d’avocats de litige auraient avantage à développer ce que j’appelle "une 2ème vitesse". En effet, l’avocat de litige pense spontanément à défendre son client en allant à la cour. La "2ème vitesse" implique pour moi de prendre le temps d’aussi se demander si c'est une bonne idée ou non d’aller en cour, sans percevoir comme un potentiel signe de faiblesse, le fait d’envisager de régler le dossier en dehors du système judiciaire. Il est du rôle de l’avocat, comme officier de justice, de tenter le plus possible, une fois que certaines étapes du dossier sont franchies (qu’il s’agisse des interrogatoires ou du dépôt des expertises par exemple), de faire appel au système des conférences de règlement à l’amiable le plus tôt possible, au lieu d'y recourir seulement lorsque le dossier est prêt pour le procès. Au fil des ans, ma conception de la victoire a beaucoup évolué : la victoire peut évidement signifier un jugement en notre faveur, mais peut aussi signifier un règlement satisfaisant pour le client. Même si j’aime autant plaider qu’avant, je suis tout aussi content dans le second cas.

Quant à ce qui constituera un défi dans la pratique des recours collectifs : la pratique devient de plus en plus multi-juridictionnelle et implique, non seulement des intervenants canadiens et nord-américains, mais aussi internationaux. Un des grands défis qui découle de ce contexte est de s’assurer qu’à travers le processus, on ne sacrifie pas la spécificité du droit civil. Quand arrive un règlement, on essaie parfois d’imposer une seule façon de faire. Cela donne évidemment du sens sur le plan des affaires, mais il faut prendre le temps de s’arrêter et de réfléchir aux impacts de la solution proposée quant au droit civil.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?

Personnellement, je crois que la perception du public envers la profession n’a pas beaucoup changé. Ce qui a changé, cependant, ce sont les taux horaires qui ont augmenté considérablement. De nombreux avocats sont donc de moins en moins accessibles à certains clients potentiels, ce qui a évidemment un certain impact et peut, par ricochet, aussi impacter la perception, bien que ce ne soit pas généralisé.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et, plus spécifiquement, à quelqu’un voulant faire du recours collectif?

De façon générale, ce qui manque aux jeunes avocats au départ, sont les habiletés pour pratiquer. Il est donc nécessaire de "remplir son coffre à outils" pendant les premières années, et de ne pas avoir peur de s’investir. L’investissement auquel je fais référence n’a pas ici trait aux heures facturables, mais plutôt à une question d’attitude vis-à-vis de la pratique. Malheureusement, j’ai parfois vu ce qu’on peut appeler une "attitude de salarié syndiqué" plutôt qu’une "attitude de propriétaire" chez certains quant à la façon dont ils abordent leur pratique, alors qu’on devrait plutôt voir l’inverse.

Quant à ceux qui souhaitent faire du recours collectif en demande, certains cabinets se spécialisent uniquement dans le domaine – et les entrées de fonds sont tributaires des succès ou règlements qui surviennent dans les dossiers. Il faut donc comme jeune avocat, s’attendre à une rémunération différente de celle que l’on voit traditionnellement. Il faut aussi avoir l’esprit d’entrepreneur pour réussir. Cela dit, ouvrir dès le début son propre bureau et vouloir ne faire que du recours collectif en demande me paraît un pari risqué. Je crois qu’il est essentiel de prendre de l’expérience ailleurs avant de se lancer.

En vrac…

• Dernier bon livre qu’il a lu : « La Biographie de Steve Jobs » de Walter Isaacson.

• Dernier bon film qu’il a vu : « The Avengers », en 3d avec mon fils, Réalisateur ; Joss Whedon

• Son resto préféré : Graziella, Rue McGill, Montréal

• Il retournerait… en Italie

• S’il n’était pas avocat, il serait… réalisateur de films ou pilote de course automobile!

Bio

Me Daniel Belleau est associé et co-directeur du cabinet Belleau Lapointe. Avant de fonder le cabinet avec son associé, Me Belleau était associé chez Davies.
Me Belleau, qui a déjà œuvré du côté de la défense en recours collectif, se consacre désormais exclusivement aux recours collectifs en demande. À cet effet, il représente diverses associations au nombre desquelles on retrouve Option Consommateurs et le MÉDAC, l’association fondée par Yves Michaud. En plus d’avoir contribué à l’élaboration du plus important règlement d’un recours collectif en matière de valeurs mobilières de l’histoire canadienne dans le cadre de l’affaire Nortel, ses services ont notamment été retenus dans les affaires Hyundai, Cinar et Dépo-Provera, ainsi que dans des matières de responsabilité du fabricant, de grèves illégales et de concurrence.
Il figure parmi les avocats recommandés en recours collectif par The Best Lawyers in Canada. Il figure dans la liste d’une cinquantaine d’avocats qui sont considérés par Benchmark Canada comme étant les Local litigation stars pour la province de Québec.
En outre, il agit à titre d’avocat-conseil en recours collectif et a participé à titre de conférencier à plusieurs colloques et congrès. Il siège au Comité du Barreau du Québec sur le recours collectif et a présidé certains de ses sous-comités. Il siège également au sein du comité du Barreau Canadien qui porte le nom de TASK Force en matière de recours collectif.